Jazz à Vannes : Glenn Ferris Triple Trio et Wayne Shorter “Single Quartet”

 

« Du jazz dans les quartiers » titraient hier, 25 juillet, les affichettes de l’édition vannetaise de Ouest-France à la porte des marchands de journaux. Voici trois jours, nous titrions « François Théberge à la manœuvre », aujourd’hui nous aurions pu titrer « Gérard Ramirez sur tous les fronts » car c’est lui le Monsieur Loyal d’un festival off qui se répartit aux quatre coins de l’agglomération vannetaise et de ses alentours. Si l’envoyé de Jazz Magazine, confronté à de nouveaux impondérables félins, n’a pu en mesurer la diversité, il en a constaté l’efficacité avant de rejoindre le jardin de Limur où se produisait le gagnant de l’épreuve vocal du Tremplin national de jazz (Laura Perrudin), le Triple Trio de Glenn Ferris et le Wayne Shorter Quartet.

 

Sigmund le chat n’est plus si jeune. Le voici désormais de retour, mais plus trop enclin à l’aventure après ses blessures occasionnées lors de l’affaire des Griffes du Chat perché (voir mon compte rendu du Respire Jazz Festival du 29 juin dernier. Hier encore, comme il y a trois jours, un rendez-vous chez le vétérinaire de Baud m’a empêché d’assister au concert solo de Glenn Ferris au Salon Limur et à l’épreuve « voix » du Tremplin national de jazz où j’aurais aimé réentendre Laura Perrudin dont je vous reparlerai plus loin, mais également ses concurrents qui m’intriguaient.


En lisant Ouest-France


Descendu de voiture, je prend le temps d’une mousse dans le quartier de la cathédrale et en profite pour feuilleter Ouest-France dont une photo salue le gagnant de l’épreuve « Trio » de la veille, le Lynx Trio invité, comme le veut la tradition vannetaise, à se produire, à l’issue de sa victoire, en première partie du concert du soir au jardin de Limur. Une page entière est consacrée au festival. Rien sur le concert solo du contrebassiste Sylvain Romano au salon Limur, rien non plus sur sa prestation au sein du trio de Pierre de Bethmann, mais un compte rendu enthousiaste du récital donné par Cécile McLorin telle qu’elle a bien voulu (je cite Ouest-France) « se fondre avec beaucoup d’humilité dans le répertoire de l’Amazing Keystone Big Band » (à propos de cet orchestre voir mon compte rendu du 23). Signe que l’on a là affaire à une vraie musicienne. En outre, après avoir déploré la faible fréquentation et mentionné l’enthousiasme du public (« les absents peuvent s’en mordre les doigts, il n’y aura pas de séance de rattrapage »), le journaliste de Ouest-France, Lionel Cabioch, invite à regarder la vidéo du concert en ligne sur ouestfrance.fr/vannes (une information qui j’espère vous parviendra à temps pour que vous puissiez la visionnez, vu les problèmes internet que traverse ma région de vacances depuis les orages de la semaine dernière). Une brève et efficace interview de Glenn Ferris par Lucie Debiolles nous invite au concert du soir et un reportage d’Isabelle Johancik constate le bon accueil fait par le public au festival off programmé par Gérard Ramirez à travers la ville, dans ses quartiers périphériques et ses alentours. Rengaine bien connue : le public découvre une musique qu’il n’attendait pas et en ressort ravi. Messieurs les théâtreux des scènes nationales, messieurs des chaînes radio, sortez dans les quartiers de Vannes et apprenez que le jazz est une musique audible et pas seulement sous ses formes chantées. Madame la Ministre de la Culture, oubliez un peu vos quottas de féminité et rappelez-vous que votre prédécesseur avait commandé un rapport sur la diffusion du jazz qui doit traîner dans vos poubelles. De nombreuses jazzwomen ne vous ont pas attendue pour jouer des coudes avec les “mecs” du jazz, elles attendent juste que l’on prenne le jazz en considération.


Place Henri IV

TLG Trio tlgtrio.weebly.com : Paul-Antoine Roubet (saxophones), Maïlys Maronne (piano électrique, chant), Dimitri Kogane (batterie).


À deux pas de la cathédrale, Place Henri IV, au piano électrique, une femme (également chanteuse, mais de celles qui font de leurs voix un instrument) au sein du TLG Trio. Parmi la foule compacte et ravie, partageant l’allégresse générale, je retrouve Philippe Delacroix-Herpin, fidèle observateur de l’actualité musicale de la Métropole chaque fois qu’il prend congé de sa Réunion d’adoption. Le programme complet de la journée donné par Ouest-France ne détaille par le personnel du trio, mais au regard de l’affiche, on se fait indulgent : outre les concerts à Limur et les trois groupes du Tremplin, on compte pas moins de seize concerts à couvrir dans la journée Heureusement la plaquette du festival Off nous informe sous ce label qui en vaut bien d’autres : « jazz melofreenergique ». En revanche, elle néglige de détailler le personnel de l’Alan Jones Portland Oregon Band dont je saisis les noms phonétiquement à la volée au gré des annonces du leader.


Sur le Port

Alan Jones Portland Oregon Band : Noah Conrad (trompette), Nicole Glover (sax ténor), John Sticky (contrebasse), Alan Jones (batterie).

Je gagne en effet le port où se produit à 18h30 l’Alan Jones Portland Oregon Band. François Théberge m’explique avec le même enthousiasme et le même charisme qu’il mettra dans sa présentation des concerts du soir devant 1600 spectateurs : Alan Jones était le batteur du groupe Fenster avec lequel Théberge sillonna l’Europe lorsqu’il changea de continent. Revenu aux Amériques, Alan Jones s’installa à Portland, dans l’Oregon, où il monta son école de jazz, truelle et marteau à la main, jusqu’à concurrencer le département jazz de l’université de l’Oregon. Hier, c’est à la tête d’un quartette de ses étudiants qu’il se présentait à Vannes. Du batteur entendu deux jours plus tôt avec les sœurs Jensen, on retrouve le drive joyeux qui porte des compositions évoquant Ornette Coleman pour le mélodique et Charles Mingus pour les formes développées avec une grande économie de moyens et une parfaite efficacité. La référence à Mingus nous fait revenir en mémoire Jack Walrath en écoutant la trompette de Noah Conrad tandis qu’à l’écoute de Nicole Glover (tiens, encore une femme !), c’est plus Dewey Redman qui revient à l’esprit. L’éclairagiste à oublié ses merguez (voir mon compte rendu du 23) mais fait toujours clignoter ses projecteurs et tournoyer les couleurs on ne sait trop à quel dessein ni selon quelle logique. En tout cas pas en tempo.


Places des Lices


Made In ppssb.reverbnation.com/madeinquartet : Alex Lantieri (saxophone ténor), Ronan Devaux (guitare électrique), Sammy Ben Malek (saxophone ténor), Flore Galais (contrebasse).


Remontant vers Limur, je tombe sur un quartette manouche qui se produit devant le Délice Café, place des Lices. Deux guitares, un saxophone, une contrebasse (une contrebassiste, faudrait-il préciser !). Le programme signale Cedrick Bec. Mes notes n’en disent rien. Je le connais pourtant Cedrick Bec, partenaire habituel de Simon Tailleu, révélé auprès de Raphaël Imbert. Serais-je à ce point distrait ? Ça m’arrive. Il faut dire que je ne fais que passer au moment où Gérard Ramirez, maître de cérémonie de ce Off, fait signe que l’heure du dernier morceau est venue. Le temps pour Alex Lantieri d’ébaucher un solo en forme de blues mingusien pour revenir à l’exposé reinhardtien.


Jardin de Limur, avant-concert du lauréat du tremplin (épreuve vocale)

Laura Perrudin Quartette : Laura Perrudin (voix, harpe),   Edouard Ravelomanantsoa (piano fender),   Sylvain Hannoun (basse électrique), Paul Morvan (batterie).


