Holland Président!

La grande salle du TNT est pleine à craquer lorsqu’apparait le contrebassiste britannique. Tout sourire, d’une décontraction communicative, Dave Holland nous précise qu’il a passé une très agréable journée à arpenter la ville rose avec ses collègues et qu’il regrette de ne pouvoir y rester quelques jours de plus. Mais les tournées sont ainsi faites…


TNT, Toulouse, 23 octobre 2013 – Festival Jazz sur son 31


Dave Holland quartet


Kevin Eubanks, elg / Craig Taborn, p, Rhodes, fx / Dave Holland, b / Eric Harland, d

 

Sans les prises de parole du longiligne leader pour annoncer les morceaux, on serait fondé à croire que le groupe est celui du guitariste Kevin Eubanks, qui s’y taille la part du lion. Difficile de s’en plaindre tant son jeu est ébouriffant et irréprochable, et quand bien même on ne serait pas contre l’idée d’entendre davantage Craig Taborn, en retrait la plupart du temps. Eubanks donc, yeux plissés, fait des mines à la George Benson, avec lequel il partage aussi une moustache bien taillée. Pour la sonorité, on songe à Carlos Santana, le feeling absolu et l’aisance stupéfiante renvoyant aux riches heures de Jimi Hendrix… Avec cette formation, Holland renoue donc avec l’énergie électrique du jazz-rock qu’il n’avait pas fréquenté depuis un bout de temps, mais aux belles pages duquel il contribua, dans les formations de Miles Davis lorsque ce dernier prit ce virage à l’influence considérable sur tout ce qui s’ensuivit ou presque (que l’on adhère ou pas à cette évolution). La part d’ivresse de la vitesse et l’aspect enveloppant d’un son « volumineux » sans jamais être agressif font partie de l’écriture de ces pièces comme du plaisir qu’y trouvent les auditeurs. Les compositions émanent de chacun des membres du quartette, et sont à deux exceptions près tirées de l’album « Prism » qui vient de paraître sur le label Okeh.


Taborn est initialement un peu étouffé dans cet univers musclé, ce qui est d’autant plus dommage que ses prises de parole au piano comme au Rhodes sont remarquables. Mais on lui doit finalement le moment le plus vertigineux (et le plus applaudi) du concert, lors de sa propre composition Spirals, seule pièce de la soirée pour laquelle le docte Holland estime nécessaire de chausser ses lunettes afin de se mesurer aux découpages rythmiques invraisemblables concoctés par l’étonnant Mr. T, négociés à la perfection avec le magnifique appui du batteur Eric Harland. Les quatre hommes, visiblement en phase, se lancent des regards joviaux, affichent une admiration aussi mutuelle que sincère (Taborn zieute les traits de génie d’Eubanks avec le même air éberlué que les spectateurs). Parmi les autres titres joués, on peut signaler The Empty chair (un blues not blues signé Holland), Breathe (superbe ballade d’Eric Harland, la patience faite notes), et Choir (du même Harland, et qui sert de rampe à un nouveau festival Eubanks).

 

On doit à Holland d’avoir réuni sous son nom des musiciens qui sans lui ne se seraient sans doute pas rencontrés ni associés – dans leurs travaux respectifs comme dans leur approche du matériau qui leur est ici proposé, les manières de Taborn et Eubanks sont diamétralement opposées. Harland, lui, est aussi à l’aise avec l’un qu’avec l’autre, et produit avec Holland l’agglomérant de ce jazz-rock impeccable. On peut même imaginer qu’il s’agit-là d’un pont conscient entre plusieurs mouvances du jazz, voulu par un Holland discret (il ne donne qu’un seul véritable solo
), qui laisse pour l’essentiel ses disciples multiplier les coups d’éclat tandis qu’il se charge 
de tenir bon la barre et d’arbitrer – en les savourant – leurs fructueux échanges. On en redemande, mais c’est déjà fini.


David Cristol

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *