Festival Radio France & Montpellier : Modern Times Quintet & Hildegard lernt fliegen

Laure Petrarca reprend sur le blog une plume abandonnée dans les colonnes de Jazz Magazine au mitan des années 90. Attachée à l’aire Montpelliéraine, à laquelle son mystérieux patronyme la relie, elle délivrera ses impressions de jazzfan sur quelques unes des soirées de l’amphithéâtre du Domaine d’O.


Modern Times 5tet  Gaël Horellou 2

Modern Times Quintet : Valentin Jam (batterie), Mickaël Pernet (saxophone ténor), Julien Chignier (saxophone alto), Jules Le Risbé (clavier), Charles Huck (contrebasse) ; invité Gaël Horellou (saxophone alto). Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon, Pinède du Domaine d’O, 16 juillet, 20h30.

 

La soirée commençait sous la Pinède avec un quintette Montpelliérain, et un invité surprise. En fait Modern Times est un quartette, auquel se joint le saxophoniste Lyonnais Julien Chignier. La musique, en bonne part composée par les membres du groupe, fleure bon le prolongement de la scène new-yorkaise des année 60 et au delà. On avait entendu le contrebassiste sur la même scène, la veille et à la guitare basse, dans un tout autre registre. C’est lui qui joue le rôle du « Monsieur Loyal » et présente le groupe et le répertoire. La musique est fluide, finement construite, et les saxophonistes s’expriment largement. Le pianiste, manifestement frustré de jouer sur un clavier numérique, sera moins prolixe dans ses improvisations : quel dommage que, pour une série complète de concerts, même sur une scène-bis, on ne mette par un vrai bon piano, fût-il d’un format modeste ! Pour un standard, But not for me, le quintette accueille un invité surprise en la personne de Gaël Horellou, que le batteur et le pianiste ont rencontré… à New York. Gaël est un bœufeur impénitent. La dernière fois que je l’ai rencontré, voici quelques jours, il « tapait le bœuf » avec le saxophoniste Luigi Grasso dans un petit lieu près de la Gare de Lyon à Paris ; et le week-end dernier, il participait à un jam d’après concert, rue des Lombards, avec les musiciens du « Messenger Legacy » en tournée européenne (voir le blog en date du 12 juillet sur leur prestation pour Jazz à Vienne). Après que l’invité a quitté la scène, le quintette conclut version hard bop avec Yeah !, signé Horace Silver. Une fois encore la scène de la Pinède aura offert une belle découverte.

 

Hildegard Lernt Fliegen

Le groupe pendant la balance vers 20h

 

Andreas Schaerer’s Hildegard lernt fliegen : Andreas Schaerer (voix), Matthias Wenger (saxophones alto & soprano, flûte), Benedikt Reising (saxohones alto & baryton, clarinette basse), Andreas Tschopp (trombone & tuba), Marco Müller (contrebasse), Christoph Steiner (batterie, marimba, machine à écrire). Amphithéâtre du Domaine d’O, 16 juillet, 22h.

 

Je connaissais ce groupe Bernois et Zurichois par un coffret d’enregistrements réalisés dans les club underground de Russie (« Cinema Hildegard »), et j’en gardais le souvenir d’une musique déjantée pleine d’une folle énergie. Ici, sur la scène de l’amphi d’O, devant un public nombreux (près de 1400 personnes), concentré et réceptif, j’ai découvert le vrai visage du groupe : derrière les blagues pataphysiques, le théâtre musical et le culot formel, il y a tout un monde de musique finement élaborée, que son constant humour ne gâte en rien. Vocaliste sans limites, Andreas Schaerer joue de tous les registres, inventant des langages, dialoguant en sonorité de trompette avec le tromboniste, et faisant coexister le human beat boxing avec l’expressivité d’une musique contemporaine radicale. Dans les instrumentistes improvisateurs du groupe, Matthias Wenger se distingue par l’inspiration et la maîtrise formelle, même dans les élans les plus exacerbés. Un moment de sound painting plein d’humour débouchera sur un long silence mimé, que le public acceptera, dans l’attente d’une surprise sonore qui viendra, évidemment ! Et le public en viendra tout naturellement à fredonner une note tenue qui servira de repère harmonique au groupe pour une séquence très ouverte. C’est en reprenant ce fredon que le public rappellera le groupe, qui offrira en cadeau d’adieu une belle musique d’inspiration traditionnelle et mondialisée, avec sanza, flûtes de bois, et fantaisies vocales. Et c’est debout que finalement le public, chroniqueuse comprise, saluera les artistes ; belle conclusion pour la fin de leur tournée française (Festival Jazz à Luz, Millau en jazz….).

 

Laure Petrarca


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