Les CD de juillet-août 2009

Les nouveautés de juillet-août 2009 dans le domaine du CD palpable ou virtuel. Neuf CD (ceux qui ont provoqués l'émoi de tel ou tel membre de la rédaction).
D'autres CD, eux aussi amplement commentés, dans le magazine de juillet-août 2009 (n° 605) sont énumérés en fin de page.

 

Les disques d'émoi de juillet-août 2009

ANDY EMLER – « Crouch, Touch, Engage »t
1 CD + 1 DVD Naïve - Par Ludovic Florin

EmlerVoilà donc vingt ans que les doux dingues réunis par Andy Emler nous comblent. Le risque de sortir si rapidement un nouvel opus après le retentissant succès de “West in Peace” en aurait fait réfléchir plus d’un. Car le plus difficile n’est pas d’atteindre les sommets mais d’y rester. Or, de nouveau, la jubilation est au rendez-vous. Phénomène finalement assez rare dans l’histoire du jazz français, album après album, Emler ne déçoit pas ! La recette est pourtant simple et tout le monde la connaît : assemblez les meilleurs musiciens du moment; prenez des compositions basées pêle-mêle sur du funk, du free, de la musique classique, du rock, du jazz ou de la musique du monde ; faites mariner le tout au sein de scénarios très imagés et narratifs ; enfin, nappez le tout de groove, de groove et encore de groove. Oui, mais voilà… Ils sont rares les grands chefs ! Car il faut aussi connaître les petits secrets qui font la différence, comme celui d’une écriture toujours truffée de joyeuses surprises, sonnant tantôt comme deux big bands, tantôt comme de la musique de chambre – et, qui plus est, sans jamais étouffer les solistes. À l’image de “l’esprit rugby” qui inspire son titre à l’album, la générosité emlerienne sait surtout plus que tout autre créer un esprit de groupe confraternel, que l’on goûte immanquablement. Pour fêter l’événement, Naïve n’a pas fait les choses à moitié. En plus de l’album CD, le DVD propose une prestation live du nouveau répertoire, avec des bonus plus qu’attrayants. On y découvre les personnalités de chaque membre au travers de nombreuses petites séquences (l’un d’elle, par exemple, avec quatre Collignon !). Un vrai rêve, que nous avions entrevu lors de la présentation de ce nouveau répertoire à Toulouse (cf. Jazz magazine n° 598).

Andy Emler (p, dir), Médéric Collignon (bugle, cnt, voc), Laurent Dehors (ts, bcl), Thomas de Pourquery (as, ss, voc), Philippe Sellam (as), François Thuillier (tuba), Claude Tchamitchian (b), Éric Echampard (dm), François Verly (perc).

 

DAVE BRUBECK QUARTET - « Time Out »
2 CD+ 1 DVD Columbia/Sony - Par François Marinot

BrubeckC’était il y a cinquante ans. Alors que le rythme à trois temps de la valse commençait à s’imposer dans le jazz, Dave Brubeck avait des rythmes impairs en tête, entendus lors d’une tournée en Turquie ou imaginés à l’écoute du pas de son cheval. Il jeta l’idée sur le papier de Blue Rondo à la Turk et son rythme à 9 temps. Un drôle de truc, pas vraiment d’avant-garde si l’on songe à ce que Cecil Taylor et Ornette Coleman enregistraient à l’époque, avec un côté mignon, bien léché avec une série de gimmicks mélodiques qui vous chevillaient la mémoire. En dépit de ses résistances, Paul Desmond daigna pondre, à la demande de Brubeck, deux petites mélodies qui, mises bout à bout, donnèrent Take Five sur un ostinato en cinq temps délicat comme un service à thé parmi lequel Joe Morello moulinait ses baguettes avec des grâces funambules qui marquèrent toute une génération de batteurs. Les mélanges de métriques à 3 et 4 temps sur Three to Get Ready (le futur Jazz et java de Nougaro) et Kathy’s Waltz avait beau être d’une audace encore plus inoffensive, les responsables de Columbia tirèrent la tronche. Sauf, fort heureusement, le président, Goddard Lieberson. L’album fut un succès retentissant et ses deux manifestes rythmiques en 9/8 et 5/4 de véritables tubes qui ouvrirent modestement la voie à une nouvelle pensée rythmique mais furent sifflés sous la douche très au-delà du cercle des jazzfans. La maison Columbia fête l’anniversaire dignement, avec un triple album comprenant, outre l’original, une belle interview filmée de Dave Brubeck narrant la genèse de cette musique ainsi que des extraits de concerts inédits du quartette à Newport de 1961, 1963 et 1964 où l’on entend notamment les versions live très dévergondées de Blue Rondo et Take Five, mais également le délicieux Koto Song tout juste sorti de studio où Dave Brubeck se montre sous son meilleur jour.

