Angrajazz assure aux Açores (1)

Du 4 au 7 octobre s’est tenue la 19e édition d’Angrajazz, festival animé par une petite équipe de passionnés – francophiles et lecteurs attentifs de Jazz Magazine – à Angra do Heroismo, bourgade inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, sur l’île de Terceira.

L’alcool a coulé à flots (production vinicole de qualité, dont le surprenant « Magma » récolté sur terrain de lave), une convivialité sans nuage a présidé aux relations internationales, et le jazz a résonné au cœur de l’océan.

Orquestra Angrajazz

Luis Sousa, Rui Borba (as), Rui Melo, Davide Corvelo (ts), Paulo Almeida (bs), Márcio Cota, Evandro Machado, Tony Barcelos, Bráulio Brito (tp), Paulo Carlos, Manuel Almeida, Paulo Aguiar (tb), Antero Ávila (tuba), Paulo Cunha (g), Eduardo Ornelas (b), Nuno Pinheiro (dm) + Sara Miguel (voc).

Sitôt débarqués, on a assisté aux pièces finales du duo Mano à Mano programmé « off » à la bibliothèque municipale, havre de calme à l’architecture flambant neuve. Les frères Santos (g, dont un instrument volumineux) y ont mis à leur sauce standards, titres personnels et la relecture d’un air traditionnel de leur île de Madère.

Angra OrquestraLe Centre culturel et des congrès (550 places), où se tient la totalité du festival, accueille d’abord l’Orquestra Angrajazz, composé de musiciens amateurs. La formation est un vivier pour le développement des instrumentistes de l’île, une « école » de terrain où s’acquiert la connaissance de l’histoire et la pratique du jazz. Cette machine à swing fait défiler Lady bird de Tadd Dameron, Bemsha swing, Epistrophy, ‘Round Midnight, Let’s cool one et I mean you de Thelonious Monk, A Night in Tunisia de Dizzy Gillespie, Sweet Georgia Brown et, avec Sara Miguel, chanteuse évitant avec bonheur la théâtralité, I Got Rhythm, Honeysuckle Rose, I Let a song go out of my heart, Time after Time, It’s all right with me et autres antiennes gravées dans les Tables de la Loi. Les arrangements sont rondement menés, dans un style farouchement pré-1960. Basse et batterie ne dévient guère d’un rôle générique de marquage rythmique étayant les crescendos et decrescendos des vents qui constituent le point fort de l’orchestre. Pour qui n’écoute pas de jazz en big band tous les jours, cette mise en jambe a permis de réentendre quelques classiques, dans des versions concises.

Baptiste Trotignon/Minino Garay duo

Baptiste Trotignon (p), Minino Garay (perc).

Angra TrotignonLe duo figure d’emblée quelque Sud ensoleillé. Les mains du percussionniste frappent son corps et le ton est donné : le rythme restera au cœur des débats. Minino Garay présente les morceaux, livre des anecdotes drolatiques et instructives, se fait narrateur lors d’un titre. Trotignon aussi précis qu’allègre évite de surcharger la barque et ménage des aérations entre les cascades de notes. C’est d’autant plus impressionnant que sa maîtrise est au service d’une imagination fertile, allant fureter sur des pistes inattendues. Usage fin et mesuré des percussions par Garay, avec un inénarrable solo de triangle au pied e la scène – l’Argentin semble constamment engagé dans une dialectique entre science et simplicité, soucieux de transmettre l’idée d’un art de vivre à son audience (« Solo se trata de vivir »). Le répertoire se partage entre compositions du pianiste et reprises variées : un tango de Carlos Gardel, des échos de Brad Mehldau, une citation de « West Side Story », plus loin l’Afrique, des couleurs et parfums bienvenus, une pièce à bride abattue, d’une virtuosité tourbillonnante. Une musique comme un grand fleuve, embrassant l’horizon de tous ses bras. La complémentarité des deux personnalités est essentielle dans la réussite de ce voyage, empreint de joie de vivre et dont quelques dissonances élargissent la palette des sentiments évoqués.

Photos : Jorge Monjardino

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *