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Thomas Savy Trio : Savy (bcl), Stéphane Kerecki (b), Fabrice Moreau (dm). Paris, les Arènes de Jazz (Arènes de Montmartre), 23 juillet.
Quand le clarinettiste basse, évoquant son récent enregistrement new-yorkais, rend hommage à ses partenaires étatsuniens Scott Colley et Bill Stewart et aussitôt après présente tout aussi flatteusement ses compagnons français, on est loin d’une formule de politesse obligée : Kerecki et Moreau feront merveille tout au long de la soirée, participant de ce triangle exquisément équilatéral (que favorise un équilibre sonore irréprochable). Et comme le mercredi précédent dans ces mêmes arènes – pour Solal en solo – pluie et fraîcheur auront plutôt un effet exhaussant sur l’enthousiasme du public. Tandis que le batteur use, avec une rare finesse et le souci de diversifier son discours, de tous les éléments et nuances de sa palette, la contrebasse, justifiant superbement sa position centrale sur la scène, s’impose comme le moteur d’une danse constante, avec une précision, un choix de notes et un sens (au choix !) du swing et du groove qui, au-delà de toute nostalgie, inscrit Stéphane Kerecki dans la lignée des Grands du gros violon, jusqu’à des séquences de walking bass à (é)mouvoir les plus rythmiquement handicapés. Si les monomaniaques de la clarinette basse ne sont pas légion (Denis Colin, Rudi Mahall, Michel Pilz…), Thomas Savy, déclinant les mouvements de sa “French Suite”, explore avec une gourmandise irrésistible et une ductilité virtuose l’entière tessiture de son immense chalumeau, de ses graves délectables (qui expliquent le succès de cet outil à suspense dans nombre de bandes-son) à ses crises et dérapages élégamment contrôlés du côté des aigus, et bien sûr l’on ne peut ignorer les effluves dolphyens, référence évidemment assumée et affichée quand Savy annonce l’ellingtonien “Come Sunday”, entre le solennel et le méditatif, jusqu’à l’oxymore d’un paroxysme serein – avec la seule basse de Richard Davis, Dolphy l’avait enregistré il y a près d’un demi-siècle. Un soir comme on en rêve. PHILIPPE CARLES
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