Paul Desmond (as), Dave Brubeck (p), Gene Wright (b), Joe Morello (dm). Les 25 juin, 1er juillet et 18 août 1959. Newport, les 30 juin 1961, 7 juillet 1963 et 4 juillet 1964.

TOMMY FLANAGAN - « Condado Beach »
1 CD Jazz Row/Socadisc - Par Philippe Vincent

FlanaganPendant les vingt premières années de sa carrière, Tommy Flanagan se consacra presque exclusivement à un rôle d’accompagnateur. Héritier de Bud Powell pour son inventivité, d’Art Tatum pour ses constructions harmoniques mais aussi de Nat King Cole pour son sens mélodique, il fut rapidement un pianiste très complet qui pouvait, par la clarté de ses idées et la fertilité de son imagination, transformer n’importe quoi en réalité musicale. Ainsi, pendant cette période, il enregistra plus d’une centaine d’albums (dont bon nombre firent date) comme sideman aux côtés de Miles, Coltrane ou Rollins (dont le fameux Saxophone Colossus) pour ne citer que les plus grands noms, avant d’offrir ses services pendant dix ans à Ella Fitzgerald. Ce n’est qu’au milieu des années 70 qu’il se consacra durablement au trio, d’abord avec Ron Carter et Roy Haynes ou George Mraz et Elvin Jones puis, de façon plus constante, avec Reggie Workman et Joe Chambers. C’est ce dernier tandem qui figure sur le premier enregistrement du Super Jazz Trio (produit au Japon en 1978) ici réédité, avec un répertoire de premier choix. Comme d’habitude, Flanagan fait chanter et swinguer le piano en en contrôlant le son avec une précision diabolique. Il y a autant de force que de douceur et d’élégance dans son jeu et sa sensibilité rythmique est mise en valeur par le talent des deux géants qui l’épaulent. Après les 38 minutes de cette session calibrée au format vinyle de l’époque, nous est offert une version touchée par la grâce de My One and Only Love en duo avec Jim Hall (1). Enfin, cinq morceaux de Bud Powell en duo avec le très sobre Ketty Betts (pendant longtemps son complice à la basse dans la formation d’Ella) nous montre que les bonus tracks ne sont pas toujours des fonds de tiroirs. À l’écoute de cette heure de musique, on comprend pourquoi le poète Whitney Balliett surnommait justement Tommy Flanagan “the Jazz Poet”.

(1) Tiré de l’album de Jim Hall “Commitment”, 1976, Horizon.

TONY MALABY - « Paloma Recio »
1 CD New World Records/Orkhêstra - Par François-René Simon

MalabyAutant vous prévenir tout de suite, le jazz ici présent n’est pas d’une écoute “facile”. On ne se laisse pas aller à taper du pied ou claquer des doigts. S’il faut s’abandonner, c’est en fermant les yeux pour mieux prêter attention à un traitement très particulier de la masse sonore. Tony Malaby et ses comparses s’emploient comme s’il fallait la ciseler pour en faire jaillir une statue d’air – parfois d’une grande beauté – qui porterait la trace des coups de ciseaux. Il y a autant de recherches dans le registre du saxophone seul que dans son association avec les partenaires, tous ensemble ou progressivement à partir de duos successifs. On sent que, de par sa formation musicale, Malaby entretient, à part égale avec ce qu’on appelle le jazz, une approche occidentale de son instrument : bien souvent le rythme est un alter ego et non une base, l’effet recherché se situe ailleurs que dans l’émotionnel. Encore que la frontière soit très indécise entre ce qui apparaîtra pour certains comme une esthétique et pour d’autres une expression personnelle. Difficile de décrire ce mixagemalaxage du son ou plutôt des sons, de la pâte sonore : elle est en changement permanent, selon des critères qui ne sont plus la linéarité d’une grille ou la stricte émulation collective. Malaby, quant à lui, aime à s’installer dans les notes, à les explorer comme des lieux creux, tant dans le grave que dans le suraigu. Il y a chez lui, dans cet album, comme un jeu de déconstruction de la mélodie. On sent qu’il y a un point à l’horizon, qui n’est pas encore connu, mais qui ne sera atteint que par la force conjuguée des membres du quartette. Et l’on sait ce que c’est que l’horizon : une ligne qui recule au fur et à mesure qu’on avance. Tout cela paraît bien abstrait! Impressionniste, même. D’ailleurs, pour un morceau comme Sonoita, ce n’étaient pas des notes qui étaient écrites sur la partition, mais des indications : « sentiment d’escroquerie et de pendaison », à chacun ensuite d’illustrer cette impression. Les trois derniers titres, Loud Dove, Third Mistery et Musica Callada (le seul non signé du leader) ont été enregistrés à la suite, preuve que le groupe, qui oeuvre ensemble depuis deux ans, risque sa peau musicale en studio comme en concert. Certains se plaindront que « ça n’est pas du jazz ». Nous leur répondrons : « pour l’instant »

Tony Malaby (ts), Ben Monder (g), Eivind Opsvik (b), Nasheet Waits (dm).

 

MARTEAU ROUGE & EVAN PARKER - « Live »
1 CD In situ/Orkhêstra - Par Robert Louis

MarteauRougeCréé il y a une dizaine d’années par l’infatigable voyageur Jean-François Pauvros (de Maubeuge à New York, Addis-Abeba, Yokohama ou Valparaiso) en compagnie du joueur de synthé analogique Jean-Marc Foussat et du batteur Makoto Sato, Marteau Rouge est un groupe qui privilégie les couleurs violentes et expressionnistes avec un sens du groove et de la pulsation ouverte, ainsi qu’une forte identité de groupe. C’est l’un des groupes réguliers du guitariste à Paris, qui s’est produit en première partie de Sonic Youth à l’Olympia en 2002 et a souvent accueilli des invités tels que Daunik Lazro, Joe McPhee, Itaru Oki, la danseuse Yuko Kametani, la saxophoniste Maki Nakano ou la danseuse butô Maki Watanabe. La connivence entre Pauvros et Evan Parker remonte à l’album “Hamster Attack” (Nato) du guitariste en 1988, ravivée à l’occasion de l’enregistrement de “Left for Dead” de Tony Hymas et Barney Bush en 1994. Ayant lui même enregistré plusieurs versions de son Electro-Acoustic Ensemble pour ECM, Parker est tout à fait à son aise dans cet environnement électronique, en particulier à l’occasion de dialogues et commentaires passionnés avec la guitare décidément superbement imprévisible et polychrome de Pauvros, tant dans la tonalité que dans l’abstraction hardcore. C’est dans les moments de forte circulation d’énergie que la magie est à son comble entre les quatre hommes, au coeur d’un maelström où la batterie de Makoto Sato apparaît comme un élément fédérateur et le synthé de Jean-Marc Foussat prodigue mille nuances violemment chamarrées. Evan Parker réussit à trouver de l’espace libre pour déployer deux brefs solos absolus tourbillonnants en respiration continue, comme dans Six, où il est vite rejoint (et presque recouvert) par d’épaisses textures mouvantes (sa voix semblant alors traitée électroniquement), avant une accalmie constituée d’une évocation du Temps des Cerises à l’archet sur la guitare et sa propre citation discrète de L’internationale au ténor. Un ouragan sonore d’une grande maestria.

Evan Parker (ts), Jean-François Pauvros (elg), Jean-Marc Foussat (synthé), Makoto Sato (dm).

 

CHARLIE HADEN - « The Montreal Tapes »
Coffret de 6 CD Verve/Universal - Par Franck Bergerot

HadenEn 1989, le festival de Montréal a produit une série de concerts autour de Charlie Haden. Durant huit jours, le contrebassiste accueillit Joe Henderson et Al Foster, Geri Allen et Paul Motian, Don Cherry et Ed Blackwell, Gonzalo Rubalcaba et Paul Motian, Pat Metheny et Jack DeJohnette, Egberto Gismonti, Paul Bley et Paul Motian, sans oublier le Liberation Orchestra. Enregistrés par Radio-Canada, ces concerts furent publiés par Jean-Philippe Allard et Daniel Richard chez Universal (à l’exception du concert avec Metheny resté inédit et celui avec Gismonti publié chez ECM (“In Montreal”)). Le reste vient d’être réuni en un coffret accompagné d’un épais livret commenté par Philippe Carles. La rencontre avec Joe Henderson en est l’un des sommets, tant la formule en trio et, plus particulièrement, la paire Haden-Foster semblent lui convenir, selon une formule qui n’est d’ailleurs nullement fortuite puisqu’elle a déjà donné lieu à une tournée européenne deux années auparavant. Et même si le son de la contrebasse sur cette scène de Montréal n’est pas vraiment fidèle à la belle profondeur à laquelle nous a habitué le contrebassiste, il y a entre Henderson et son hôte une musicalité partagée. L’autre sommet, ce sont les retrouvailles avec Don Cherry, avec un répertoire très référencé puisqu’il fait appel à une majorité de compositions d’Ornette Coleman qui avait fait se croiser leurs parcours respectifs à leurs débuts. Des trois trios pour piano, nous plaçons notre préférence dans ceux qui s’articulent respectivement autour de Paul Bley et Geri Allen. Pour le premier, par affinité pour ce dépouillement et cette efficience de la narration. Pour la seconde pour l’énergie et le lyrisme bruts qui se dégagent de son jeu, parfois évocateur d’un Thelonious Monk dont on aurait délié les doigts. À leurs côtés, Gonzalo Rubalcaba nous paraît brillantissime, mais bavard (un jugement dont les derniers disques du pianiste appellent la révision). Quant au remake du Liberation Music Orchestra, il est bien plan-plan, mais pouvait-on laisser cette ultime soirée à l’abandon?

Personnels mentionnés dans le livret. Montréal, du 30 juin au 8 juillet 1989.

 

GREG REITAN – « Some Other Time »
1 CD Sunnyside/Naïve - Par Thierry Quénum

ReitanVoici une musique délicieusement intemporelle, produite de surcroît par trois musiciens inconnus, ce qui ne fait que rajouter à son charme. Natif de Seattle et vivant à Los Angeles, Greg Reitan enregistre ici, à 35 ans, son premier album. Et l’on se prend à rêver qu’une telle perle rare vienne, chaque lustre, revigorer notre enthousiasme de pianophile toujours potentiellement prêt à sombrer dans le pessimisme quant à l’avenir d’une certaine conception de l’instrument. Or Reitan voit large. Solidement campé sur des bases evansiennes (et pas seulement quand il reprend, avec une sensibilité très personnelle, le Time Remembered du grand Bill) tant au niveau de l’approche de l’interaction au sein du trio qu’en ce qui concerne le jeu instrumental proprement dit, le pianiste déploie un toucher magnifiquement perlé, des voicings somptueux et raffinés et un phrasé à la fois lyrique et sobrement expressif. Rien de révolutionnaire dans tout cela, diront certains. Laissons-les dire, et écoutons plutôt le répertoire intelligemment varié et parfaitement cohérent de cet enregistrement qui mêle standards classiques (All of You, Some Other Time) et modernes (Giant Steps, introduit par une valse guillerette composée sur les harmonies du cheval de bataille coltranien) ainsi que le Dear Prudence des Beatles (subtilement binaire) et quelques compositions personnelles dont on sent qu’elles ont été longuement mûries. Greg Reitan a beaucoup écrit pour le cinéma et la télévision et il sait ce que conduire une mélodie veut dire. Le pianiste et ses comparses exposent ici une vision de la musique en général et du trio en particulier qui témoigne d’une remarquable et fructueuse empathie. Cette façon de voir les choses se gausse bien évidemment des remous des modes et autres grands chambardements. Quoi d’étonnant à cela : outre son évidente maturité, elle porte en elle-même et en quantité autosuffisante de quoi se mouvoir et émouvoir.

Greg Reitan (p), Jack Daro (b), Dean Koba (dm). 2009.

 

JORGE PARDO – « Vientos Flamencos 2 »
www.flamencoworldmusic.com - Par Thierry Quénum

PardoDeux ans après le précédent “Vientos Flamencos” qui le voyait se consacrer quasi exclusivement à la flûte, le souffleur madrilène récidive avec un disque que l’on peut considérer comme une sorte de manifeste de la liberté qu’il s’est donné de circuler entre jazz et musiques ibériques. Un mien ami me faisait remarquer récemment que, dès que l’on arrive en Espagne ou en Amérique du Sud, on est étonné, même sur des chaînes telles que MTV, de n’entendre quasiment pas de musique anglophone tant le fonds musical hispanique est riche et populaire. De même, écouter la magnifique pérégrination de Jorge Pardo de buleria en pasodoble, de compositions personnelles en thèmes d’Isaac Albéniz ou de Manuel de Falla et de sax en flûte, flanqué tantôt de guitares flamencas tantôt de basses ou de claviers électriques, nous remet en mémoire le fait qu’au sud des Pyrénées la modernité ne se décline pas sans ancrage profond dans une tradition toujours vivace. Ce mélange de genres parfaitement assimilés et typiquement ibérique, Jorge Pardo en est un des pionniers, sous son nom, aux côtés de Paco de Lucia comme avec Vince Mendoza ou Chick Corea. Enregistré au fil des ans dans le home studio du leader et dans ceux de divers protagonistes de ce fort beau disque, “Vientos Flamencos 2” vient rappeler aux “latins du nord” que nous sommes à quel point nous avons tort d’être si peu à l’écoute d’une approche de la musique qui, tout près de chez nous, sait faire de la tension/imbrication entre typique, classique et moderne une de ses sources d’inspirations majeures. Une de ses plus grandes forces aussi. Menés pas un Jorge Pardo constamment lyrique au soprano et au ténor comme à la flûte (instruments sur lesquels il possède une sonorité et un phrasé uniques), un aréopage d’instrumentistes inspirés – El Paquete (g), Carles Benavent (elb), Tino di Geraldo (perc)… proposent ici un florilège de ce que la péninsule ibérique a de mieux à offrir en termes de musique vivace. Superbe, éloquent et… indispensable !

APardo (fl, ss, ts) + personnel détaillé dans le livret. Pas de date d’enregistrement (années 1990-2000)

 

WADADA LEO SMITH-JACK DEJOHNETTE – « America »
1 CD Tzadik/Orkhêstra - Par Philippe Carles

SmithDejohnetteTambours et trompes, historiquement, sont instruments de messages, d’annonce et de lutte. Ici plus que jamais. Enregistré alors que l’élection de Barack Obama n’était encore qu’une hypothèse, ce duo, ouvert par la composition éponyme, porte en exergue la réponse d’une des héroïnes du Mouvement des Droits civiques, Fannie Lou Hamer (1917-1977), à la question du Dr. Neil McMillen (de l’University of Southern Mississippi) : « Croyez-vous que le système fonctionnera un jour de manière juste ? – À nous de le faire fonctionner. Rien ne nous sera offert sur un plateau d’argent. Il ne s’agit pas que du peuple noir, mais du peuple en général, des masses. Je suis avec les masses… Il faut se battre. À chaque pas. » (rapporté par Alice Leuchtag dans Z Magazine, the Spirit of Resistance Lives, 2008). Hommage guère surprenant quand on sait l’exemplaire jusqu’auboutisme musical du trompettiste, au gré d’un itinéraire en mosaïque à l’aristocratique cohérence, reflété par cette manière de suite : d’une America en trois mouvements aux pénultième et ultime références à l’univers du soufisme (et au poète fondateur des derviches tourneurs) en passant par une évocation de John Brown, esclave rebelle et martyr, et une offrande aux tambours rituels et subversifs d’Ed Blackwell (dont on n’a pas oublié la comparable association avec Don Cherry il y a tout juste quarante ans). Mais s’il s’inscrit dans la lignée de rencontres instrumentalement similaires (outre Cherry-Blackwell, Dizzy Gillespie- Max Roach, Lester Bowie-Phillip Wilson et, plus récemment, Bill Dixon-Tony Oxley, Dave Douglas-Han Bennink…), ce dialogue se distingue par un parti pris et un jeu d’affinités, excédant le champ instrumental et les parentés “stylistiques”, grâce à quoi il s’impose, à force de conviction, d’émotion singulière, comme une sorte d’hymne.

