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Festival San Juan Evangelista Dave Douglas Quintet, Guillermo Mc Gill, Kind of Cai Université de Madrid, Collège San Juan Evangelista,31 octobre
Il avait habitué jusqu’ici ses aficionados du festival madrilène universitaire au Fender Rhodes. Uri Caine joue cette fois sur un piano acoustique et il ne parait s’en sentir que mieux. Le simple changement de nature d’instrument modifie notoirement aussi la sonorité du quintet de Dave Douglas « Cette évolution du son global vient s’ajouter au travail que nous venons d’effectuer à partir d’un tout nouveau matériau musical » confirme le saxophoniste Donny Mc Caslin. Les compositions inédites signées du leader sontà peine rodées au bout de deux concerts seulement. La musique ainsi produite s’affiche néanmoins très dense, très construite, marquée d’une écriture pensée spécifiquement pour chaque instrument. Paradoxalement les éléments de _base_ peuvent paraître simplistes, dans le domaine rythmique en particulier. L’exécution, parties improvisées comprises, ne souffre pourtant aucune faute, aucun accroc. A Madrid le concert ira de menos a mas –de bas en haut- pour reprendre un topique des faenas tauromachiques locales. Dans le continuum de sa ligne de conduite ordinaire le trompettiste américain se laisse une bonne marge en matière de décalages musicaux possibles. La subversion de la tradition par exemple : ainsi se joue-t-il non sans humour de formules rythmiques cha-ba-das ou binaires appuyés façon orchestres de rue. Il peut y avoir du Lester Bowie en ombre chinoise voire l’ombre portée de Carla Bley en toile de fond. Au total cette version du quintet de Dave Douglas sonne fort et en ordre de bataille, poussé par des solistes pleins d’inspiration. Miles par tous les pores. A l’instar de tant d’autres cette année le festival madrilène a fait le choix de célébrer la légende du trompettiste de St Louis. Dans la fidélité à la version Kind of Blue d’abord avec le quintet de Chris Kase, trompettiste lui aussi, anglais définitivement installé en Espagne. Une célébration entendue non pas en copier coller de la sonorité unique de Miles, mais plutôt vouée à l’esthétique davisienne illustrée par le disque plus que jamais mythique, manière d’épure et _expression_ en miroir d’un certain romantisme appliqué au langage jazz (Blue in Green, All Blues, ESP…) Un _style_ qui révèle notamment le savoir faire d’un pianiste digne d’intérêt question idées et construction du discours en démarques, le barcelonais Albert Bover. Du côté de l’orchestre rassemblé autour de Guillermo Mc Gill, percussionniste et batteur l’éclairage du jazz de Miles (daté entre les années 50 et 60) par le flamenco s’impose avec au fond un certain naturel. Pris en main par le groupe Kind of Cai –le nom du groupe correspond à un abrégé sonore de Cadix dans le parler typique du port du sud de l’Espagne -So What (buleria), Freddie Freeloader (tango), All Blues (solea)-bref nombre de morceaux icones passent au filtre des palos, genres fondateurs de l’art musical gitan. Normal au fond, voire juste retour des choses que ces sketchs signés Miles Davis se trouvent judicieusement mis en lumière flamenca par des musiciens ancrés au sud de l’Espagne. Originalité oblige, le travail mérite sans doute d'être poussé plus en profondeur en vue d'obtenir de ces tableaux plus de contraste et de relief encore. Pour l'occasion toutefois le fond de l'histoire ne donne pas prise aux habituels clichés du genre. C'est à noter.
(à suivre…)
Robert Latxague
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