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Shorter J+2: le in et le off (1 lecteur(s)) (1) Invité(s)
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SUJET: Shorter J+2: le in et le off
#1371
jazzadmin (Admin)
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Shorter J+2: le in et le off 9 Moiss ago Karma: 12  
Wayne Shorter (ts, ss), Danilo Perez (p), John Patitucci (b), Brian Blade (dm)
Salle Pleyel , Paris, 29 octobre


Shorter en action dans le in et dans le off.
In.
Il l’a souvent dit et répété à foisons. En matière de création musicale in vivo Wayne Shorter n’aime ni le début ni la fin d’une œuvre. Fidèle à son credo ici comme ailleurs il n’ouvre pas le concert, et en aucun cas il ne le clôturera. Fortement imprégné d’une mystique du moment présent comme générateur de vie il prend l’action en marche et dès lors à tout prix recherche le mouvement. Une fois l’histoire introduite il lance ses traits. Il se plait ainsi à tracer –à Pleyel plus fréquemment au soprano, générateur sur cet instrument que l’on sait difficile à dompter en termes de justesse, d’une empreinte sonore unique- des lignes de fuite comme autant d’horizons empreints de liberté absolu, d’un appel à en partager l’esprit d’entreprise. Au carrefour des routes de l’orchestre, catalyseur d’idées et d’initiatives individuelles (au sein du quartet l’art et la manière de Brian Blade ou John Patitucci, tellement prégnants ne sont plus à souligner…) Danilo Perez œuvre dans de judicieux aiguillages. Sans avoir l’air d’y toucher le pianiste règle, recycle, recentre, réoriente. Et dans le magma d’idées en fusion finit toujours à la relance. Ainsi déclencha-t-il ce soir là à Paris un final en forme de feux d’artifice d’un niveau créatif et d’une intensité lumineuse inouïe. Une fois encore, dans la veine de sa force tranquille, Wayne Shorter justifiait-il si besoin était son image de plus pacifique « des guerriers magnifiques » ceux là même qui dans la galerie imaginaire de Patrick Chamoiseau l'écrivain martiniquais, parviennent à « tenter l’inatteignable, soupeser l’impensable comme l’invisible » En matière de jazz s’entend.
Off.
Armée de l’ombre dans la guerre sans étoile des écrans TV les caméras se sont mises en chasse au cœur de Pleyel. En façade la minuscule Louma déploie son long bec emmanchée d’un long cou, se mouvant dans la pénombre ambiante pour échapper à l’inquisition des projecteurs et s’approcher au plus près des musiciens, volant au passage quelques moments d’intimité. En arrière front du combat orchestral la caméra robotisée glisse sur son rail à raz du rideau de scène histoire de saisir incognito des séquences inédites. Plus tard, une fois cette réalisation minimaliste ingérée puis digérée par la postproduction, un opérateur TV plus ou moins anonyme remettra sans doute le concert en selle sur le dit petit écran –encore qu’aujourd’hui la taille croît avec l’appétit de consommation. Mais déjà, qu’on se le dise ! En instantané hier et puis en rediffusion aujourd’hui et à partir de demain on peut bénéficier des images du concert par les tuyaux du web (www.citedelamusique.fr).
Qui donc, quel aficionado se risquera-t-il à regarder jusqu’au bout –celui là même que déteste Wayne Shorter…-ces figures libres du jazz sur son écran d’ordinateur ? La question mérite d’être posée, non ?

Robert Latxague
 
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