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17 aout 1949, Le Cap - 7 juillet 2010, Le Cap (Afrique du Sud) ROBBIE JANSEN, saxophoniste, flûtiste, chanteur
Le musicien sud-africain Robbie Jansen nous a quitté à l’âge de 60 ans, le 7 juillet, suite à des complications respiratoires. Robbie Jansen faisait partie des plus grands soufflants sud-africains. Admiré pour sa sonorité originale et son _style_ unique à l’alto comme à la flûte, il était en outre un chanteur remarqué, à la voix immédiatement identifiable et tellement représentative de la musique du Cap. On le surnommait familièrement Cape Doctor, lui qui contribua à définir le Cape jazz, cette branche du jazz sud-africain spécifique à la région du Cap. L’_expression_ Cape jazz vit probablement le jour dans les années 1970, au moment ou Jansen, Basil Coetzee (ts), Abdullah Ibrahim (p), Winston Mankunku (ts, ss), Tony Schilder (p) et bien d’autres jetaient les _base_ de ce qui deviendrait ce genre. Le Cape jazz est la quintessence de différentes traditions : les premières chansons folkloriques du Cap (moppies et ghoemaliedjies), le _style_ Ghoema et les musiques du carnaval du Nouvel An. De la fusion de ces répertoires réharmonisés et agrémentés d’improvisations est né le Cape jazz. Le langage de Jansen était ancré dans les traditions locales, mais aussi peuplé d’influences du monde entier. Il fut une immense source d’inspiration pour la nouvelle génération en pleine réinvention d’une musique et d’un jazz post-apartheid. Jansen est issu d’une famille de musiciens. Il commence par jouer du concertina et de l’harmonica avant de se tourner vers les cuivres. Il est essentiellement autodidacte et joue aussi bien de la pop que du rock avec les Rockets, à partir de 1968. C’est après une tournée à Londres et Paris dans les années 1970 qu’il s’intéresse de près à la Black music américaine et au jazz-rock. Jansen se met dès lors à graviter dans l’univers complexe du jazz et rejoint le groupe de jazz-rock Pacific Express en 1974. En 1975, il participe à l’enregistrement du célèbre “Mannenberg” avec Abdullah Ibrahim, probablement le morceau le plus emblématique du jazz sud-africain. Jansen et Basil Coetzee jouent cette pièce contestataire à travers tout le pays, jusqu’à ce qu’elle devienne un véritable hymne de la lutte anti-apartheid. Jansen est redevable à Ibrahim et Coetzee de l’avoir incité à développer ses talents de compositeur, ce qui lui permit de développer au maximum l’identité sud-africaine de sa musique. Ses talents de soliste doublés d’une personnalité énigmatique et rebelle font rapidement de lui une figure remarquée. Il devient une icône culturelle et un activiste adulé par son pays.
Pacific Express (1975-1979) et Spirits Rejoice (1979-1983) sont deux des groupes les plus importants de la carrière de Robbie Jansen, avec lesquels ils pousse très loin son potentiel musical. Basil Coetzee, Barney Rachabane, Duke Makasi, Stompie Manana, Russell Herman, Bheki Mseleku, Mervyn Africa, Sipho Gumede et Gilbert Matthews, sont ses partenaires de l’époque, pour ne citer qu’eux. En 1975, Jansen crée Estudio, une formation qui fonctionne comme une école pour ses membres, où l’on explore la musique classique et le jazz, “des musiques sophistiquées”, selon les termes de Jansen. Il monte d’autres groupes, notamment Oswietie, Workforce et Hearthrob. Avec Sabenza, entre 1985 et 1990, Jansen et Coetzee font partie d’une minorité d’artistes subversifs qui appellent à la destruction du régime d’apartheid. Ce faisant, ils augmentent le pouvoir de l’action culturelle dans la lutte anti-apartheid.
Sélection discographique Il faut préciser que Jansen, comme beaucoup d’artistes sud-africains restés au pays, n’a été que très peu enregistré. Ses trois albums en solo sont “Vastrap Island” (Mountain Records, 1989), ”The Cape Doctor” (Mountain Records, 1998) and “Nomad Jez” (Mountain Records, 2006). L’essentiel de son œuvre avec son groupe Sons of Table Mountain[/b], dans les années 1990, n’a pas été enregistré. Et très peu d’albums sont encore disponibles à la vente. On peut l’entendre sur “Anthology Parts 1 & 2” (Mountain Records, 1999), du groupe Pacific Express, et sur les albums du guitariste Alou April, du multi-instrumentiste Hilton Schilder et au sein des enregistrement du groupe Sabenza. Jansen a également accompagné sur trois album le group Juluka de Johnny Clegg et Sipho Mchunu. Il a effectué une tournée à Cuba au début des années 2000 avec l’historien Vincent Kolbe, et s’est produit avec des musiciens locaux. Il existe un documentaire filmé de cette tournée, “Casa de la Música” (SABC, 2003). Il a également fait l’objet d’une biographie romancée intitulée Home is where the music is, par Jonathan de Vries et Jack Lewis.
Souvenirs de Robbie Jansen, par Paul Sedres* J’ai rencontré Robbie pour la première fois en 1978, j’étais encore enfant. J’ai suivi sa carrière de près, assisté à nombre de ses concerts, notamment l’un de ses derniers dans le cadre du Festival International de Jazz du Cap, en avril 2010. Jansen aura connu le meilleur et le pire de la condition humaine. J’ai eu l’occasion de découvrir de multiples facettes du personnage : le musicien pop-jazz-rock provoquant, l’amoureux pure et dure de la musique, le libre-penseur, le rebelle, le farceur, le drogué compulsif, le soliste brillant et l’enseignant dévoué. Il ne s’agit pas de romancer une existence complexe, mais il faut bien dire que les faiblesses et la force de Jansen traduisaient merveilleusement les souffrances, les joies, les contradictions, le meilleur et le pire de la classe populaire sud-africaine. L’amour et le respect dont il faisait l’objet étaient sans doute la conséquence de sa capacité à s’adresser aux gens qui l’écoutaient et à refléter leurs maux et leur bonheur. C’est sur scène et dans la rue qu’il a développé son art. Malgré sa célébrité il ne s’est jamais placé au-dessus de son public. Sa mort suscite de nombreux hommages à travers le monde, et un intérêt médiatique significatif, ce qui n’est pas habituel en Afrique du Sud concernant un artiste. C’est un signe de l’affection qu’il suscitait. Après une importante intervention médicale subie en 2005, il s’était rétabli. Il a pu jouer et enregistrer encore un album. Mais en 2007, sa santé lui interdit les voyages en avion. Il dut annuler une tournée européenne incluant des concertes en France. Il donna un coup de pied dans son addiction aux stupéfiants, mais sa musique n’en prit pas une ride. Parmi ses derniers concerts, je retiendrai celui qu’il donna au National Jazz Festival de Grahamstown, devant un public rassemblant des centaines de jeunes musiciens, une belle conclusion pour quelqu’un dont l’enthousiasme et la générosité n’avaient pas de limites.
* Paul Sedres est un journaliste sud-africain, particulièrement actif dans les domaine de l’enseignement musical et de la culture de son pays. Il vit à Paris depuis deux ans.
Traduction : Lorraine Soliman
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