Festival Radio France & Montpellier : Pierre Coulon-Cerisier Quartet feat. Géraldine Laurent

Comme à chacune des années récentes, un concert du Festival de Radio France & Montpellier Languedoc Roussillon était en partenariat avec le festival Jazz à Junas, où le quartette s’était produit la veille. Le groupe avait bénéficié en 2014 d’une résidence de création de « Jazz en L’R », association qui fédère les acteurs du jazz (musiciens, lieux de production et de diffusion….) en Languedoc Roussillon. Le concert était une manière d’aboutissement de ces actions croisées.

Sous la pinède la table des musiciens 

Sous la pinède, la table des musiciens


Pierre Coulon-Ceriser Quartet : Pierre Coulon-Cerisier (p, comp), Géraldine Laurent (as), Michel Altier (b), Joël Allouche (dms), Amphithéâtre du Domaine d’O, mercredi 22 juillet 2015, 22h.

 

Le thème choisi par le pianiste pour ce projet, c’est « Autour du blues ». Il ne s’agit nullement de se faire un plan blues and roots, ni de présenter un inventaire des tribulations de la forme blues dans l’histoire du jazz, mais de faire comme le jazz l’a fait tout au long de son histoire : traiter le blues (sa forme, son esprit, sa liberté….) comme un terrain de jeu et d’émoi, entre énergie et mélancolie. Le pianiste commence un peu dans l’esprit de Paul Bley (se rappeler son très beau Harlem, « Open, to Love », 1972), en déconstruisant la forme et les éléments harmoniques, avec en leitmotiv deux accords détournés du All Blues de Miles Davis. Vient ensuite un stop chorus de Géraldine Laurent, qui complète un décor de liberté et d’intensité musicale. Et le concert chemine selon son projet même, tel que résumé par Pierre Coulon-Cerisier à l’attention du public. Ici l’on part du blues pour l’ailleurs, comme le firent Mingus avec Goodbye Pork Pie Hat, ou Carla Bley avec Sing me softly of the blues. On instille parfois l’ingrédient d’une gamme orientale ; ailleurs on édifie une sorte de blues avec pont qui pourrait se métamorphoser en standard ; ailleurs encore, après une très belle intro de contrebasse solo, s’élabore un trio avec sax et batterie, avant le retour du piano. Et cela se terminera up tempo, comme au temps des vertiges bebop. La vraie conclusion, en rappel, se jouera sur un théme composé par le pianiste en pensant au sculpteur Calder : près du blues encore, mais avec une claudication rythmique et un déhanchement formel qui nous rappellent, s’il en était besoin, que l’on peut jouer près du blues en pensant très fort à Thelonious Monk. Bref ce fut un très beau concert dont les acteurs, totalement engagés dans la musique (mais sans l’ostentation qui indiquerait que l’on surjoue la musique et mime l’émotion) : l’intensité pure en quelque sorte, celle du blues.

Xavier Prévost


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