Casino de Biarritz: James Carter , le retour des beaux jours ?

A force d’effets de souffle, de claquement d’anches, de doubles sons, de montées dans les suraiguës poussées au bout de son ténor James Carter finit par déclencher le rire d’une petite fille interloquée par ces bruits incongrus. L’occasion pour le saxophoniste espiègle d’entamer avec elle un échange en écho de petits cris de plaisirs.

James Carter Organ Trio: James Carter(ts, as,ss), Gerald Gibbs (org), Alex White (dm)

Festival Les Beaux Jours de la Musique, Théâtre du Casino, Biarritz,  13 avril

Django Unchained: le titre pouvait porter à confusion. Car si l’on pense immédiatement au film baroque de Quentin Tarantino, la musique livrée live par le trio fait, elle, référence directe à l’univers des compositions de Django Reinhardt. Directe, disons dans sa source. La réalité du contenu musical ainsi créé penche davantage du côté de sonorités, d’ambiances soul, funky même. Sans doute faut-il y voir la place centrale donnée dans l’orchestre à l’orgue Hammond, ses notes tenues, ses accords épais plus la ventilation tournante un poil vintage du Leslie. Gerald Gibbs sur son double clavier, avec le renfort du pédalier de basse, utilise l’instrument au sens le plus traditionnel. Au sens où l’entendaient des organistes type Milt Buckner ou Jimmy Smith. Puissance, vélocité, amplitude dans la tessiture abordée. Et toujours la marque d’un max de swing. Le batteur Alex White -qui a succédé à son homologue Leonard King Jr au sein du trio d’origine créé dans un club historique de Detroit, ville de naissance de James Carter, le Bakers Keyboard Lounge- joue à cet effet le jeu à fond, en soutien de la pulsion naturelle, caractéristique du B3 Hammond générateur de grosses sonorités bluesy, d’accents épais et autres rebonds qui donnent dans ce jazz daté l’envie naturelle de marquer le tempo du pied ou de la main. Dans un tel contexte James Carter tire son épingle du jeu un peu à rebours du climat originel des traits fins dessinés dans ses compositions par Django à partir d’un credo simple « Je suis persuadé que la musique de Django est toujours d’actualité affirme le saxophoniste. Simplement la force dégagée par ce trio confère au matériel de base une nouvelle dimension. Django nous revient dès lors auprès du public sous un nouvel angle, une nouvelle voie essentiellement soul et funky » Là se situerait peut-être le lien subliminal avec l’esprit Tarantino. Ceci posé, dans son entreprise James Carter réussit à garder l’accroche avec le guitariste de légende  par le biais de ses mélodies magiques. Il expose aussi clairement que possible celles de Diminishing, Flèche d’Or au ténor. Il prend soin d’introduire seul au soprano Nuages. Il habille d’un velouté de  soie les harmonies sucrées du Troublant Bolero. Puis pris par l’élan du trio, supporté par le bloc rythmique construit par ses comparses il part à l‘aventure au point de parfois, sur un socle de swing classique pour ne pas user du cliché de pur, casser les codes du genre façon stridences, violence dans les les attaques sonores, dérapages ou décadrages autrefois labellisés free. Oubliés sans doute les excentricités vestimentaires, le côté flambeur mode dans l’allure et les déclarations. Pour autant  James Carter aujourd’hui sur scène en mode quadra en costard trois pièces, n’oublie pas qui il est, ni quel type de saxophoniste il entendait être dans le panel des musiciens de jazz contemporain. Un Instrumentiste brillant, original. Le public plutôt diversifié du Casino de Biarritz, sans forcément connaître sa trajectoire chaotique par le menu, a pourtant visiblement apprécié la personnalité musicale aujourd’hui ainsi affichée et affirmée. James Carter unchained ?

Robert Latxague

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