Studio de l'Ermitage, Paris (75), le 10 mai (Festival Yolk jusqu'au 12 mai).
Unit : Laurent Blondiau (trompette, bugle), Matthieu Donarier (clarinette, saxes soprano et ténor), Sébastien Boisseau (contrebasse), Mika Kallio (batterie, objets) + Mikko Innanen (sax alto).Pour la cinquième fois, Yolk débarque à Paris pour faire
festival. Yolk, c’est tout à la fois un collectif et un label. C’est une ville, Nantes, l’une des plus fructueuses scènes jazz de l’Hexagone, une région qui s’étire jusqu’aux alentours du Mans où vivent Mathieu Donarier et Jean-Louis Pommier, et plus encore un réseau d’affinités qui s’étend jusqu’à Paris et plus loin encore, comme en témoigne Unit, groupe européen qui compta dans ses rangs le batteur danois Stefan Passborg et le guitariste hongrois Gabor Gado, et au sein duquel les deux Français Matthieu Donarier et Sébastien Boisseau côtoie le Belge Laurent Blondiau et le Finlandais Mika Kallio.
L’éloignement ne semble pas avoir entravé leur collaboration si l’on en juge d’après l’unique pupitre dressé devant les deux soufflants où une petite liasse de partitions semblent désespérer que l’on veuille lui prêter attention. À la place de quoi, la musique repose sur une grande habitude des uns aux autres et l’assimilation totale d’un répertoire de fragments thématiques, de consignes de jeu, de rendez-vous en homophonie ou polyphonie à la dispersion des discours. Aux racines de cette musique, de façon très évidente la musique d’Ornette Coleman, omniprésente dans la pièce d’ouverture de Laurent Blondiau,
Massilia, dédiée à… Ed Blackwell. Nappes de notes étirées, la mélodie se déploie hors tempo, rompue par de brèves interjections, puis se dissout, s’effiloche sous les doigts légers de Mathieu Donarier et les irrésistibles effets de sourdines de Blondiau, tandis que l’archet de la contrebasse disperse le fondement harmonique du morceau en une délicate poussière et que le rubato de la batterie miroite de mille couleurs et évoque mille tempos. Au retour du thème, l’un d’eux semble s’imposer et yampf… un chabada très libre s’installe qui fait honneur à la mémoire de Blackwell.
Si cette “couleur Coleman” se dissipe au fil des morceaux qui s’enchaînent, reste cet esprit de libre divagation et d’improvisation contrapuntique élargi à tous les paramètres, où l’on voit les grooves s’engendrer les uns les autres, se disperser pour laisser place à une clave émergeante, tout comme les improvisations surgissent du cœur des énoncés thématiques, se dispersent, réinvestissent le thème original, versent dans un nouveau morceau, simple ornementation autour d’une pédale modulante (
Wavin’) qui s’éparpille à force de répétition tandis que la batterie dispose d’une infinie palette, grands intervalles de noires régulières d’allure sérielle qui mettent en valeur le boisé de la clarinette (métallique !) de Donarier autour desquelles un nouveau monde s'organise.
De passage à Paris, l’altiste Mikko Innanen vient rejoindre ce Unit sur une ballade à laquelle on est tenté de trouver quelque inspiration scandinave. Solo de Mikko Innanen, très “musiques improvisées européennes” : énergie, souffle continu, système sur un trémolo modulant, crescendo, paroxysme, lorsque les deux autres vents font éclater une fanfare soudaine… À quoi succèdera le lâcher de swing
No Easy Bread et ses cris de ralliement.
Sur le disque “Wawin’” que me remettra Sébastien Boisseau à l’entracte de ce concert (dont par obligation je bouderai la seconde partie réservée à Print), on découvre un autre invité finlandais, l’accordéoniste Veli Kujala, prodigieux instrumentiste, improvisateur et compositeur. On vous ne parle bientôt dans Jazz Magazine / Jazzman.
Franck Bergerot
Encore deux jours de festivals : c’est au
Studio de l’Ermitage, un espace de l’Est parisien (rue d’ l’Ermitage à deux pas de la Maroquinerie) où l’on entendra demain 11 mai le duo
Kindergarten (la chanteuse Poline Renou et les clarinettes de Donarier) et
le Bruit du [Sign] (avec Jeanne Added, Julien Rousseau, Nicolas Stephan, Julien Omé, Théo Girard et Sébatien Brun). Fin des festivités le 12 avec “Yok en cuisine” présenté par Daniel Casimir (avec le reste du noyau dur de Yolk : Jean-Louis Pommier, Matthieu Donarier, Alban Darche et Sébastien Boisseau), puis en seconde partie un trompettiste que l’on n’entend pas assez,
Alain Vankenhove (avec Benjamin Moussay, Jean-Luc Lehr et Éric Échampard).