Iñaki Añua, un festival de passions à Vitoria

Une demi-heure avant le début du concert il arpente plutôt tendu les allées du Palais des Sports de sa ville, observant qui occupe les fauteuils dans le carré des invités. Mendizorrotza habituel réceptacle de l’équipe de basket locale, une des meilleures d’Espagne, devient en juillet cinq jours durant un temple du jazz à l’occasion du Festival de Jazz de Vitoria. Iñaki Añua, est du genre à veiller aux mille détails qui font le quotidien d’un festival. Surtout le soir de clôture où le Lehendakari, le Président du Gouvernement Basque qui siège dans la ville, est annoncé.

Iñaki Añua, 70 ans, fonctionnaire dans les services administratifs de sa ville natale désormais en retraite est le fondateur du festival. Longtemps directeur bénévole puis salarié à ce poste sur le tard, il se trouve désormais être le président de la structure associative du Festival de Jazz de Vitoria. De fait pour en assurer toujours la programmation il en est le véritable boss depuis 37 ans. Depuis toujours très affectivement impliqué par cet évènement qu’il a porté dans le top 5 des festivals ibériques aux côtés de ceux de Saint Sébastien, Madrid ou Barcelone il est connu pour entretenir des liens d’amitiés suivis avec des artistes qu’il a imposés comme Wynton Marsalis, Sonny Rollins ou Paco de Lucia. Seul organisateur de festival en Espagne à figurer comme membre de l’IJFO (International Jazz Festival Organisation) il n’avoue que deux autres passions : le vin et la corrida.

 

« Cette année s’annonçait difficile. La crise violente a touché le Pays Basque plus tard qu’ailleurs en Espagne. Mais, ça y est elle est là, présente. A Vitoria, l’enjeu de la programmation se situe bien à ce niveau. Nous sommes un festival créé par des bénévoles, aidés certes mais pas comme d’autres managés par une ville, financé par le service culturel d’une municipalité. Donc déficit interdit ! A l’heure du bilan, affluence et finances, je sais aujourd’hui seulement qu’il y aura bien une autre édition du festival. Je sais aussi que nous allons continuer à faire ce que nous savons faire : un festival de jazz. Tous les aficionados de cette musique viennent ici pour ça. Visiblement ils continuent de le faire malgré la crise. Trois mille personnes pour un concert de Tom Harrell et Brandford Marsalis à l’affiche, ce n’est pas mal non ? Les spectateurs viennent de Vitoria bien sur (une ville moyenne de cent cinquante mille habitants seulement, pas située dans une zone touristique) de Bilbao, de tout le Pays Basque. Mais d’ailleurs également, d’autres régions d’Espagne nous le savons, y compris de l’étranger. Ce qui me fait penser que nous avons réussi à fidéliser un public attiré par le jazz. Nous avons d’ailleurs quelques indications recueillies suite à une étude menée à partir de données tirées des abonnés et des ventes par internet (fréquence, localisation, répartition hommes-femmes etc.) Deux tendances se détachent. Un : le public comporte aujourd’hui une tranche majoritaire chez les 30-40 ans. Deux : les femmes s’y révèlent majoritaires. Ce qui signifie que le public, à l’évidence, s’est renouvelé. Tout cela est le fruit d’un travail, celui de l’équipe du festival. Au passage il a fallu vingt cinq ans d’existence avant d’avoir pu créer un poste de permanent…Alors oui, de voir le Lehendakari, Iñigo Urkullu  président du Gouvernement Basque se régaler au spectacle de Paco de Lucia, du flamenco et des retrouvailles entre le guitariste de légende et son ami Chick, l’évènement s’avère d’ importance pour nous les organisateurs, pour le futur du festival tout court. Et lorsque ce matin j’ai vu une photo du duo à la une du journal qui compte le plus en Espagne, El Pais, je me suis dit simplement : « ça vaut de l’or pour Vitoria, pour le Festival de Jazz » Quelqu’un m’a fait d’ailleurs une réflexion plutôt judicieuse à ce propos : « Pour une fois un évènement du Pays Basque fait la une d’un journal à Madrid sans être une histoire de violence, de politique, de couleur de drapeau. Du jazz, rien que du jazz, tu te rends compte Iñaki ? » J’ai bien réalisé alors que la formule employée par le réalisateur Fernando Trueba pour caractériser le contenu du festival dans le document programme « le jazz, une bonne musique pour des temps difficiles » n’en prenait que davantage de sens »

 

Propos recueillis par Robert Latxague

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *