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Jazzaldia Donostia-San Sebastian ( Espagne), 24-25 juillet
Georges Benson (g, voc), David Garfield (p, keyb), Thorn Hall (keyb), Michael O’Neil (g, voc), John Roberts (dm), Stanley Banks (b) The Claudia Quintet : John Hollenbeck (dm), Trevor Dunn (el b), Chris Speed (ts, ss, cl), Matt Moran (vib), Ted Reichman (acc) Archie Shepp (ts, ss), Tom McClung (p), Michel Benita (b), Steve McCraven (dm) + Mina Agossi (voc) Jessye Norman (voc, p), Mark Markham (p), Trevor Ware (b), Clayton Cameron (dm), Mike Lovatt (tp), Martin Williams (ts, ss, cl)
A Donostia (San Sebastian en langue basque) la scène occupée dit déjà un certain nombre de choses à savoir sur le musicien ou la musique. L’auditorium du Kursaal, vaisseau de verre extérieur pour un intérieur bois cossu planté face à l’océan célèbre les grands noms et vaut consécration. La Plaza de la Trinidad, décor d’un fronton de pelote basque dans un environnement de vieilles pierres plantée au cœur de la parte vieja de la cité basque est réservée au crossover, aux découvertes ou aux passions. Georges Benson est apparu sur la scène du Kursaal vétu d’une chemise de soie immaculée. Trois morceaux guitare à la main, le temps d’installer le jeu fluide et coulé qui, il y a bien longtemps désormais laissa penser qu’il serait le disciple de Wes…Un trame de bop, un grammage soul, des passages d’accords rafraichissants en mode de fontaine romaine, et hop le tour est joué ! La page est tournée. Georges pose sa caisse couleur ébène, lisse le bas de sa liquette et empoigne le micro…Nothing gone change my love for you dit-il pour nouer la relation…Benson le crooner impénitent roucoule déjà ses sujets-verbes-complément autour d’histoires d’amour simplifiées…Puis saute sur l’occasion raccrochée mille fois sur les plateaux de télé ou de Brodway de séduire par le ton, le velouté de voix ou les hits taillés à sa mesure Give me the night. Accrochant au passage un bolero dans la langue des vainqueurs hispaniques de la world cup qu’il n’oublie pas de célébrer au passage, ce qui en Euskadi, ne coule pas de source forcément…Et pour conclure, un quart d’heure d’empathie sur les lignes mouvantes d'On Brodway…Avec Benson, effet garanti grand public, la séduction reste ce qu’elle doit rester. Jessye Norman était elle inscrite de droit à la scène immense du Kursaal. La soprano Diva ne s’aventure pas sur les chemins du jazz sans petits cailloux. Sur le programme distribué à chacun sur son siège figurait très exactement en mode de livret tous les thèmes et tous les crédits d’interprète ou de compositeur. Ce répertoire la cantatrice entendait le vouer (sic) « in tribute to the greatests ! » Soit dans l’ordre, Duke Ellington, Nina Simone, Joséphine Baker, Lena Horne, Ella Fitzgerald, Monk et Odetta. Rien moins. La voix de Jessye Norman, timbre, gamme de couleurs émotionnelles, puissance, contrôle on peut l’identifier immédiatement. Reste la prise en main des chansons, l’adaptation à la rythmique de l’orchestre, au beat du ternaire ou du binaire, on oserait dire à l’exigence du swing tout bêtement. Là on touche à la quadrature du cercle, vulgairement au tourner rond du jazz. Le problème c’est que sur chacun des thèmes au fond de sa mémoire par pur plaisir, à l’écoute on garde comme un référentiel. Dans ce temps du standard, son intérieur intime, que ce soit Stormy weather ou My Baby just care for me, le phrasé ne se coule pas automatiquement dans le moule, quelle que fusse l’intention de Jessye Norman. Juste une question de feeling. Tiens on pourrait rapprocher ce dilemene du choix avec celui de la boisson à prendre pour accompagner au plus juste ces incroyables pintxos –les tapas à la mode basque- qui peuplent les comptoirs des mille bars de la vieille ville. Blanc, rouge, rosé, txacoli (vin vert basque), cidre ? La richesse des mets, leurs spécificités, la luxurience des ingrédients et des composants réclament du goût, du palais. Pas seulement la banale manifestation d’une soif immédiate, d’un simple accompagnement… Mais qu’importe au fond, à la fin des fins, les hommages ont du fonctionner, in fine entrer en résonnance : sur le bis ou le ter, allez savoir, mille voix se joignaient à celle de la cantatrice histoire sans doute de magnifier un Amazing Grace qui n’en demandait pas temps. Le jazz et la diva, après tout… Une autre voix a résonné ce parmi d’autres ce week end à San Sebastian. On n’y est pas habitué mais …Mina Agossi a fait entendre la sienne sur des thèmes de Thélonius Monk. Exclusivement. Ruby my dear, Trippin notamment. Un répertoire, une situation de chanteuse de jazz à laquelle on ne la voit pas souvent confrontée. Dans la nuit fraiche du fond du Golfe de Gascogne Mina a rengainé ses cent mille volts, ses arcs électriques pour glisser avec la manière dans les intervalles, pour habiter les métriques de silence, les contours de Monk. Mais à quatre ou cinq reprises au plus. Dommage, on aurait aimé plus de substance, de matière, d’échange…Car Shepp lui poursuit sa trajectoire. Free et bop à la fois, maître dans l’art de faire exsuder son ténor des résines qui collent au blues. Shepp rappeur septuagénaire et demi, prof, poète noir et musicien de jazz perpétuateur singulier poursuit son chemin. Lui aussi trimballe ses cailloux -pour ne pas parler de pierre philosophale- Mama Rose, aux accents bluesy épais, et Révolution durent de longues minutes, pulsés entre les cris de gorge et de becs. Sans doute dans cette enceinte beaucoup ne connaissaient ni Attica Blues ni le Matin des Noires…Pour autant ils auront peut-être intégré le son déchirant du ténor et senti les inflexions de notes bleues. « Surtout ne cherchez pas une quelconque Claudia dans ce quintet ! » [b]John Hollenbeck[/b] batteur et leader pince sans rire lance le set de son groupe sur cette curieuse injonction. Au départ les sonorités de vibraphone et de l’accordéon, mêlées ou superposées donnent une trame harmonique plutôt fournie. Et des combinaisons en nombre possible. A propos de sonorité on remarque rapidement aussi celle de Chris Speed, de la clarinette au ténor. A lui seul, sur des chorus il tire l’ensemble vers plus d’intensité, de surfaces à exploiter...Mais, bon, sans pouvoir forcément déterminer exactement le pourquoi et le comment, les lignes ainsi tracées, les pistes empruntées paraissent se perdre un peu, s’évanouir qui sait au fil du temps. Perte de substance, ou manque de pics dans les hauteurs de volume…L’exigence parfois colle à la peau des innovateurs annoncés en temps que tel. A fortiori porteurs un message en ligne directe de New York.
Robert Latxague
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