Jazz à Ramatuelle: Pierrick Pédron

Il faut parfois aller jusqu’à Ramatuelle pour vraiment apprécier nos artistes parisiens. La preuve avec Pierrick Pédron et son trio Kubick’s Monk.

 

Pierrick Pédron Kubick’s Monk : Pierrick Pédron (as), Thomas Bramerie (b), Franck Agulhon (dm). Ramatuelle, 19 août 2013.

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Par un étrange paradoxe, l’amateur de jazz parisien ne prend pas toujours suffisamment le temps d’écouter les excellents musiciens qui, à l’instar de Pierrick Pédron, Thomas Bramerie ou Franck Agulhon, résident dans la capitale ou ses environs. S’y produisant fréquemment, ils font pour ainsi dire partie des meubles : leur présence nous semble acquise, et à chacune de leur prestation, on se dit qu’il sera toujours temps d’aller à la suivante, leur préférant immanquablement tel ou tel artiste étranger de passage « à ne surtout pas rater ». Et quand, finalement, on se décide à aller les voir, il semble qu’on soit condamné à le faire à l’issue d’une journée de travail harassante, au fond de quelque club surpeuplé, la tête gonflée de préoccupations diverses et l’œil rivé sur la pendule, de peur de manquer le dernier métro. Pour vraiment les écouter, rien de tel qu’un petit détour par Jazz à Ramatuelle. Là, loin du stress de la vie urbaine, dans la quiétude du Théâtre de verdure troublée seulement par quelques cigales, le temps s’étire paresseusement, laissant tout loisir au critique de gouter la richesse de leur jeu.


Hier soir, donc, Pierrick Pédron présentait au public varois son projet Kubick’s Monk, consacré à la reprise de thèmes du grand Thelonious en trio sans piano. Un exercice de haute voltige, périlleux mais parfaitement maîtrisé, d’autant que le groupe s’est visiblement aguerri au fil d’une année émaillée de nombreux concerts. Plus encore que par la célérité et l’intelligence de son jeu, sur des tempos souvent échevelés, Pédron frappe par la puissance de sa sonorité et la richesse d’inflexions qu’il sait lui donner, toujours au service du blues. Derrière lui gronde la Rolls des rythmiques hexagonales, contrebasse vrombissante et terrienne, batterie racée et féline. Thomas Bramerie et Franck Agulhon s’en donnent aussi à cœur joie dans leurs nombreuses interventions en solo, qui, loin d’être des démonstrations de technicité interchangeables, n’oublient jamais la substance et l’esprit du morceau joué. Un mot sur le répertoire, justement : sans surprise, il s’agissait globalement du même que sur l’album paru chez ACT, à savoir un corpus de thèmes monkiens plutôt rares, si l’on excepte Ask Me Now ou Evidence. Deux titres autrement célèbres vinrent compléter l’ensemble : l’inévitable ‘Round Midnight, dans une superbe version solo où la célèbre mélodie n’émergeait que progressivement d’un dédale de phrases sinueuses, et Blue Monk en guise de rappel.


Rendez-vous ce soir pour la soirée de clôture du festival avec le quintette de Yaron Herman, toujours en direct à partir de 21 heures sur l’antenne de TSF Jazz.


Pascal Rozat

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