Avant de gagner la rue des Tribunaux par où l’on accède au jardin de Limur, je pousse jusqu’à l’hôtel de ville d’où proviennent quelques clameurs instrumentales. Ce ne sont que les réglages préliminaires de Funy Vibes, qui s’annonce funky. Je file pour gagner l’immense queue qui s’étire de l’entrée du jardin au coin de la rue du Pot d’étain. Par bonheur, je tombe sur Alain Michalowicz (Jazz aux Ulis et chauffeur bénévole à Jazz en Clunyssois), puis sur son mon osthéopathe… qui passait par là ! On passe le temps en parlant popotte et l’on entend, enfin parvenu devant la grille, que c’est Laura Perrudin qui a remporté le tremplin du jour. On s’en étonne. Une telle voix, si peu jazz, remportant un Tremplin de jazz vocal… Mais je m’en réjouis car, comme je l’ai déjà signalé, harpiste autant que chanteuse, elle nous semble ouvrir une voie pour la harpe. Harpiste par hasard, elle a grandi dans le jazz (et non l’inverse) et Wayne Shorter a bercé son enfance. Étudiante de la belle classe de jazz de Saint-Brieuc (comme ses comparses), elle a pris le taureau de l’harmonie et de l’art du voicing par les cornes et a remis à plat l’art de la harpe avec un instrument qu’elle s’est fait construire, entièrement chromatique mais débarrassé de l’encombrant pédalier. Sans illusion sur la possibilité de rejouer les solos de Coltrane et Brecker (elle ne s’est pourtant pas dispensée du travail de relevé de solos par lequel passent les vrais jazzmen), frustrée de ne pouvoir faire le bœuf lorsqu’elle est contrainte de se déplacer sans son instrument unique (notamment lorsqu’elle s’est rendue à New York), elle a ajouté ses cordes vocales à son arc. D’une voix fragile – une fragilité de chanteuse folk qui est sa touche personnelle, mais ne doit pas faire l’économie d’une autorité qui lui manque encore dans l’articulation et, peut-être aussi face au trac, lorsqu’elle passe de la MJC de Bréquigny au jury du Concours de jazz de la Défense ou à la première partie de son idole, Wayne Shorter –, elle met en musique Oscar Wilde, Allan Poe ou James Joyce dans un esprit qui évoque l’une de ses autres idoles, la regrettée Kristen Noguès.

Hélas, nous ne parviendrons à nos places aux derniers rangs qu’à la quasi fin de son court récital en trois titres et il n’est pas sûr que, dans les bruits de piétinement soulevés par le public en procession sur les gradins métalliques, on ait apprécié cet art délicat à plus d’un titre. Le quartette électrique qu’elle a réuni avec piano Fender, guitare basse et batterie, a-t-il trouvé le son auquel il aspire ? Après en avoir douté sur les premières maquettes et vidéos aperçues sur son site, l’écoute des maquettes d’un album à venir me fait pencher pour l’affirmative. Mais ce son reste à trouver en concert et ce n’était certes pas tâche facile pour Vincent Mahey, le sonorisateur de façade attaché à Jazz à Vannes depuis des lustres, que d’accueillir cet orchestre atypique au dernier moment (après les délibérations du jury, le concert s’étant terminé vers 17h… d’où peut-être aussi le retard à l’ouverture des grilles du jardin).

En attendant de confronter le futur disque à mon adhésion et à mes réticences, je tenterai juste de rassembler quelques-uns des bons souvenirs de la prestation du quartette début juillet au Concours de la Défense, dans des conditions beaucoup plus détestables sur le plan acoustique (basse électrique disproportionnée et réverbération épouvantable contre la façade de la tour la plus proche qui doublait systématiquement les attaques de caisse claire) : un solo de harpe en single note (peut-être doublé à la voix… mes notes égarées, ma mémoire me trahit) qui m’évoqua le lyrisme hagard et discontinu de certains solos de Wayne Shorter au sein de son actuelle quartette, un admirable développement en clusters et un travail de combinaison harpe/fender qui culmina en un saisissant duo. À suivre… de très près !


Jardin de Limur, 1ère partie

Glenn Ferris Triple Trio, soit se combinant l’un à l’autre autour de Glenn Ferris (trombone) :

Glenn Ferris Trio : Vincent Ségal (violoncelle), Bruno Rousselet (contrebasse).

Glenn Ferris Wheel : Ernie Odoom (chant), Bruno Rousselet (contrebasse).

Glenn Ferris Chrominance : Bruno Rousselet (contrebasse), Jeff Boudreaux (batterie).

 

François Théberge exagère-t-il lorsque, citant Mike Zwerin, il présente au public vannetais le plus grand tromboniste actuel ? Je puis assurer que lorsque que l’on s’installe pour un concert de Glenn Ferris, plus aucun autre nom de tromboniste ne vous vient à l’esprit et que l’on viendrait me citer les plus grands pour me dire qu’ils se sont donné rendez-vous en face pour taper le bœuf, je conserverais ma place sans aucun regret, sauf à ce que l’on ait ressuscité le Duke Ellington Orchestra du temps de Lawrence Brown et Tricky Sam Nanton ou l’orchestre de Charles Mingus du temps de Jimmy Knepper et Willie Dennis (mais dans ce cas, c’est probablement Glenn qui traverserait lui-même la rue en nous invitant à le
suivre).

Pour faire plaisir à son ami (et confrère pédagogue au CNSM de Paris), sous un ciel encore traversé de la carène ailée de quelque goéland ou de l’escadrille criarde des martinets, il a réuni trois trios qu’il fait se succéder en opérant par additions et soustractions : GF Trio plus Ernie Odoom, le quartette obtenu moins Vincent Ségal pour ne garder que Wheel, etc. Avec un début de concert violoncelle/trombone/contrebasse très chambriste, on passe de Memories au reggae Refugee où Vincent Ségal transforme la chambre en salon indien avec violoncelle qui se mue en sarangi. Il se fait steel guitar tout en pizz et glissando sur Forever Blues qui accueille Ernie Odoom, puis se retire sur le calypso Something on My Mind. Après To You dont les vocalises un peu longuette à mon goût ravissent le public, Jeff Boudreaux entre en second line (le drumming typique des parades New Orleans) pour une très originale version d’I Got You Under My Skin (cher Cole Porter !) chanté par Ernie Odoom d’une voix dont la touche narquoise rappelle parfois Bob Dorough, puis laisse le trio Chrominance pour une chaleureuse reprise d’A Quote From Clifford Brown de Roland Kirk. Le concert se terminera avec le retour de Vincent Segal et Ernie Odoom pour un final très applaudi.

Mais je dois dire que ma préférence aura été pour Chrominance où le drive combiné de Jeff Boudraux et Bruno Rousselet assure à l’univers de Glenn quelque chose qui me manque lorsqu’il se prive de l’élan du jazz straight ahead, quelque chose qui donnerait plus grande consistance et direction aux solos. Un moindre mal, si l’on prend parti de tirer tout son plaisir du son même de Glenn, de sa palette de timbres (où se combinent le velours de Lawrence Brown et le growl de Tricky Sam d’une note à l’autre avec un mélange de brusquerie et de délicatesse relevant de l’érotisme le plus torride) et de son contrôle de l’articulation et de l’intonation. Je m’en contente volontiers, d’autant plus lors du rappel où, profitant du départ prématuré d’une partie du public vers la buvette et le stand crêpes et galettes, je descend m’installer à proximité de la cabine de son de Vincent Mahey, gagnant quelques décibels qui nous manquaient un peu dans les hauteurs (voilà de quoi consolide les arguments de Vincent dans la polémique que nous avons tous deux sur le délicat sujet de la prise de son). Il n’en reste par moins que, si l’on nous avait annoncé que le BFG Trio (Emmanuel Bex, Glenn Ferris, Simon Goubert… disque à paraître à la rentrée), par un curieux effet de parthénogenèse, se produisait en face, je ne garantis pas que je n’aurais pas quitté mon siège.


Jardin de Limur, 2ème partie.

Wayne Shorter Quartet : Wayne Shorter (saxophone ténor, saxophone soprano), Danilo Pérez (piano), John Patitucci (contrebasse), Brian Blade (batterie).


Le temps que nous nous bousculions à la buvette et que Jeff Boudreaux évoque de vieux souvenirs néo-orléanais avec son élève Brian Blade en coulisse (c’est Vincent Segal qui me le racontera à l’issue du concert du haut de la scène où il viendra récupérer quelques effets), voici “Le Quartette”… Tirée sans crier gare de l’archet de John Patitucci comme la flèche d’un maître zen, une seule note suffit à lancer le concert d’un jeu de pédales d’où surgira le thème de Sanctuary puis deux autres pages tirées du répertoire du Second Quintette (Water Babies et un autre sur lequel je n’arrive pas à poser un titre). Sur cette première suite qui s’impose comme une évocation du célèbre orchestre de Miles, Wayne Shorter fait preuve d’une plénitude au ténor que je lui avait rarement entendue ces dernières années, surtout en début de concert, habituellement réservé au mouillage de l’anche avec un son brut et sans apprêt, puis plus métallique. Est-ce l’effet de l’air breton sur son anche qui lui fait retrouver la rondeur et la souplesse de ses sixties ?

