Géraldine Laurent passe une radio au cabinet du Dr. DeWilde

C’est son nouveau quartette que Géraldine Laurent soumettait à l’examen radiophonique hier, en direct de chez Laurent de Wilde sur TSF. On pouvait observait une fermeté du muscle rythmique prodigieuse, une hypermobilité de l’articulation  sax-piano , une minéralisation idéale de l’ensemble de la structure osseuse… Très vite, on n’observait plus rien, on jubilait!

 

Studio privé du pianiste Laurent DeWilde, Paris (75), le 7 octobre 2015.

Géraldine Laurent (sax alto), Paul Lay (piano), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie).

Pour gagner la rue de la Cour des Noues, on croise la rue de la Chine où, à quelques mois d’intervalle, à l’hôpital Tenon, naquirent Marcel Azzola et son fidèle guitariste Didi Duprat. Il en reste un splendide mazurka, Rue de la Chine. Il faudra désormais songer à composer quelque chose, une valse peut-être, A la cour des noues, pour célébrer le jour où Géraldine Laurent présenta son nouveau quartette chez Laurent DeWilde devant un public averti : Daniel Richard, Pascal Anquetil, Francis Marmande, Alex Dutilh, Michel Contat, Claude Carrière, Frédéric Charbaut et Donatienne Hantin, Pierre de Chocqueuse, etc. Plus les professionnels qui soutiennent Géraldine Laurent: Hélène Lifar, Christian Pégand… et Laurent de Wilde qui produit le premier album de ce quartette sur son label Gazebo “At Work”. Un soirée cependant pas si privée que ça, puisque Charles Doukhan et son équipe était sur place pour une diffusion en directe sur TSF Jazz.

Interview d’abord au micro de Jean-Charles Doukhan au cours duquel elle se montre toujours aussi humble et pudique, se réfugiant derrière son amour d’une certaine tradition et l’appel des tripes. Et pourtant, pour la première fois, un répertoire presque entièrement original que le premier titre place sous le signe de la ritournelle. Rien de compliqué dans les lignes mélodiques qu’elle a imaginées, sinon de petites formules entêtantes qu’elle soumet au jouage de ses comparses qui ici l’entrainent sur les déformations métriques de Epistrophy emprunté à Monk et là sur un tempo extrême qu’elle aborde fiévreuse, flirtant avec la rupture comme on saute à l’élastique. Des risques pris grâce à une rythmique constituée depuis des lustres (Zelnik / Kontomanou) avec un bassiste qu’elle fréquente depuis son premier disque, rythmique qui accompagne la prise de risque tout en assurant les arrières par la profondeur de son tempo.

Les risques, elle les partage avec son pianiste Paul Lay qui n’a pas fini de nous surprendre. Il faut entendre comment dans le premier titre de ce concert, l’unique solo, celui du saxophone, est tramé par les propos du pianiste en un dialogue constant au cours duquel il répond en tordant l’harmonie comme un linge, un habitude chez lui d’essorer l’harmonie pour en extraire toujours quelques gouttes inouïes que l’on en avait jamais tirées. Sur une basse en forme de perpetuum mobile aux accents de film noir, tous deux pratiquent une moite déambulation crépusculaire ponctuée d’arrêts sur image qui font rugir le public d’angoisse.  Sur le tempo extrême que j’évoquais, c’est la vitesse même du morceau que le pianiste embrasse et brasse à pleines poignées, puis dans la ballade, loin de se laisser griser par “la belle harmonie”, il y débite des lignes noueuses avec une sens de l’espace vertigineux, ne jouant la carte du jeu en accords que pour dire des choses essentielles et neuves.

Géraldine non plus n’est pas femme de clichés, quoiqu’il n’y ait pas d’improvisation sans cliché, et chez elle, l’impatience de monter à la ligne de rupture l’éloigne souvent de l’idéal konitzien de l’improvisation pas à pas. Et s’il y a donc finalement clichés, rien ne se présente comme tel. Tantôt elle chante éperdument, mais dans un état de hâte qui fait venir la chair de poule à son public, tantôt elle “bruite” en une espèce de free-bop semi-lyrique, ne cédant jamais à l’automatisme ni au système, même sur la valse, une valse aux accents folkloriques, qui aurait trouvé sa place sur l’album d’Art Farmer “To Sweden With Love”, mais que Paul Lay attire sur une terrain post-coltranien, terrain auquel elle ne cède pas un pouce du sien, loin du “flux” coltranien, mais sans la réserve froide de l’école markturnerienne, réinventant constamment, formule après formule, comme on répète les assauts contre une muraille. Où l’on comprend la place qu’occupe Sonny Rollins dans son panthéon et où l’on songe parfois à Ornette Coleman bien qu’avec un vocabulaire différent.

Bref, ce quartette est attendu le 2 novembre au Duc des Lombards. Il va falloir réserver.

Franck Bergerot

 

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