La ballade de Parisien, entre Rocher de Palmer, Kühn et toute la bande. Ovation

Une constance dans les présentations qu’Émile Parisien se risque à faire entre chaque morceau : la gravité du ton adopté, dont il dit lui même pourtant que « ce n’est pas grave », et l’annonce répétée que celle « ballade » n’en sera pas vraiment une, en tous cas pas jusqu’au bout…

Émile Parisien quintet featuring Joachim Kühn : Parisien (ss), Kühn (p), Manu Codija (g), Simon Tailleu (b), Mario Costa (dm)

Même le « Préambule », avec son ambiance manifestement inspirée du très lyrique John Coltrane, vire assez vite à la contestation, et vient se briser sur les élans qu’il provoque. Car si le lyrisme du grand aîné, obsessionnel, réitérant, vertical, quasi intemporel dans son désir de n’en jamais finir, inspire toujours, il prend chez notre jeune et brillant sopraniste un tour plus horizontal, chantant pour tout dire, qui l’amène à chercher la rupture dans un ailleurs qu’il trouve auprès de ses partenaires. Chez Kühn évidemment, mais est-il besoin de le souligner ? L’auteur de Our Meanings And Our Feelings (27 juin 1969), qui a bien voulu apporter sa signature sur mon exemplaire (mais qu’attendent-ils pour rééditer ça, en CD, LP, cassette, que sais-je ?) en est toujours à trouver quelque motif de main droite d’une simplicité et d’une évidence à faire frémir (« Le Clown Tueur de la Fête Foraine »), cependant que la gauche soutient par des accords parfois à peine perceptibles des enroulements vibrés, qui ne sont pas sans rappeler, et faire écho, à la manière dont Émile Parisien construit ses solos, en innervant chorus après chorus une tension qui n’en finit pas de ne pas se résoudre. Fascinant. Comme de surcroît il déplace les accents pour aller chercher « l’inouï » chez Manu Codija, Simon Tailleu ou Mario Costa, la musique qui pourrait ne faire que se dérouler prend les risques des pieds et du tapis. Vous n’enlèverez pas ça chez Émile : cette volonté de faire que la musique advienne maintenant. « Balladibiza » fait partie de ces pièces à la douce et heureuse énergie, et Kühn a apporté un tout nouveau « Paganini ». Des caprices comme s’il en pleuvait. Standing ovation pour ce quintet bien réel, et la salle du Rocher 650 debout.

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Il faut noter que l’année 2017 s’annonce sous les meilleurs auspices dans ce lieu voué aux cultures du monde, puisque le jazz y reprend une  place éminente, et très accessible. Le « Pass Rocher » (quatre concerts pour 30 euros, imbattable) offre en effet la possibilité de choisir entre la prestation de ce 27 janvier, et les concerts du trio de Dave King avec Bill Carrothers, mais aussi Bruno Toccane, Post Image, sans oublier au salon de Musique le projet « The Bridge », défendu par Alexandre PIerrepont. Comme on annonce aussi quelques beaux concerts bien contemporains dans des lieux voisins de la banlieue bordelaise… voilà de quoi satisfaire les envies, et les curiosités. On le dit avec la joie la plus extrême.

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Et puis, de Palmer à Palmer il n’y a qu’un pas. La distance qui sépare un rocher d’un Margaux, parmi les plus classes. Comme chaque année la direction du château fête le nouveau millésime par un concert de jazz, rêvons à ce que Kühn pourrait inventer en terme d’Alter Ego. Et Parisien en matière de grand vin.

Philippe Méziat

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