Le piano est toujours très devant (dans la cabine son, c’est l’ingénieur du son de l’orchestre qui est à la console) d’une manière dont je me suis déjà agacé dans ces pages : jeu très appuyé d’où le pianissimo semble exclu, sonorité un rien clinquante, omniprésence… Plus que jamais, c’est lui qui distribue les cartes et mène le jeu. On voit moins les autres farfouiller à la hussarde dans les partitions. En revanche, le pianiste tourne les pages et fait glisser l’une sur l’autre de longs feuillets où il semble avoir élaboré des parcours permettant au Quartette de se renouveler de concert en concert. Une belle élégie piano/contrebasse sert d’introduction à la seconde suite où le soprano succède au ténor. La pièce suivante semble guidée par une sorte de variation autour d’un montuno qui occasionne ces grandes cascades de tutti fortissimo que font exploser les assauts polyrythmiques de Blade et que concluent quelques notes d’un thème bien connu (dont encore une fois le nom m’échappe… plutôt années 80).

Passés les applaudissements, Pattitucci relance ce même thème qui n’aura pourtant pas de suite, Wayne Shorter lançant l’un des thèmes de Plaza Real dont on croyait avoir déjà entendues les premières notes dans la précédente suite. C’est que, ne jouant (selon son expression) que l’ADN de ses compositions, il applique la leçon apprise avec Miles, leçon que Miles apprit lui-même en jouant avec ses batteurs, Max Roach et surtout Philly Joe Jones, dont il prit pleinement conscience avec le Second Quintette et qu’il énonça explicitement dans les années 70, du temps de Yesternow et On the Corner : « ne termine pas tes phrases, laisse moi les conclure. » Mais ici, c’est moins souvent à ses comparses qu’à son public qu’il demande de deviner ce qui n’est pas dit, de laisser vagabonder dans son imagination à partir de ce qu’il laisse en suspens. Avec un Brian Blade plus “chambriste” qu’à l’ordinaire, le silence a pris à Vannes une importance dont avait pu par le passé regretter le défaut, cyclones et tornades se faisant plus subites et momentanées au cours d’une prestation ponctuée de nombreuses pauses, absences et suspensions qui ont souvent valeur de conclusion.


Deux généreux rappels devant une Hermeto Pascoal que l’on dit au premier rang (serait-ce vers lui que Wayne Shorter s’incline d’une facétieuse courbette en sortant de scène après se l’être fait montrer du doigt par John Patitucci ?) Hermeto attendu ce 26 juillet avec son bassiste historique, Iteberê Zwarg dont le Grupo assurera la deuxième partie. À l’heure où j’écris ces lignes, le jardin n’a pas encore fait son plein de réservations pour ce concert prometteur. Si j’avais pu mettre en ligne ce compte rendu en temps et en heure, j’aurais encouragé tout un chacun à se rendre à ce concert en rappelant qu’Hermeto Pascoal ne joue pas la musique brésilienne, mais qu’il joue le Brésil, le son de ses rues et de ses campagnes, de sa langue comme de sa faune, avec une regard faune de visi
onnaire.


Après quoi, le festival connut encore son épilogue au Domaine de Kerguehennec à Bignan avec une délégation des groupes émergents nationaux et du Grand Ouest qui auront animé les rues de Vannes tout au long de ce 34ème festival. Une occasion, entre deux concerts, de visiter ce parc splendide et ses installations monumentales, et de visiter la belle rétrospective de l’œuvre du peintre François Dilasser. Je n’y étais pas, déjà en train de faire mes malles et de panser mes chevaux pour un prompt retour vers la capitale. Rendez-vous mercredi matin pour un compte rendu du concert de Cécile McLorin et de l’Amazing Keystone Sextet, la veille 30 juillet, au merveilleux Cloître des Carmes en Avignon en ouverture du Tremplin jazz (les 31 juillet et 1er août, plus trois autres jours de concerts : Roberto Fonseca : le 2 août, Bojan Z le 3, Enrico Rava et Stefano Bollani le 4).

Franck Bergerot

 

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