Andy Emler et Thomas De Pourquery enchantent Avignon

Pour l’avant dernière soirée de l’Avignon Jazz Festival, le public a ovationné le Ravel d’Andy Emler et le Sun Ra de Thomas de Pourquery auquel les bénévoles de la manifestation ont fait une espèce haie d’honneur pendant qu’il saluait avec son Supersonic.

À vrai dire, placer la seconde moitié de cette soirée sous le signe de Sun Ra est ici une facilité journalistique. Pour tout dire, dans un blog à propos d’un concert à Malguénac encore très directement dans le sillage de Sun Ra, j’avais tiré à boulets rouges sur le vaisseau spacial du Supersonic de Thomas de Pourquery et je ne m’étais pas montré beaucoup plus positif à l’occasion d’un débat autour du disque “Sons Of Love” dans Jazz Magazine. La vogue d’intérêt pour Sun Ra et les étiquettes cache-misère de “jazz spirituel” et de “jazz cosmic” sont chez moi la cause de violentes allergies (boutons sur la langue, jambes qui gonflent, conjonctivite aigüe… ). Aussi avais-je convaincu Pascal Anquetil de bloguer ce soir sur le Supersonic et de me laisser la première partie donnée par Andy Emler autour de la musique de Maurice Ravel. Proposition peu opportune, car j’aime tellement Andy, le compositeur et le chef, que j’ai tendance à oublier combien, lâché seul sans bride, son piano me paraît souvent excessivement chargé.

On se souvient qu’Andy Emler assura la partie musicale du très beau spectacle d’Anne-Marie Lazarini sur le texte sublime de Jean Echenoz, Ravel. Il s’est donné pour défi de poursuivre seul l’aventure en improvisant un programme qui serait une sorte de Maurice Ravel imaginaire. Et, effectivement, il y met tous ses doigts et je crois qu’il aurait intérêt à élaguer, à aérer et lui-même laissait entendre à la sortie de scène qu’il lui faudrait travailler la continuité de l’évocation, un fil que l’on perçoit déjà lorsque l’Andy Emler compositeur du MegaOctet le plus lyrique pointe le bout de son museau. Car les idées affluent, se succédant à train d’enfer avec les citations sans nous laisser le temps de respirer (ni de les identifier, ce qui peut-être un parti pris), emprunts à Maurice Ravel, à ses contemporains (Debussy, Stravinsky), mais aussi à Bach, Beethoven, Brel, Baden Powell, voire C’est la mère Michel. C’est aussi ce qui fait le charme de cette évocation caracolante qu’Andy Emler interrompt ici et là pour raconter Ravel et tout particulièrement cette partie fort émouvante de la fin de vie du compositeur, telle que racontée par Echenoz. Il le fait avec un humour et une tendresse pour son personnage qui contribue à la qualité de cette étonnante prestation qui mériterait un programme musical plus tenu et qui donc, ne pouvant que gagner en maturité, me semble à conseiller à tous les programmateurs et à faire connaître dans les conservatoires.

Ensuite, il me faut  préciser que j’ai passé, comme tout le monde, un moment formidable avec le Supersonic et ses musiciens : Fabrice Martinez (trompette, bugle), Thomas de Pourquery (sax alto, chant, compositions, direction), Laurent Bardaine (sax ténor, clavier), Arnaud Roulin (piano, claviers, percussions), Frédérick Galiay (basse électrique), Edward Perraud (batterie). Peut-être parce que le souvenir de Sun Ra s’estompe. Surement parce que par rapport à “Sons of Love”, la démesure, l’humour et la tendresse qui font le charme puissant de ce programme porté par de super musiciens, explosent sur scène lorsqu’ils ne sont que déduits sur le disque.

Et comme promis plus haut, je passer la parole à Pascal Anquetil… Allez vite. J’ai sommeil et j’ai un train dans cinq heures ! • Franck Bergerot