Sciences Po, Jazz à Saint-Germain-des-Prés à Paris (75), le 19 mai.
Carte blanche à Manu Katché : Jan Garbarek (ts, ss), Jacky Terrasson (p), Rémi Vignolo (b), Manu Katché (dm). Huit ans que le festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés tente de faire rentrer le jazz au bercail d’après-guerre en investissant des lieux plus ou moins atypiques du 6e arrondissement parisien. C’est donc un parfum de rentrée de classes qui a soufflé sur la rue Saint-Guillaume dans l’amphithéâtre Boutmy de Sciences Po. Si le lieu a rappelé de bons (et de moins bons) souvenirs scolaires aux spectateurs – chacun y allant de sa petite blague (« je ne peux pas rester, je n’ai pas révisé ») –, il a accueilli un public bouillant, prêt à en découdre avec un
power group très attendu, formé spécialement pour l’occasion, à l’initiative de
Manu Katché.
On a ainsi eu le droit à un échange de coups et de couples parfois tendres, parfois musclés : avec d’un côté (selon les pièces), deux solistes habités (Garbarek/Terrasson) et une paire rythmique gracile Vignolo/Katché et de l’autre, un couple serein Garbarek/Vignolo et un duo teigneux Katché/Terrasson – les deux garçons ayant parfois tendance à en faire un peu trop pour épater la galerie, ce qu’ils réussissent fort bien. Et il faut bien reconnaître que ces deux musiciens déchaînés donnaient le pep nécessaire pour relancer la machine dans les moments de mou. Mou, le groupe l’a surtout été dans les instants électriques car quand le quartette ralentit le tempo au minimum ou l’accélère au maximum, quand il flirte dangereusement avec les extrêmes au lieu de se contenter d’un consensus mou, il est irrésistible – Garbarek, plus à l’aise ce soir-là au soprano, n’est pas le spécialiste des ambiances feutrées pour rien. En revanche, en mode croisière, il faut bien un Terrasson cabotin au possible pour réveiller ses compères. Avec son look de Jarrett jeune, le pianiste a été l’unité de référence du concert : il a offert des instants des plus pompiers tout en délivrant aussi très souvent des solos inventifs, dynamiques et fougueux. Clôturée par une sympathique impro des quatre musiciens pour le plus grand plaisir d’un public conquis, cette prestation de près de deux heures a ressemblé à un match de gala : le plaisir se communique dans l’absence d’enjeu et ce manque de mise en danger est peut-être la seule chose à regretter. On a quand même fortement envie de réentendre un jour ce quartette de haut vol se chercher noise.
Mathieu Durand
Suite des festivités:
jeudi au Showcase, une nuit électro-jazz avec notamment le trompettiste Erik Truffaz invité par le groupe UHT.
Vendredi, l’église Saint-Germain résonnera sous les doigts solitaires du pianiste Yaron Herman dont le dernier album “A Time For Everything” fait sans conteste partie des meilleurs disques de 2007.