Festival de Radio France & Montpellier Languedoc Roussillon : première soirée jazz 2015

C’est une sensation plutôt étrange, pour le chroniqueur, que de se retrouver dans la public du Domaine d’O après 29 festivals dans les coulisses, un peu partout dans Montpellier, en présentateur-producteur d’enregistrements et de directs, et aussi programmateur ; curieux après toutes ces années de bons et loyaux services, de revenir sur les lieux du crime (un crime demeuré impuni….). Heureusement le programme est alléchant : il a été concocté par l’ami Pascal Rozat, habitué de ce blog, et des colonnes de Jazz Magazine, version papier. Sensation agréable aussi, de croiser dans la pinède, à l’occasion de l’avant concert, des spectateurs-auditeurs familiers ; lesquels ne manquent pas de s’étonner, voire de s’indigner, que cette année les concerts ne soient ni enregistrés ni diffusés par France Musique. On les rassure comme on peut, en leur disant que les tout récents changements intervenus à la tête de France Musique, le 10 juillet dernier, laissent espérer un retour de ces concerts sur les ondes pour la prochaine édition….

 

Megahero : Jordi Lucile & Mickael Pernet (saxophones ténors), Bruno Ducret (violoncelle), Charles Huck (guitare basse), Maxime Rouayroux (batterie). Pinède du Domaine d’O, 20h30

 

Louis Winsberg « Gypsy Eyes » trio : Louis Winsberg, Rocky Gresset, Antonio El Titi (guitares). Amphithéâtre du Domaine d’O, 22h

Festival de Radio France & Montpellier Languedoc Roussillon, 15 juillet 2015.

 

C’est d’abord l’avant concert, sous la pinède, pendant que le public boit et se restaure. En fait un concert d’une heure, avec chaque jour un groupe différent, sélectionné par Serge Lazarevitch, guitariste et aussi pédagogue au département de jazz du Conservatoire de Montpellier. Et pour ce premier soir un groupe très atypique, par son instrumentation et par sa musique. Cela commence comme un thème de Carla Bley qui serait nostalgique de Silence, la composition de Charlie Haden ; puis on atterrit chez « Art of Noise », avant de redécoller très radical devant un public déconcerté. Il fait encore trop chaud pour que les cigales se taisent, mais Jordi Lucile prend un chorus détendu et distendu, très jazz-jazz, avant de basculer dans une hyper expressivité plutôt free. Le violoncelle dialogue en contrepoint avec un sax, puis avec les deux. Quand Bruno Ducret donne les titres déjà joués, et annonce les suivants, un spectateur dubitatif, de l’âge de votre serviteur, lâche « ça va peut-être swinguer maintenant… » Cela ne suffit pas à entamer notre plaisir, et l’on vogue ainsi jusqu’à l’ultime coda après des boucles harmoniques pétries d’accents vigoureux, façon rock progressif, puis une polyphonie apaisée, avec résolution « à l’ancienne » ! Le groupe est peut-être encore un peu vert, mais il est porteur de grandes promesses musicales.

 

Pendant la balance le trio peaufine le son

 

Pendant la balance le trio peaufine le son


Dans la grand amphithéâtre, à 22h, la musique sera plus fédératrice. Après une solo de chacun des trois partenaires, le trio enchaîne avec Gyspy Eyes de Jimi Hendrix, qui donnait son titre à l’album du groupe. Louis Winsberg explique en quelques mots l’origine de l’aventure : son désir de rassembler autour de lui deux musiciens qui pratiquent des langages différents, langages qui sont pour lui des tropismes secrets : le jazz manouche et le flamenco. Suivent des compositions originales dédiées à chacun des membres du trio, avant un duo Winsberg-Gresset sur Nuages, ressourcé et arrangé avec un amour libre. Ce sera ensuite un duo Winsberg-El Titi, qui évolue de flamenco en valse jazz, avant une fausse fin en forme de Marseillaise revue et savamment corrigée. Et enfin Caravan et Take Five, très amoureusement métamorphosés, avant un rappel très jazz manouche. Le public est conquis, et à juste raison : on est ici dans le plaisir pur, la passion musicale vécue sans entraves, à mille lieues des trios de champions-du-monde-de-la-guitare (ceux qui ont vu sur scène les joutes triangulaires John McLauglin-Al Di Meola-Paco De Lucia comprendront ce à quoi je fais allusion). Et c’est sans aucun doute à la personnalité exceptionnelle de Louis Winsberg, sur le plan humain autant que musical, que l’on doit ce petit miracle.

 

Xavier Prévost

 

Les concerts de jazz du festival se poursuivent au Domaine d’O chaque jour, samedi et dimanche compris, jusqu’au 24 juillet inclus : http://www.domaine-do-34.eu/spectacles/radio-france


 

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