Jazz Fest Berlin 2017 (3)

Cap sur le club A-Trane ce soir, pour entendre de quoi retourne le duo de Pat Thomas et Orphy Robinson (alias Black Top, mais pas présentés sous ce nom ici), associés pour l’occasion à deux résidents de Berlin, le multi-soufflant Frank Gratkowski, apprécié sur moult séances Leo Records, et Jean-Paul Bourrelly, dont on n’avait pas de nouvelles depuis un bail.

Jeudi 2 novembre

Berlin-London Conversations 1

A-Trane

Jean-Paul Bourelly (elg), Frank Gratkowski (bcl, as, fl), Pat Thomas (p, cla, élec), Orphy Robinson (vib, élec, perc).

Il s’agit là du premier de trois concerts destinés à faire se rencontrer des musiciens berlinois et des représentants de la scène londonienne. Peu connus par chez nous, Thomas et Robinson sont deux britanniques actifs depuis des décennies, du London Improvisers Orchestra au label Blue Note (plusieurs albums dans les 90s pour Orphy Robinson), et signataires de collaborations occasionnelles avec Don Cherry et Thurston Moore, et plus régulières avec Derek Bailey, Lol Coxhill, Steve Beresford… Les deux compères, ouverts à toutes les expériences, ont embrassé au fil du temps d’autres formes telles que le funk et les musiques africaines. De la bouteille et de l’enthousiasme ! Au bord de la scène, mes pieds menacent à tout instant de renverser les instruments de Frank Gratkowski. Les programmateurs du festival Météo sont dans la salle : des connaisseurs ! « Le A-Trane est toujours bondé, il faut arriver tôt » m’a-t-on prévenu. En effet, on refuse du monde. On lie connaissance avec ses voisins de table, effet de la promiscuité…

jazz17_p_berlin_london_conversations_1_c_camille_blake_01Le concert est une ode aux vertus de l’hétérogénéité. Gratkowski est le musicien le plus « jazz » ou « free jazz » du groupe. Bourrelly y égrène sans complexe son blues-rock hendrixo-harmolodique, et les deux autres produisent des choses tout à fait indescriptibles, souvent atonales, à l’aide de dispositifs électroniques associés aux claviers – Pat Thomas a des antennes branchées sur le cosmos à l’instar de Sun Ra, et Orphy Robinson tient du savant fou. Ces diables d’hommes, entourés de câbles et de machines, virent à l’acoustique lorsque cela leur chante : piano (jeu personnel, débarrassé de tout cliché pour Thomas), vibraphone et un solo de cajon de Robinson. Des bribes de reggae, de dance-pop insipide, des extraits de bulletins d’information ou de discours politiques sont insérés de loin en loin par Robinson et c’est à une aventure sonore totale que l’on est convié. Cela débouche parfois sur des rythmes marqués. Mes voisins, jeunes touristes australiens, laissent éclater leur joie. Ici tout est improvisé, rien n’est interdit et tout peut arriver. La clé du bonheur ? Le deuxième set est encore meilleur que le premier.

David Cristol

Photo : Camille Blake

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *