Alerte rouge pour le jazz à Radio France

A l’arrière plan de la grève à Radio France, avec notamment le combat pour la préservation des deux orchestres symphoniques, un autre combat entamé l’été dernier perdure, celui de la place du jazz à France Musique et du maintien d’un Bureau du jazz de Radio France et des productions de concerts de jazz, combat autour duquel s’est constitué un comité de défense. Après avoir réuni plus de 7000 signatures, et s’être fait promettre une relance du Bureau du jazz, ce comité lance un appel à la mobilisation urgente des jazzfans pour rejoindre sa pétition . En effet, après que le PDG de Radio France a évoqué la disparition de France Musique sur les ondes, puis rassuré en proposant de recentrer France Musique sur le classique et le jazz, les mesures d’économie de 5% à 10% déclarées nécessaires pour la radio publique se traduisent par une réduction de 25% du budget du Bureau du jazz pour la saison à venir. Un bras de fer se joue dans les jours qui viennent.

 

Qu’est-ce que le Bureau du jazz ?

 

Créé en 1961 par Lucien Malson, puis animé successivement par André Francis et Xavier Prévost et placé sous la tutelle de la direction de la musique à Radio France, le Bureau du jazz assurait une coordination de la présence du jazz sur l’ensemble des ondes de Radio France, produisant notamment des concerts à la Maison de la Radio, assurant leur diffusion sur les différentes chaînes publiques, enregistrant des concerts à l’extérieur notamment par une présence de Radio France dans les festivals, pratiquant l’échange de programmes avec les radios étrangères, etc. Ce bureau qui s’est vu progressivement rogner les ailes, permettait encore l’an passé à Xavier Prévost, son directeur, de produire et d’enregistrer des concerts tout au long de l’année et de diffuser et d‘échanger des programmes avec ses homologues à l’étranger dans son émission Le Bleu la nuit, le samedi de 23h à 1h du matin.

 

Que s’est-il passé à la rentrée 2014 ?

 

Xavier Prévost a été “remercié”, le Bureau du jazz a été fermé, la production de concerts stoppée, son émission a été supprimée. Dans le même temps, la quotidienne Le Matin des musiciens (11h-12h30) qui était confiée le mardi à Arnaud Merlin a été supprimée alors qu’elle venait d’atteindre le record de téléchargement pour France Musique sur l’année 2014, avec une spéciale John Zorn préparée avec notre collaborateur Pascal Rozat. En appliquant la consigne de son PDG « plus de musique, moins de musicologie », la direction de France Musique venait juste de supprimer un modèle de bonne vulgarisation sur la musique à la radio, où les mystères du jazz étaient dévoilés à travers des exemples simples joués par des musiciens en direct et l’écoute des grands maîtres, mais où il était aussi question d’histoire, etc. Podcastez ce qui est encore podacastble ici. Pour compenser la disparition de ces deux émissions ambitieuses (3h30 hebdomadaires en tout), on a confié à Arnaud Merlin une émission d’une heure le samedi de 17 à 18h (All That Jazz), sans les moyens de préparation qui permettaient le succès de son travail dans Les Matins.

 

La pétition

 

Adressée à Radio France, au Ministère de la Culture et à la Présidence de la République, à l’initiative du pianiste Guillaume de Chassy, parrainée par Martial Solal et Francis Marmande du Monde, cette pétition a recueilli, dans les semaines qui ont suivi 7 000 signatures grâce à la mobilisation logistique de Martine Palmé (agence artistique Initiales), Aurélie Foucher (fédération Grands Formats), Thierry Virolle (La Compagnie Aime l’air) et Marie-Claude Nouy (ex-Madame ECM en France, bureau de management et promotion My Music Enterprise).

 

Des promesses


Relayée notamment par Politis (Le Jazz n’est plus représenté à Radio France par Jean-Claude Renard dès le 14 juillet 2014), elle a permis à une délégation conduite par Patrice Caratini d’être reçue le 6 novembre par Jean-Pierre Rousseau, Directeur de la musique, et Marie-Pierre de Surville, Directrice de France Musique. M. Rousseau a assuré qu’il n’y avait pas de fermeture du bureau du jazz mais une évolution, sous la responsabilité d’Arnaud Merlin, et que, dans un premier temps “pour relancer la machine” six concerts seraient programmés de janvier à juin, sous l’appellation Jazz sur le vif qui était celle du temps de Xavier Prévost. Soit un concert par mois, contre une programmation bimensuelle la saison dernière. Quant à Mme de Surville, elle ne promettait aucune diffusion avant l’été.

 

Une baisse de 25 %


Depuis, Arnaud Merlin s’est vu proposer pour la saison 2015-2016 un budget en baisse de 25% par rapport à celui dont disposait le Bureau du jazz précédemment. Les économies exigées (5 à 10%) pour sauver Radio France ont bon dos. Visiblement, le jazz dérange à Radio France, pas assez “vendeur”, sans bénéficier du puissant lobby qui préserve pour quelques temps encore la musique classique et pour un temps encore plus court la composition contemporaine. C’est dans les jours qui viennent qu’Arnaud Merlin sera fixé sur le sort de ce budget de vilain petit canard qu’il a déjà dénoncé à sa direction à plusieurs reprises. C’est pourquoi il est urgent rejoindre la pétition ici.

 

D’autres mauvaises nouvelles pour le jazz à Radio France et ailleurs


Dans le même temps, on apprend que, pour la première fois, les concerts de jazz du Festival de Radio France à Montpellier, programmés après le départ de Xavier Prévost par Pascal Rozat, ne seront plus diffusés, ni même enregistrés, et l’on découvre que France Inter ne couvrira pas Jazz sous les pommiers après des années de présence. On a constaté ces dernières années la disparition du jazz à France Culture, d’où il est exclu du débat quotidien La Dispute consacré le jeudi à la musique. Où l’on voit plus généralement que les responsables de la Radio publique, désireux de se fondre dans le moule des radios commerciales (comme s’il en manquait et comme s’y c’était le rôle de l’état d’y pourvoir), aimeraient se débarrasser des musiques contemporaines (jazz ou autre) non formatées pour la radio (c’est-à-dire non chantées, non asservies à un texte, non réduites à un jingle ou à un générique, non lisibles mélodiquement ou rythmiquement au premier degré), exclues de fait, comme on l’avait prévu à l’apparition de ce label, du champ des musiques dites “actuelles”. Pour les mêmes raisons, l’an passé, on a exclu le Centre d’information du jazz de l’IRMA (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles). Pendant ce temps, affichant leur culture musical
e et ratissant au plus large en déclarant aimer “la musique classique et le rap”, nos ministres de la culture et leurs collaborateurs regardent ailleurs… de même qu’en 2012, ils se sont empressés d’oublier sous un placard le rapport d’un groupe de travail sur la situation du jazz en France remis au Ministère, à sa demande. Franck Bergerot

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