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Alexandre Reyes Domene directeur du Festival de Jazz San Juan Evangelista Madrid, 1er novembre
Joignant le geste à une parole qu’il entend toujours mesurer à sa juste dimension, il lève sa cane de bois verni pour désigner les bâtiments symboles du Madrid d’hier et d’aujourd’hui. Il marche d’un pas décidé dans les rues bondées de sa ville d’adoption, remarques et points d’histoires mis en bouches pour conjuguer « souvenir et à venir » Cette même recette il l'applique aussi volontiers en gourmet à son met favori au comptoir ou à table, haltes inévitables et rituelles de la vie madrilène: le jazz. Alejandro Reyes Domene, 64 ans, natif d’Almeria aux confins de l’Andalousie ne cache pas sa fierté de boucler son 28e festival San Juan Evangelista « Un festival de jazz, évidemment » Car l’aficionado du genre n’entend en aucune manière galvauder la matière qu’il a toujours défendue dans une ville et un pays qui n’ont pas toujours cultivé le bonheur du swing de façon systémique. Le jazz il a d’abord cherché à le promouvoir officiellement au sein de la municipalité à son poste de coordinateur de la musique et de l’art sous l’ère nationale Felipe Gonzales, soit la pleine période de la vie en rose des socialistes à Madrid. Puis en 92, avec le retour des conservateurs à la tête de la capitale espagnole au bout de la ligne droite flamboyante d’une Movida soudainement affadie, il a du se replier sur le privé. Il crée sa propre boite d’organisateur de spectacles. Aujourd’hui par le biais de sa petite entreprise, Cultiart il gère un festival de jazz, deux de flamenco à Madrid et Almeria et monte des concerts à la demande dans les deux genres à la fois. Le point chaud, le pilier de son action musicale demeure pourtant le festival bâti au sein du domaine universitaire situé à l’ouest de Madrid à partir de l’action des bénévoles du Club Musica y Jazz San Juan Evangelista. Ce noyau dur de l’université madrilène a toujours constitué un foyer de liberté y compris en pleine période franquiste. Aujourd’hui sa programmation propre entre dans la galaxie plus large du Festival de Jazz de Madrid lequel fédère une myriade de lieux et structures dans toute la ville tout le mois de novembre durant. Alejandro Reyes, programmateur exclusif –il le revendique- fait remarquer malicieusement qu’il a le bénéfice de l’âge puisque si le festival madrilène officiel aborde ses vingt- sixième chapitres jazzistiques, la partie sise exclusivement sur le campus « en est à deux unités de plus ». Comme souvent à propos de longs règnes certains dans son entourage prennent ombrage de sa part d’exclusivité sinon d’autorité concernant les prises de décision en matière de programmation notamment. Lui ne laisse pas poindre le moindre doute en reliant son action du passé au futur du festival : « La première année j’ai fait venir ici les Jazz Messengers et George Coleman. Et depuis les affiches en témoignent les figures du jazz contemporains ont défilé une à une dans cette salle, qu’elles soient américaines, européennes ou même françaises de Grappelli à Portal en passant par Louis Sclavis. Quelle ville en Espagne peut revendiquer un tel palmarès ? » Celui qui venu faire ses études dans la capitale ne boucla jamais son cursus d’ingénieur sans une once de regret pour cause d’attirance vis-à-vis la musique improvisée voit toujours son art préféré comme une pierre de touche symbolisant la modernité : « J’aime la musique qui va de l’avant, dans le jazz comme dans le flamenco. Il faut favoriser ces pulsions vitales des musiques vivantes » Et dès lors qu’un journaliste de la ville se risque à le qualifier de « dinosaure à l’image d’autres patrons éternels de festivals de la péninsule installés comme à Vitoria au Pays Basque ou Terrasa près de Barcelone » Alejandro Reyes Domene, au sortir du tacle, remet la compétence en jeu dans le rond central : « Un festival doit représenter un fil conducteur pour l’équipe d’organisation comme pour le public. Moi je mets un point d’honneur à écouter tous les artistes qui montent chaque soir sur notre scène. Un organisateur responsable doit rester conscient, informé de l’évolution du jazz. Il n’a pas de temps lui à perdre au bar en bruyantes palabres … » Lorsqu’on parle de l’avenir du Festival de San Juan Evangelista, à fortiori replacé dans la crise qui touche l’Espagne de plein fouet, et lorsqu’on évoque le sien propre en parallèle le boss sexagénaire ne répond pas en instantané. La réserve de silence consommée il se contente de rétorquer par une ellipse : « Un festival ancré dans les murs d’une université s’inscrit naturellement dans le futur… » S’appuyant aussitôt sur la matière brute, la misique et les musiciens « J’ai fait monter sur cette scène Archie Shepp ou Steve Lacy, des noms totalement inconnus alors en Espagne. L’an prochain tenez, je compte bien axer une partie des concerts sur les musiciens français. Car chez vous, je le sais, il se brasse beaucoup de jazz aujourd’hui… » Une vision qu’il justifie une fois encore d’un argument imparable : « Normal que je sois au courant : je suis abonné à Jazz Mag depuis près de trente cinq ans !...»
Robert Latxague
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