Quand Guilhem Flouzat tire le portrait

Guilhem Flouzat présentait ses “Portraits” hier 17 mai Sunside, versions live avec un personnel différents du disque qui vient de paraître chez Sunnyside, plus quelques bonus, tels le CHief Crazy Horse de Wayne Shorter et le September Song de Kurt Weill.

Sunside, Paris (75), le 17 mai 2016.

Christophe Panzani (sax ténor), Laurent Coq (piano), Joachim Govin (contrebasse), Guilhem Flouzat (batterie, compositions, paroles) + Isabel Sörling (chant).

Beaucoup de ces portraits se présentent comme des miniatures, ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit de simples exquisses, mais que les formats sont parfois assez courts (en corrélation avec ce désir venu au batteur d’écrire aussi des chansons, jusqu’aux paroles). Mais comme certains portraits sont peints sur des surfaces très réduites tout en faisant appel à un extrême raffinement dans la recherche d’une profondeur des couleurs, d’une qualité de luminosité et d’une véracité dans l’expression de sujets, la musique de Guilhem Fouzat, derrière une apparente économie des moyens, fait preuve d’une précision dans l’intention qui se niche dans les moindres détails de l’écriture orchestrale. Et celle-ci, dans les formes plus longues faisant plus appel au “flow” traditionnel du jazz, conserve cette méticulosité des petits formats par la multiplication des séquences et des formules imposées qui n’ont cependant jamais rien de gratuit, mais constitue tantôt de véritables récits, tantôt, plus statiques, des fascinantes fresques sonores.

La façon dont cet orchestre inédit s’est emparé de ces formes est un véritable tour de force dont ne transparait pour le public du Sunside (très fréquenté pour l’occasion) que le naturel du geste. Cela tient aux personnalités en présence. Laurent Coq tantôt transfigure le support de son piano d’une geste rythmique ou (combinant généralement les deux attitudes) d’une torsion harmonique dont il connaît seul le secret, tantôt tire le fil de son solo avec l’opiniâtreté d’une dentellière, mais selon des points n’appartenant qu’à lui et une diversité et une angularité des motifs étourdissantes. Christophe Panzani, comme Coq, d’ailleurs, pratique une réserve auxquels nous ont habitués les ténors de l’après Cheek-Turner, pour qui l’intensité n’est plus dans la vélocité, la brillance ou la virulence, mais dans la justesse de la visée, le dire vrai et une émotion très intime. Joachim Govin est sur la même ligne, l’air de rien, dans la profondeur d’un son mat, bâtisseur de structures follement aériennes. De temps à autre survient Isabel Sörling, en apparence plus diseuse que chanteuse, mais profondément musicienne (et comment ne le serait-elle pas pour trouver sa place dans ces chansons qui, tout en reposant sur des qualités de song-writer, s’évadent des formats du couplet-refrain et gagnent en qualités dramatiques par la finesse des sénarios et des climats musicaux?)

Et réécoutant le disque en rédigeant cette chronique, je me demande si je ne préfère pas ce que j’ai entendu ce soir. Probablement faut-il voir derrière cette impression mon indéfectible préférence pour la musique “live”. Franck Bergerot

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *