April in Paris N°4 : le Second Quintette de Miles par Keith Waters

Le lundi 16, à deux jours du bouclage. J’ai renoncé à me rendre à l’inauguration Jaco Van Dormael au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris où est prévu un concert en hommage au regretté guitariste Pierre Van Dormael. Je traîne au bureau, fignoler et anticiper le rush des dernières heures avant départ du prochain numéro pour l’imprimerie. Dans un métro tardif, je me plonge dans l’ouvrage du musicien et musicologue Keith Waters « Miles Davis Quintet, 1965-1968 » (Oxford University Press).

J’ai beau ne pas savoir lire la musique autrement qu’en la suivant du doigt comme les enfants, et sans l’entendre, je suis happé par ces relevés et leurs commentaires. Il faut dire que je commence à être assez familier de ce à quoi ils se rapportent. Mais familier est un bien grand mot, lorsque l’on voit Keith Waters balayer du revers de la main les interprétations d’auteurs aussi avertis que Bob Belden, John Szwed ou Jeremy Yudkin qui a consacré tout un livre à « Miles Smiles ». D’ailleurs, ce n’est pas d’un revers de la main que Waters les balaie, mais d’un patient raisonnement qui prend la musique du Second Quintette comme il faut la prendre, comme un tout organique où il ne sert à rien d’analyser un relevé de trompette si on ne le rapporte pas au thème d’où il est tiré et surtout au contrepoint de basse, piano et batterie qui l’accompagne. Et Keith Waters de tirer de ses observations une vision générale des grands éléments de vocabulaire et de grammaire du Second Quintette et un examen détaillé des péripéties où ils l’entraînent : feintes, stratégies, associations d’idées, superpositions de tempos, de vitesses, de tonalités, conflits rythmiques, contaminations, dérèglements, malentendus, pertes de contrôle momentanées et incidents divers qui sont autant de moteurs à cette musique.

 

Mais j’entends toquer la vitre à hauteur de mon oreille. Un employé de la Ratp me crie que je suis au dépôt de la Défense et qu’il me faut le rejoindre en cabine de pilotage en tête de rame. Combien d’allers et retours ai-je fait entre Vincennes et la Défense. Au moins un complet en plus de mon trajet à partir de Châtelet si j’en juge au nombre de pages lues depuis mon entrée dans ce wagon. De la cabine de pilotage, nous en traversons deux autres, changeant de rame, pour entrer dans celle qui s’ébranle doucement, glissant en serpentant dans un étroit tunnel à une seule voie qui me rappelle “la rivière enchantée” du Jardin d’acclimatation. C’est hélas trop court ! Voici déjà le quai où je me retrouve chaque matin pour me rendre au bureau et d’où, sauf à y retourner immédiatement, il me faudra enjamber des portillons à sens unique pour regagner la ligne A, me demandant comment je retrouverai mon chemin lorsque pareille mésaventure m’arrivera sur une ligne entièrement automatisée.

 

Franck Bergerot

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