Wadada Leo Smith (tp, bugle), Jack DeJohnette (dm). Octobre 2008.


Tous les autres disques chroniqués dans Jazz Magazine n° 605 sont énumérés ci-dessous, et vous pouvez les acheter, le plus souvent, sur Amazon.fr (rayon jazz)

CARL ALLEN & RODNEY WHITAKER « Work to Do » • CHRISTIAN MCBRIDE AND INSIDE STRAIGHT « Kind of Brown » • LOUIS ARMSTRONG « Intégrale vol. 7, 1934-1937 » • JON BALKE « Siwan » • GATO BARBIERI « In Search of the Mystery » • DAVID BINNEY « Third Occasion » • MIHÁLY BORBÉLY QUARTET « Hommage à Kodaly » • GARY BURTON-PAT METHENY-STEVE SWALLOW-ANTONIO SANCHEZ « Quartet Live » • JOHN COLTRANE « Live In France » • EDDY LOUISS « D’un jour à l’autre » (coffret 5 CD) • PAUL DUNMALL : Profound Sound Trio « Opus de Life », « Moment to Moment » (Slam) ; Paul Dunmall Sun Quartet « Ancient and Future Airs » • PETER EPSTEIN « Old School » • ELLERY ESKELIN/ANDREA PARKINS/JIM BLACK « One Great Night…Live » • CLAUDIO FASOLI EMERALD QUARTET « Venice Inside » • FRANZ KOGLMANN « Lo-lee-ta – Music on Nabokov » • BEN WEBSTER « 100 years – The Brute and the Beautiful » • STEVE KUHN TRIO « Mostly Coltrane » • JOACHIM KÜHN « Out of The Desert » • STEVE LEHMAN OCTET « Travail, Transformation and Flow » • THE MAR VISTA PHILHARMONIC « No Forest Fire » • LAURENT MIGNARD « Duke Ellington Is Alive » • NICOLAS MOREAUX « Beatnick » • PAUL MOTIAN TRIO + TWO « On Broadway, vol.5 » • OLD DOG « By any other Name » • OXYD « Onze-heures-onze » • OSCAR PETERSON « The Quintessence : New-York – Los Angeles - Chicago 1950 – 1958 » • LUIS SALINAS « En Vivo en el Rosedal » • MATTHIAS SCHRIEFL « Shreefpunk live in Köln » • ERIC CLAPTON et STEVE WINWOOD « Live From Madison Square Garden » • CLAUDE BOLLING « American Movies » • SPLINTERS « Split the Difference » • COMMAND ALL STARS « Curiosities 1972 » • LOL COXHILL « Coxhill on Ogun » ; avec G.G. FitzGerald : « Echoes of Duneden » • HARRY MILLER « Full Steam Ahead » • GARY WINDO « Avant Gardeners » • LOUIS MOHOLO « Mpumi », « Bush Fire », « Ixesha » (Dedication orchestra) • KEITH TIPPETT « A Loose Kite… », « Frames (Music for an Imaginary Film) » • ELTON DEAN avec Soft Heap : « Al Dente » ; avec Soft Head « Rogue Element » ; « Unlimited Saxophone Company », « Meets Elton Dean » • SEX MOB MEETS MEDESKI « Live in Willisau 2006 » • EDWARD SIMON TRIO « Poesia » • JOHN SURMAN « Brewster’s Rooster » • CHARLES TOLLIVER BIG BAND « Emperor March » • BUGGE WESSELTOFT « New Conceptions of Jazz Box » • GÁBOR WINAND « Fabulas » • DENNY ZEITLIN « Denny Zeitlin Trio in Concert » • JOHN ZORN « Alhambra Love Songs » • MASADA QUINTET « Stolas » • KARIN KROG « Jazz Moments », « You Must Believe in Spring » • BENNY GOLSON « And the Philadelphians - Take a Number from 1 to 10 (1958-1961) »

