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Jazz à Vienne, 13 juillet (et un peu de 14)

Jazz à Vienne 2013 s’est terminé aujourd’hui au petit matin, du moins pour les valeureux festivaliers qui étaient restés jusqu’au bout, au terme d’une nuit de jazz comme on n’en voit nulle part ailleurs.

 

Une nuit entière de musique, de 20 heures à 6 heures du matin, non-stop ou presque : le train-train de la vie jazzistique parisienne, avec ses concerts terminés à minuit précise, juste à temps pour le dernier métro, ne nous a certes pas habitués à pareille expérience. Un combat nocturne entre la fatigue et l’enthousiasme, entre l’appel du swing et celui de la couette, une expérience-limite qui met à l’épreuve votre résistance, mais aussi votre rapport au temps. On pouvait en dire autant de la programmation, qui nous aura conviés à un voyage singulier à travers différentes strates spatio-temporelles de l’univers jazz.


Après la musique bien d’aujourd’hui du jeune Imperial Quartet (lauréat du tremplin RéZZo Focal Jazz à Vienne 2012), nourrie d’énergie rock autant que de Roland Kirk, l’Anachronic Jazz Band fraîchement reformé commença de brouiller nos repères, avec ses fameuses démarcations « vieux style » de thèmes de jazz moderne signés Bird, Monk, Miles ou Brubeck (Take Five devenant bien sûr Take Four). Rappelons, pour complexifier encore un peu la chose, que ces arrangements délicieusement décalés datent pour beaucoup des années 70.


Suite des festivités, avec deux têtes d’affiche venues tout droit des années 80, présentant deux manières bien différentes de gérer l’héritage parfois encombrant de cette décennie si... disons, particulière. Le groupe de George Benson était peut-être le véritable Anachronic Jazz Band de cette soirée : un son confit dans les synthétiseurs, l’impression que le temps se serait arrêté en 1985. Avec eux, mêmes les reprises de Nat King Cole (cf. le dernier album hommage du guitariste) sonnent furieusement eighties. Pour le reste, rien à dire côté voix et jeu de guitare, et les tubes (Give Me The Night et j’en passe) sont toujours aussi imparables.


Figures incontournables du smooth jazz de l’époque, David Sanborn, Bob James et leur rythmique de luxe (James Genus et Steve Gadd) ont eux compris que le monde avait changé en trente ans. Aussi leur dernier album "Quartette humaine" (sic) fait-il appel à la formule intemporelle du quartette acoustique (en hommage à Dave Brubeck, nous expliquera James), formule qu’ils n’hésitent pas à appliquer aussi au répertoire de leur album de 1986 "Double Vision". Résultat, on peut enfin jouir sans entrave du magnifique son d’alto de Sanborn, un son d’ailleurs pas du tout smooth, plutôt du genre dur, étranglé, cherchant les stridences dans l’extrême aigu à la manière des saxophonistes de R’n’B de la grande époque.


Passé, présent, futur : il y a tout cela à la fois chez les explosifs Snarky Puppy emmenés par le jeune bassiste Mike League, qui clôturaient cette nuit par une prestation mémorable entamée à 4 heures du matin, devant un public réduit, mais d’autant plus fervent. Ces jeunes musiciens assument l’héritage des sonorités vintage, jusqu’aux synthétiseurs, mais contrairement à Benson et ses troupes, ils les intègrent dans une musique furieusement actuelle, festive et groovy à souhait. Descendu au plus près de la scène, les spectateurs, sautent, dansent, reprennent les refrains en chœur (du jamais vu pour de la musique instrumentale !)… Une vraie ambiance de festival de rock. Ça peut donc être aussi ça, le jazz ? Symboliquement, le concert de Snarky Puppy s’est terminé à l’aube. Il y a des raisons d’espérer.


« Mais au fait, me direz-vous peut-être, comment avez-vous fait pour tenir toute la nuit ? » Fastoche : je suis allé piquer un somme à l’hôtel de 2 à 4 heures du matin, pour mieux revenir ensuite au Théâtre antique. De sorte que je ne peux rien vous dire de la prestation d’Erik Truffaz, sinon que des personnes de confiance m’en ont relaté le plus grand bien.


Pas très professionnel, je l’admets. Et pas très réglo. Je ferai mieux l’année prochaine !


Pascal Rozat

 

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