Jazz sur le Vif : Flash Pig & Frédéric Loiseau

Jazz sur le Vif : Flash Pig & Frédéric Loiseau

Septième concert « Jazz sur le vif » de la saison produite et programmée par Arnaud Merlin, avec comme souvent une affiche contrastée, qui revendique le pluriel du jazz : en première partie un jeune groupe, Flash Pig, animé par les frères Sanchez, Maxime et Adrien ; et ensuite de toniques jeunes quinquagénaires, rassemblés autour du guitariste Frédéric Loiseau pour son trio « Smile ».

Loge_Flash_Pig

Sur la porte de la loge, dans les coulisses du studio 105

 

FLASH PIG : Maxime Sanchez (piano), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie).

Maison de la Radio, 9 janvier 2016, 17h30

Ce quartette, dont le nom semble tout droit sorti des comics états-uniens, avait été choisi, après un premier disque publié en 2014, pour représenter Radio France à l’European Jazz Competition, co-organisée par le Northsea Jazz Festival et l’Union Européenne de Radiotélévision. En juin dernier, à Rotterdam, Flash Pig a remporté ce concours international. Leur prestation, ainsi que celle des autres finalistes, avait été diffusée sur France Musique le 9 septembre.

Flash_Pig_studio105

Cette fois c’est un concert entier qui permet de mesurer le chemin parcouru depuis le disque et cette prestation gagnante. Le pianiste Maxime Sanchez signe l’essentiel du répertoire, mais cède parfois la plume à son frère Adrien, le saxophoniste. Cela commence sous le signe du silence et du temps suspendu, avec une intro du pianiste en mode contrepoint, suivie d’une montée progressive en pression et en quartette, jusqu’à une expression paroxystique où intensité et maîtrise cohabitent sereinement. Vient ensuite une composition du saxophoniste, très recueillie, dont le lyrisme retenu me rappelle les grands quartettes de Charlie Haden. Puis c’est un thème d’Ornette Coleman, Kathleen Gray. Et là je remarque que le début du concert m’avait fait penser à Paul Bley (qui comme Charlie H aden a joué avec Ornette Coleman : n’y aurait-il pas de hasard ?). Le saxophone commence en solo, comme une Partita de Bach qui dériverait en thème de John Lewis, puis le piano se lance dans un phrasé anguleux aux accents forts et à la résonance sèche, « à la Tristano ». Mais je m’égare dans mes réminiscences de vieux jazzfan : l’essentiel est ailleurs, dans la formidable cohérence du groupe, où chacun joue collectif, porteur d’une part de l’expressivité du quartette : lyrisme du saxophone et de la contrebasse, fines tensions introduites par la batterie, riche palette du piano. Au bout du compte, un très beau quartette, et un superbe concert. Un nouveau disque est d’ores et déjà enregistré, qui paraîtra au début de l’été.

Frédéric_Loiseau_Studio105

FRÉDÉRIC LOISEAU TRIO « SMILE » : Frédéric Loiseau (guitare, voix), Benoît Sourisse (orgue), André Chalier (batterie).

Maison de la Radio, 9 janvier 2016, 18h45

Le trio s’est formé autour d’une amitié ancienne, forgée en Californie, entre Frédéric Loiseau et André Charlier, qui étudiaient l’un et l’autre dans les grandes institutions jazzistiques de la Côte Ouest. Binôme rejoint ensuite par Benoît Sourisse, partenaire privilégié du batteur depuis de nombreuses années. Le concert est donc placé sous le signe de la connivence, de l’échange privilégié, et du plaisir de jouer, avec le sourire s’il vous plaît (d’où le titre, emprunté à Charlie Chaplin, de leur disque « Smile » publié l’an dernier chez Black & Blue). L’intro à l’orgue laisse présager You Don’t Know What Love Is…. et c’est Lullaby of Birdland qui advient, rendu à son vrai statut de berceuse : tempo ralenti, douceur de la guitare délicatement timbrée (Frédéric Loiseau est un orfèvre de la sonorité chantante ! ). Après cet exposé en version plus que lente, les chorus se déploient sur un tempo vif et marqué, avant retour à la berceuse pour la réexposition conclusive. Le ton est donné : ici l’on chante, et l’interaction est subtile avec le drumming très retenu d’André Charlier, et les phrases ou les accords de Benoît Sourisse. Suit une belle version de Ow ! de Dizzy Gillespie, que Frédéric a eu le plaisir de jouer récemment en privé, en compagnie du vétéran (mais toujours vert) Bob Dorough, de passage à Paris. Le concert se poursuit, avec des compositions du guitariste et de l’organiste. En mariant sur un air de biguine la Caraïbe et l’île de Noirmoutier, Frédéric Loiseau nous offre un scat à l’unisson de son phrasé de guitare, et un peu plus loin l’orgue et la guitare s’offrent un contrepoint tristanien (souvenez vous de G Minor Complex….) en prélude à You’d Be So Nice To Come Home To. Suivront un coup de chapeau à Ellington-Strayhorn, puis un démarquage très réussi des Feuilles mortes (titré Summer Leaf), avant la conclusion qui s’imposait : Smile, de Chaplin, mais en version bossa. Au total, une très belle fin d’après midi pour les présents, et un plaisir à retrouver sur France Musique.

Xavier Prévost

Le concert sera diffusé sur France Musique le mercredi 13 janvier à 20h dans les « Mercredis du jazz » de Jérôme Badini, et en réécoute les 30 jours qui suivront. Lien ci-dessous

http://www.francemusique.fr/emission/les-mercredis-du-jazz

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