El Tren fantasma par le duo Momentos

Découvert à l’occasion d’un concert qu’il donna à Monterey, Ramon Lopez a été envoûté par El Tren fantasma (1927) du cinéaste mexicain Gabriel Garcia Moreno. Il a décidé de souligner les images de ce film muet en duo avec Christine Wodrascka. C’est ce projet de ciné-concert que la « Semaine jazz » de Cugnaux proposait pour sa deuxième journée.

 

Duo Momentos / El Tren fantasma
Christine Wodrascka (p), Ramon Lopez (dm, perc).
Mercredi 21 novembre 2012, Théâtre Paul Eluard, Cugnaux (31), 17h30.

 

Le ciné-concert pose d’innombrables questions : est-ce d’abord un concert ? Et si tel est le cas, que devient alors le statut de l’image ? Est-ce en premier lieu une projection ? Si oui, dans quelle mesure la musique doit-elle chercher une forme d’autonomie ? Faut-il éclairer les musiciens pendant la projection ? L’intention louable d’établir un juste équilibre entre images et musique n’a-t-elle pas un travers rédhibitoire, celui de perdre artistiquement sur les deux plans, l’appréhension du spectateur étant toujours balancée entre ces deux disciplines ?
Si questions il y a, elles sont en tout cas passionnantes. Ce qui explique que la formule rencontre toujours plus de succès, et que la variété des expériences se multiplie.

L’attitude de Christine Wodrascka et Ramon Lopez résulte d’une juste mesure entre jouer sans complexe leur musique et se positionner tout à la fois aux côtés du film, cela sans pour autant lui voler la vedette.

 

L’action du film culte de Gabriel Garcia Moreno repose sur une rivalité amoureuse sur fond d’aventure. On y découvre le Mexique citadin des années 1920, une représentation saisissante de la pègre qui ronge (déjà) le pays, et la fascination exercée par le chemin de fer. Un film étrange (avec quelques incohérences), moins baroque qu’on ne pouvait l’attendre parce qu’il tente de rivaliser avec le cinéma américain (belles scènes d’action).
Ce n’est qu’à de rares moments que le duo de musiciens opte pour le descriptif. La plupart du temps leurs interventions – préparées dans la structuration mais aux matériaux improvisés – consistent à souligner une atmosphère, à compléter ce qui est suggéré, développer les non-dits, à accentuer les tensions psychologiques (scènes du rapt et de la tentative de viol, scènes de combats). De ce fait, il s’agit moins d’une illustration sonore que d’un contrepoint artistique, la transmission immédiate d’émotions toujours différentes provoquées à chaque nouveau visionnage. La majeure partie du temps, l’usage de la mélodie et de la pulsation est éclipsé au profit de gestes instrumentaux entraînant l’absence de tout leitmotiv attaché à des personnages ou à des lieux, cela au profit d’un continuum musical constamment en renouvellement.

 

Parmi les moments les plus beaux de la « version de Cugnaux » (puisque chaque séance est unique en termes d’interprétation), Christine Wodrascka s’est transcendée dans la scène de la corruption amoureuse, en un solo poignant. Et surtout, la scène du train, lancé à pleine vitesse et devenu incontrôlable, qui emporte l’héroïne (semble-t-il) vers une mort certaine : un moment fort rendu encore plus angoissant par le duo en état de grâce.

 

Même s’il manque encore peut-être quelques séances supplémentaires au duo Wodrascka/Lopez pour que l’interaction entre le film et la musique soit parfaitement fluide (il était possible de percevoir certains moments d’attente vers la scène suivante), voilà une belle découverte. Recommandé !

 

Prochains concerts de la « Semaine jazz » de Cugnaux :

  • Jeudi 22 novembre : Raymond Boni solo (19h) et Edouard Bineau/Sébastien Texier (21h, hommage au Palais Idéal du Facteur Cheval).
  • Vendredi 23 novembre : Geneviève Foucroulle (19h, Variations Goldberg revisitées) et La Friture moderne (21h).

 

Lien Internet : Mairie de Cugnaux

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