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DAVE DOUGLAS, MYRA MELFORD A TAMPERE (FINLANDE)
Tampere abrite donc le musée Lenine, unique au monde, et par ailleurs fort modeste. Faut dire que quand on a réussi à se faire construire un mausolée, le reste compte peu ! Deux petites pièces bien rangées avec essentiellement des vitrines souvenirs, quelques bustes, un ou deux tableaux, la première est consacrée à la vie, l'oeuvre, et la mort de Vladimir Ilyitch Ulyanov (1870 – 1924), la seconde plus précisément à ses rapports avec Tampere et la Finlande. Lenine a vécu en Finlande, ici même, il a combattu pour l'indépendance du pays, a signé la chose dès son arrivée au pouvoir. Quant à Tampere elle a contribué secrètement à la défense de Leningrad pendant le siège, durant la 2° guerre mondiale. Tampere, ville rouge, dit-on ici par allusion à des années de lutte ouvrière. Impassible, impénétrable, la gardienne des lieux se contente d'enregistrer sans la moindre émotion apparente les divers objets que je mets de côté pour les rapporter (cartes postales, petites brochures anciennes). Nous serons bien quatre en ce 1° novembre à visiter le musée. Le soleil est brillant, très bas, aveuglant, la ville est déserte car le 1° novembre est jour férié dans toute la Finlande. Le jazz est au rendez-vous dès 14 heures, avec un groupe suédois très énergique (Angles), qui précède ce qui sera pour moi une révélation : le projet « People, Places & Things » supervisé par le batteur Mike Reed. Il s'agit, dans la formule du quartette sans piano et à deux saxophones, de faire connaître et célébrer le jazz chicagoan des années 50/60, une musique méconnue - Chicago a toujours souffert de la concurrence de New York, ce que souligne encore le batteur en présentant son altiste vedette, Greg Ward, et annonçant le départ de ce dernier pour NY. Musique harmoniquement raffinée, qui fait se superposer et se croiser plusieurs voix, musique noble, bien servie par un quartet soudé et tendu vers l'_expression_. Le dernier CD (il y en a plusieurs) de ce remarquable groupe vient de paraître sous le titre « About Us », label 482 Music. Vient ensuite le tour de Mikko Innanen & Innkvisitio, augmenté cette fois de Daniel Erdmann et Fredrik Ljungkvist. La musique est en gros la même que celle que j'ai découverte récemment à Perpignan, un soupçon moins rayonnante en ce milieu d'après-midi, mais pour beaucoup ce groupe est le meilleur qu'on ait entendu depuis deux jours, et la paire rythmique se fait encore applaudir. A suivre celle que je n'ai jamais pu accueillir à Bordeaux, que je n'ai jamais entendue en direct : Myra Melford. Elle est ici en trio, mais sous une forme particulière puisque le « Trio M » indique assez que les trois « M » (Myra, Mark Dresser et Matt Wilson) se partagent la responsabilité de la musique. Au demeurant l'un des temps forts du festival, non seulement parce que cette heure de jazz ouvert, lyrique, très diversement coloré du sombre à l'éclatant, du blues le plus « low down » à l'improvisation la plus débridée, est un régal absolu, mais aussi parce qu'elle est l'occasion de faire entendre et apprécier cette veine profondément belle et droite par plus de huit cent personnes, venues en confiance depuis qu'ils ont compris qu'il ne fallait plus se repérer sur les têtes d'affiche mais sur le goût et l'intelligence de certains programmateurs, éclairés par leur jugement plus que par l'audimat. Tampere, à l'image d'Umeà dont parlait ici Thierry Quenum récemment, est de ces festivals, rares en Scandinavie, rares en Europe, rares. Et puisqu'on évoque les affiches, voici Dave Douglas, casquette sur le chef et quintet en bandoulière. Ce n'est pas le Dave Douglas que je préfère, d'ailleurs le groupe met bien 20 minutes à tourner à peu près rond, je ne vois pas (je n'entends pas) ce qu'on trouve à Donnie McCaslin, Uri Caine sort bien deux ou trois solos mais ça ne suffit pas à mon bonheur, Clarence Penn est bien formidable batteur, mais où est la musique tour à tour tendre, drôle, ou piquante de celui qui nous est apparu au sein du « Tiny Bell Trio » ? Longue journée quand même ! Aujourd'hui William Parker & Hamid Drake avec Raoul Björkenheim, puis Trilok Gurtu et une jam finale. On y sera. Philippe Méziat
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