Festival Radio France & Montpellier : Grand Ensemble Koa

Pour cette soirée 100% montpelliéraine du Festival de Radio France & Montpellier Languedoc Roussillon, la plume de Guillaume Rondelet (résurgence d’un patronyme local, celui de l’hôte de Rabelais en cette ville, en 1530) reprend un service délaissé voici quelques lustres à Jazz Magazine, et aussi sur le site Musique Française d’Aujourd’hui. La soirée commençait à la Pinède sous les meilleurs auspices avec le groupe de la contrebassiste Gabrielle Koehlhoeffer, et se terminait en apothéose à l’Amphithéâtre avec le Grand Ensemble Koa d’Alfred Vilayleck.

Gabrielle Koehlhoeffer Project 

Gabrielle Koehlhoeffer Project : Gabrielle Koehlhoeffer (b), Caroline Sentis (voix), Rémi Ploton (claviers), Maxime Rouayroux (dms), Pinède du Domaine d’O, 21 juillet 2015, 20h30.

    On avait écouté en 2013 Gabrielle Koehlhoeffer et Rémi Ploton sur la scène de l’Amphithéâtre, dans le groupe de Joël Allouche. Les revoici, dans un projet de la contrebassiste, avec la chanteuse Caroline Sentis : belle voix, expressive et maîtrisée, bons textes en français, très belle prosodie, belle diction, et aussi un détour en anglais par une allusion à ‘Round Midnight, sans Monk mais pas sans grâce. Le batteur, qui a œuvré dans la majorité des groupes de la scène bis (artiste résident, en quelque sorte) joue magnifiquement la carte de la stimulation rythmique, en douceur. La scène montpelliéraine recèle décidément bien des talents.

 

Grand Ensemble Koa : Alfred Vilayleck (b g, comp & dir), Matthieu Chédeville (ss), Armel Courrée (as), Jérôme Dufour (ts), Pascal Bouvier ((tb), Matia Levrero (g), Samuel Mastorakis (vib), Daniel Moreau (p, el p, synth), Julien Grégoire (dms). Amphithéâtre du Domaine d’O, 21 juillet 2015, 22h.

Grand Ensemble Koa 

    Le Grand Ensemble Koa était l’an dernier sur la scène de la Pinède, et l’on espérait son passage sur la grande scène. La concrétisation de ce vœu se fait avec éclat. Ce groupe soudé est un creuset de solistes de premier plan pour lesquels le bassiste écrit sur mesure, comme de tradition dans le jazz : on écrit pour un instrumentiste précis, pas pour un instrument. Ça groove en permanence, mais sans rien sacrifier de la subtilité des voix, écrites avec soin pour faire vibrer les unissons comme les polyphonies audacieuses. Sous les solos expressifs, voire explosifs, des riffs précis et obstinés conduisent très naturellement à un crescendo qui va se résoudre en un accord parfait majeur, aussitôt corrompu par une tierce picarde (ce qui n’est pas pour déplaire au chroniqueur, car derrière ce Rondelet se cache un Picard pur jus!). Tout est très ludique : ailleurs on aura une coda abrupte, qui refuse « l’impérialisme du retour à la tonique ». Tous les solistes sont remarquables, portés par des tutti d’une folle intensité. Le répertoire est celui du nouveau disque, « Ahimsâ »

(extraits sur https://soundcloud.com/grandensemblekoa),

dont la sortie est un peu retardée, mais qui était déjà disponible pour le public au sortir du concert. À l’écoute d’une telle excellence on se dit qu’Alfred Vilayleck ferait un candidat plus que crédible à la direction de l’Orchestre National de Jazz : après un homme du Nord, pourquoi pas un homme du Sud ?

Guillaume Rondelet


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