April in Paris N°2 : Géraldine Laurent, Manu Codjia et Christophe Marguet

Ce mercredi 11 avril, sur la Péniche l’Improviste, Géraldine Laurent, Manu Codjia et Christophe Marguet revisitait Charlie Parker…

La journée était placée sous le signe de l’émerveillement. Alors que je sors de mon immeuble, surgit au ras du toit un héron, cou replié en z, vol lourd et majestueux, qui prend soudain une allure pataude sous l’effet d’une incertitude quand à la direction qu’il doit suivre, incertitude qui souligne la caractère incongru de cette apparition à la verticale de cette zone d’immeubles. S’est-il égaré. A-t-il perdu le cap de l’étant de Saint-Cucufa ou hésite-t-il pour les bords de Seine (ces bords de Seine, aujourd’hui si devenus si verdoyants et si peuplés (carnards, poules d’eau, foulques, cynes et oies) mais en bordure desquels on n’a vu aucun élu – ni électeur – nager depuis la promesse faite par Jacques Chirac en 1988 de s’y baigner à la fn de son mandat) ? On comprend que la perspective de la Seine l’ait laissé perplexe s’il a connu d’autres rivages. Emporté par l’inertie de sa masse, le héron perd toute superbe lorsqu’il hésite et change de cap. Je le vois faire claquer une aile comme un drapeau soudain tirebouchonné par le vent, puis l’autre, chuter le temps de se ressaisir et de reprendre de l’altitude. J’imagine la grâce et la virtuosité du milan dans pareille virevolte.

 

Le soir, encore tout plein de cette visite impromptue de celui que j’ai d’emblée baptisé Léon), j’avais rendez-vous sur une autre rive, sur le quai de l’Oise avec les mêmes chers amis qui m’avaient entraîné à l’amphithéâtre de l’Opéra le 5 (voir April in Paris 1). Il était là encore question de faire dialoguer les époques. Un peu coupable tout de même d’avoir déserté le concert du big band lyonnais Bigre ! programmé au Jazz Club Étoile dans le cadre de “Jazz à Vienne à Paris”. Mais le rendez-vous d’amis chers et la curiosité d’entendre ce trio qui donnait là son quatrième ou cinquième concert était trop forte. Sans compter le plaisir de voir enfin un peu de monde sur cette superbe péniche. Arrivé pour assister au deuxième set, je ne me souviens plus en détail de ce qui a été joué, mais pour rien au monde on ne m’aurait arraché à ce spectacle de l’aisance avec laquelle nos trois musiciens se faufilent, dans leur vocabulaire (ou plus exactement les vocabulaires qu’ils ont su mettre en commun) dans la trame de cette thématique parkérienne qu’ils effilochent pour la retricoter à leur façon, totalement fantaisiste. Panassié, soudain parkérien, aurait hurlé à la trahison.

 

Franck Bergerot

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