Jazzdor, Strasbourg, 30° édition, 2° soirée

 

Jazzdor 30ième. Strasbourg, Cité de la Musique. 07 novembre.

 

Louis Sclavis Jazzdor Ensemble : Louis Sclavis (cl), Dominique Pifarély (vl),  Benjamin Moussay (p, elp), Sarah Murcia (b), Christophe Lavergne (dm), Carlos Bica Azul : Carlos Bica (b), Frank Möbus (g), Jim Black (dm).

 

Philippe Ochem, le directeur de Jazzdor, rappelle en début de soirée que Louis Sclavis figurait au programme de la première édition du festival et qu’il revint fréquemment à Strasbourg. Qu’allait il concocter avec ce nouveau projet, inauguré dans la capitale alsacienne et nommé en hommage à son festival de jazz ?

 

Au tout début, je l’avoue, j’ai craint qu’il ne nous entraine dans un plan « intello-prise de tête » (comme disent les jeunes). Mais assez vite le violon de Dominique Pifarély a entonné une mélodie accrocheuse tandis que la rythmique s’adonnait sans retenue au groove. Le deuxième thème, d’inspiration celtique, fut l’occasion pour le groupe de manifester un lyrisme fort bienvenu et chacun montra d’indéniables qualités dans cette veine généreuse. Elle se prolongea tout le long du concert, jusqu’à un “Chant d’Espoir” très inspiré lancé en duo par la contrebasse et le Rhodes. Voici donc une « création » qui a réussi à dépasser rapidement le côté compassé qu’a souvent à mes oreilles ce type de projets institutionnels. La présence dans la salle de plusieurs dizaines de collégiens alsaciens auxquels Sclavis avait présenté son travail au cours de la semaine y était sans doute pour quelque chose. Et l’on peut aisément imaginer que de jeunes oreilles bien guidées aient pu goûter le remarquable travail de composition et d’arrangement du clarinettiste et de son Jazzdor Ensemble. Les assemblages de timbres, entre autres, sont d’une grande richesse et la flexibilité de la rythmique lui permet d’apporter une contribution tout à fait intéressante à la palette sonore du groupe. Voilà qui mérite de se peaufiner et de se faire entendre ailleurs au fil du temps.

 

Carlos Bica, bassiste portugais vivant à Berlin, ne joue guère en France. A Strasbourg, en tout cas, c’est la première fois qu’il se produisait avec son excellent Azul Trio, qui existe depuis plus de vingt ans et que Jazzdor souhaitait inviter depuis lurette. On ne peut dans ces conditions que déplorer le fait qu’une bonne partie du public (vraisemblablement les mêmes jeunes et leurs parents qui venaient de faire un triomphe au groupe précédent) se soit éclipsée, laissant le trio qui suivait face à une salle clairsemée. On connaît des ados capables de tenir le coup bien plus tard dans la soirée quand ils sont scotchés sur Facebook ! Mais la maturité est une plante à fleurissement tardif, de nos jours, et j’arrête là avant de passer pour le vieux con que j’espère ne pas devenir trop tôt. Tout juste pourra-t-on parler, à ces jeunes écourteurs de concerts, de ce qu’ils ont raté : une petite formation internationale basée sur un triangle géographique particulièrement large (Portugal, USA, Allemagne), un groupe à l’amplitude stylistique ouverte (du jazz moderne au rock), un trio équilatéral au sein duquel chacun possède une maîtrise totale de l’énergie et un remarquable sens de l’interaction. Difficile de s’ennuyer avec Azul : ils vous baladent des sonorités saturées de Frank Möbus sur des rythmes binaires à des mélodies langoureuses où l’archet de Carlos Bica fait merveille. Et tout ceci est dynamisé par la batterie d’un Jim Black alternant finesse et puissance dans un contexte où on le connaît peu, bien qu’il participe à l’aventure d’Azul depuis plus de deux décennies. Oui, les “déserteurs” du second set ne savent pas ce qu’ils ont perdu mais ils ont toute la vie pour se rattraper et Jazzdor, en tout cas, sait ce qu’il a gagné en invitant enfin, pour la première fois, le trio de Carlos Bica. Thierry Quénum

 

 

 

 

 

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