Jaco selon Monino

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Le 1er décembre 1951 Stephanie Pastorius mettait au monde John Francis Anthony, son premier fils. Hier soir, soixante-trois ans après sa naissance, Frédéric Monino, Franck Tortiller et François Laizeau ont célébré au Saint-Denis Jazz Club la musique de celui que le monde entier connait aujourd’hui sous le sobriquet de Jaco. Jaco Pastorius, « le plus grand bassiste du monde ».


Frédéric Monino (basse électrique), Franck Tortiller (vibraphone), François Laizeau (batterie). Saint-Denis, Théâtre Gérard Philippe, lundi 1er décembre.


Selon son humeur, qu’on sait versatile, le fantôme de Jaco Pastorius sommeille dans l’esprit, le cœur ou les doigts de tous les bassistes électriques de la planète. Du moins ceux qui jugent utile de s’élever au-dessus du niveau de la mer (sans pour autant avoir la prétention de marcher sur l’eau). Pour accueillir en soi ce fort turbulent fantôme, il faut beaucoup de patience, beaucoup d’amour, et un caractère bien trempé. Frédéric Monino a tout ça dans sa musette. Il aime beaucoup Jaco, passionnément même, sans doute à la folie (comme on le comprend), et cela s’entend dès les premières notes qu’il joue. Mais ce qui tranche chez lui avec la majeure partie des “clones” du génial bassiste aujourd’hui âgé de 63 ans [on me souffle dans l’oreillette qu’il est mort tragiquement le 21 septembre 1987, oui, c’est vrai, mais je ne m’y suis jamais fait, désolé, NDR], c’est, justement, tout l’amour – et pas seulement le savoir-faire – qui transpire dans son jeu. Frédéric Monino sonne comme Jaco ? Et alors ? Et pourquoi pas ? Reproche-t-on à un contrebassiste de sonner comme Ray Brown, Paul Chambers ou Charlie Haden ? Non. Le style de Jaco est si singulier qu’il est devenu au fil du temps un véritable langage, un genre à lui seul. Jaco Pastorius est un genre à lui seul. Quand on joue sa musique – ne jamais oublier : Jaco est un grand compositeur, au même titre que Jimi Hendrix était aussi un grand songwriter –, on ne joue pas du “jazz-rock” ou de la “fusion”. On est jazzman, et l’on habite (ou non) l’une des plus belles musiques métisses de quarante dernières années.

 

Une set list de rêve

Hier soir, donc, Frédéric Monino, Franck Tortiller et François Laizeau ont joué une quinzaine de titres composés ou magnifiés par Jaco en ses années de gloires. Du Weather Report grand cru, le meilleur de ses deux historiques albums solo, et, quelle bonne idée, Bright Size Life et le célèbre enchaînement Round Trip/Broadway Blues (augmenté de clins d’œil à Sightseeing et Balloon Song), extraits du premier album de Pat Metheny pour ECM (“Bright Size Life”, une merveille dont on ne se lassera jamais). Une set list de rêve quoi. Loin des relectures stériles et/ou académiques de l’œuvre du super-héros de la basse, le bassiste, le vibraphoniste et le batteur vont au cœur de ses aventures sonores (un cha cha mutant, une valse polychrome, des folies en solo, des fresques en big band, etc., etc.), en font bouger les lignes, en explorent les recoins secrets, les beautés secrètes et les abysses vertigineux. Les Jacomonino Translations (oh yeah !) bruissent du bonheur de jouer ces standards modernes qui nous hantent depuis des lustres. Finesse (François Laizeau), intelligence (Frédéric Monino), don de soi (Franck Tortiller), énergie : bravo messieurs. Frédéric Goaty

 

La set list

Bright Size Life (Pat Metheny, “Bright Size Life”, ECM, 1975)

Liberty City (“Word Of Mouth”, Warner Bros., 1981)

Speak Like A Child/Kuru (“Jaco”, Columbia, 1976)

Three Views Of A Secret (“Word Of Mouth”, Warner Bros., 1981)

Teen Town (Weather Report, “Heavy Weather”, Columbia, 1977)

Punk Jazz (Weather Report, “Mr. Gone”, Columbia, 1978)

Continuum (“Jaco”, Columbia, 1976)

Used To Be A Cha-Cha (“Jaco”, Columbia, 1976)

Round Trip/Sightseeing/Balloon Song/ Broadway Blues

(Pat Metheny, “Bright Size Life”, ECM, 1975, Weather Report, “8:30”, Columbia, 1979, Jaco Pastorius, “Modern American Music… Period ! The Criteria Sessions”, Omnivore Recordings, 1974)

Havona (Weather Report, “Heavy Weather”, Columbia, 1977)

Portrait Of
Tracy
(“Jaco”, Columbia, 1976)

Donna Lee (“Jaco”, Columbia, 1976)

 


PS Avant le concert, les Bex (Sophie et Emmanuel) et Vincent Mahey m’ont tendu un micro pour que je raconte, quelques minutes durant, quelques anecdotes sur Jaco. Merci à eux. Juste après le concert, Frédéric Monino a accepté sans ciller de revenir instantanément sur scène, avec votre humble serviteur à ses côtés, pour raconter à son tour quelques anecdotes sur la musique qu’il venait de jouer avec ses deux compères. Merci à lui.


Prochains concerts au Saint-Denis Jazz Club

“B2Bill – A Modern Tribute To Bill Evans” (19 janvier), Daniel Huck & Orpheon Celesta (9 février), Bojan Z Trio (23 mars), Yes Is A Pleasant Country (13 avril). Plus sur http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/le-saint-denis-jazz-club

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