April in Paris N°3 : Flavio Boltro Quintet, Trio Enchant(i)er

Le vendredi 12, revu Léon le Héron alors que j’attendais mon bus, cette fois-ci bien décidé à rejoindre l’Île des Impressionnistes. Le soir, après m’être jeté à la hâte derrière la cravate une poêlée de légumes au Thaïlandais du coin en sortant du bureau, présentation au Sunset, dans le cadre de Jazz à Vienne à Paris, du Trio Enchant(i)er, lauréat du tremplin Jazz(s)RA (RA pour Rhône Alpes) et Jazz à Vienne/Le ReZZo, ce qui leur vaut de figurer à l’affiche du prochain Jazz à Vienne. Évidemment, j’ai avalé ma poêlée trop vite et j’arrive en avance. En attendant, je me faufile au Sunside où Flavio Boltro (tp) s’entend avec Rosario Giuliani (as), Pietro Lussu (p), Darryl Hall (b) et André Ceccarelli pour fiche le feu aux âmes présentes. Retour au hard bop tel que l’on jouait cette tradition dans les années 70, à la veille du bop revival.

Il n’est pas sûr que ce déploiement d’énergie et l’excitation qu’elle me procure ne finissent pas par me taper sur le système au cinquième morceau. Je descends au Sunset juste à temps, la tête un peu trop remplie du jeu de ce pianiste, Pietro Lussu, d’une étrange modernité dans sa très orthodoxe concision, un étrange et très efficace économie dans sa façon de charger son charbon dans la chaudière du quintette. Après ça, difficile de me concentrer sur la musique du Trio Enchant(i)er – Gregory Sallet (ss, as), Olivier Jambois (elg), Kévin Lucchetti (dm). Un univers aux antipodes d’avec celui que je viens de quitter. Énergie plus ciblée, plus rock, plus froide, mais non dépourvue de poésie, avec quelque chose, non pas directement de Steve Coleman, mais de son héritage. Je m’endors plus ou moins, épuisé, ouvrant l’œil ici et là sur une musique que je me réserve de découvrir sur la maquette que vient de me remettre Patrick Schuster qui sort leur disque courant juin chez Naïve. Un vieil Homme dort à mes côtés sur la banquette. Il a 100 ans. Je soulève le bord de son chapeau. Il est mort et commence à dégager une odeur assez désagréable. Je reconnais Hugues Panassié qui tressaille une dernière fois au solo a capella de Gregory Sallet déchiquetant sa phrase d’un soudain entrelacs de staccato, d’harmoniques et d’élans mélodiques qui font me promettre de me pencher bientôt sur leur disque.

 

Sur le chemin du retour, attiré par un vif échange de cris métalliques dans le pin d’une propriété en bordure de ma route, je m’arrête, scrute les branchages redevenus silencieux et finit par y découvrir un couple de geai, l’œil noir et le bleu du miroir alaire luisant en ma direction dans la proximité d’un lampadaire. Surpris par quel méfait nocturne, par quelle querelle les tenant éveillés à cette heure indue, par quelle ardeur amoureuse intempestive ou par quel drame social qui les aurait chassés du nid ? Sigmund le chat roderait-il dans les parages ?

 

Franck Bergerot

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