Isabelle Sörling et Paul Anquez sur le fil de l’émotion

Osiris2 (3)

Voici un duo magnifique et sensible , un duo sur le fil de l’émotion et de la grâce entre le pianiste Paul Anquez et la chanteuse Isabelle Sörling.

Paul Anquez (piano) Isabelle Sörling (voix), Vendredi 13 mai, le Sunset (75004 Paris)

J’avais eu l’occasion d’écouter l’an dernier la chanteuse suédoise Isabelle Sörling au sein de l’ensemble Osiris, dirigé par le pianiste Paul Anquez. Au cours de cette soirée remarquable (c’était déjà au Sunset) Paul Anquez et Isabelle Sörling s’étaient réservés quelques beaux apartés en duo. Leur concert de ce soir est donc dans le prolongement naturel de ces quelques moments volés au grand ensemble.
L’une des originalités les plus frappantes du duo tient au répertoire qu’ils se sont choisis. Il tourne autour des folk songs (mais avec une définition qui embrasse très large, depuis des chansons du XVIe siècle jusqu’à Joni Mitchell et Bob Dylan) et des negro spirituals. A vrai dire leur répertoire coule de source et ne donne jamais le sentiment de verser dans l’hétérogénéité. Car il met l’émotion au coeur de sa démarche artistique. Isabelle Sörling chante des histoires d’amour tordues, bancales, morbides, tragiques, dépareillées, qui sont de tous les temps et de tous les âges.
Isabelle Sörling a une manière particulière de s’emparer de ces chansons. Elle les incarne de la tête aux pieds. Entre deux morceaux, il lui arrive même de faire quelques étirements comme si elle préparait son corps à mieux accueillir toutes ces chansons. Ensuite, elle les fait résonner en elle avec une émotion à fleur de peau. Sa palette vocale est impressionnante même si elle n’en fait jamais démonstration. Elle sait passer de la tendresse murmurée à l’éclat de rage. Elle recherche la justesse de l’émotion, et sait prendre tous les risques pour l’atteindre. Au piano, l’accompagnement de Paul Anquez est d’une remarquable empathie. Le pianiste et la chanteuse semblent respirer du même souffle. Toutes les prises de risque sont permises quand s’établit une telle osmose. Parmi les très beaux moments de ce concert, je retiens notamment la « Ballad in plain D » de Bob Dylan, le « A case of you » de Joni Mitchell dont elle fait une sorte d’odyssée intérieure, et ce Deep River chanté avec une émotion venue du fond des âges. Un magnifique et bouleversant duo.

Texte: JF Mondot
Dessin: Annie-claire Alvoët
(le dessin remonte au concert d’Osiris au Sunside en 2015) D’autres dessins de jazzmen par AC Alvoët visibles sur son site www.annie-claire.com.

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