 

 
 
A ne pas manquer en septembre 2010

Louis Sclavis, Gleizkrew, Chris Potter/ Ari Hoenig, Guillaume Perret, Cheick Tidiane Seck / Paco Sery /Guy N’Sangue : du 26 au 29 à Malguénac (festival Arts desvilles et arts des champs).

Andy Emler Megaoctet, Roy Hargrove,Geoffroy Tamisier, le Gros Cube, etc. : Du 26 au 29 août àNantes (festibal les Rendez-vous de l’Erdre)

Chick Corea, Miroslav Vitous, RoyHaynes : le 2 septembre à Paris (festival Jazz à La Villette)

Bigre : le 2 à Lyon (LePériscope)

José James et Jeff Neve : le 5septembre sur RTL (l’Heure du jazz), les 13 et 14 à Paris (Duc desLombards)

Bastien Ballaz Septet “Stories fromthe West Side”, Afro-Cuban Project de Chucho Valdès avec ArchieShepp : le 7 septembre à Paris (festival Jazz à La Villette)

Jacky Terrason Trio : le 9 àMontlouis-sur-Loire (festival Jazz en Touraine)

Céline Bonacina : le 10 septembreà Réveillon (Jazz Café), le 11 à Chateaudun (Les Fées Mères),les 17 et 18 à Chartres (Le Parvis), le 19 octobre à Saint-Chamond(Rhino Jazz Festival), les 20 et 21 à Caluire (Le Radiant), le 22 àReignier (Le Perce oreille), le 23 à Meythet (Artootem).

Paul Bley : le 10 septembre àParis (festival Jazz à La Villette)

Stéphan Oliva : le 10 septembre àParis (festival Jazz à La Villette)

Peter Bernstein Trio : du 11 au 13à Paris (Sunset), le 10 (avec Jerry Bergonzi) à Colmar (festival).

Virginie Teychéné : le 10 àCavalaire-sur-Mer (Caval’air Jazz Festival)

Gonzalo Rubalcaba (1èrepartie avec Stefano Bollani) : le 11 septembre à Paris(festival Jazz à La Villette)

Robert Glasper’s Experiment &Bilal (1ère partie Robert Aaron) : le 11 septembreParis (festival Jazz à la Villette)

Arnaud Cusinier Quartet, BenjaminMoussay Trio : le 11 à Beaune (festival Jazz à Beaune)

Bill Evans (hommages) : du 13 au17 septembre sur France Musique (Open Jazz), le 16 sur Mezzo(concerts filmés), le 18 sur France Musique (nuit Bill Evans)

Marc Ducret, Tim Berne, Tom Rainey,Dominique Pifarély : le 16 à Solignac (La Borie), le 25 à LesLilas (Triton).

Dolo lit les nouvelles de ClaudeBernard sur Monk et Lee Morgan (avec Claude Bernard/Itaru Okiquintet) : le 18 à Vincennes (La Cartoucherie/Théâtre duChaudron)

André Ceccarelli Trio, MatthieuDonarier Trio : le 19 à Hédé (festival Jazz aux écluses)

ONJ (ciné-concert avec le film Foliesde femmes d’Erich von Stroheim) : le 28 septembre à Paris(cinéma Le Balzac)

Paris Swing Orchestra : le 26 àSaint-Maur-des-Fossés (Jazz en boucle)

Das Kapital : le 29 àIlle-sur-Têt (Jazzèbre)

Édouard Ferlet : le 30 septembreà Paris (Mairie du 4ème)

Radiation 10 : le 30 septembre àDijon (Tribu festival)

 


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