Biarritz: Mélanie Di Biasio, « un intimisme effrayant »

20 Apr 2018 #

Avec Les Beaux Jours de la Musique Thomas Valverde entend faire fleurir dans le printemps de Biarritz des notes "baroques, classiques autant que jazz" Le pari d'un mixage volontariste qu'illustre Mélanie DI Biasio de façon très explicite.

On distingue à peine son visage dans la pénombre voulue. Mais elle regarde à présent son instrument une moue au bord des lèvres « Ma flute a quelques faiblesses. Je crois savoir qu’une personne dans la salle en porte une avec elle…si elle pouvait me la prêter un instant… » Une jeune femme se lève dans les premiers rangs, lui tend sa flûte traversière au bords de la scène. Mélanie Di Biasio retrouve malgré tout un timide sourire dans une soirée décidément semée d’embuches.

Mélanie Di Biasio (voc, fl), Pascal Mohy (p), Pascal Paulus (clav, g)

Les Beaux Jours de la Musique, Casino de Biarritz (64200), 19 avril

 

De brèves hésitations, des regards quelque peu interrogatifs entre elle et ses deux musiciens: la mise en train dans ce concert de Mélanie Di Biasio se trouve parsemée de petits temps morts en dépit la présence de cette voix profonde en ancrage principal. On perçoit comme un flottement. Flottement, justement. Ainsi pourrait se caractériser les contours d’une musique lâchée dans une ambiance quelque peu nuageuse -effets de fumée diffuse injectée sur un plateau faiblement éclairé- mystérieuse aussi au travers de contours mélodiques sinueux, tendance floue volontairement entretenue. La chanteuse belge se risque à un début d’explication à défaut de justification « Notre batteur n’est pas présent ce soir. Un drôle de sentiment pour moi sur scène. Mais bon je n’ai nulle peine à imaginer la marque de la batterie. J’espère qu’il en est de même pour vous… » Pas évident pour tout le monde peut être. Pourtant Sitting in the Stairwell chanté quasi à capella jaillit clair sous de simples claquement des doigts. Les deux claviers installés de part et d’autre, piano acoustique et synthés posent les couleurs en grappes de notes, ou nappes d’accords.

Pascal Paulus, synthés et guitare

Côté numérique Pascal Paulus, complice de toujours prend les formules rythmiques à son compte, Sans batterie il devient à coup de basses roulées le garant de la marque des temps pour mieux baliser le « breeze », comme le rythme d’une respiration (Gold Junkies). Voire le mouvement continu façon véhicule roulant inexorablement sur l’asphalte (Let me love you) Sur Lilies, titre éponyme de l’album (paru sur le label Pias) le piano placé en premier plan illustre en notes égrainées claires l’histoire d’un homme de mystère. Mélanie Di Biasio joue sur les mots chantés, susurrés ou slamés comme sur l’évidence de ses mélodies. Simplement faut-il encore entrer dans l’univers ainsi créé. Et pouvoir (vouloir ?) sur ce seul registre goûter au pouvoir d’installer un tempo, une échelle mouvante de rythmes simples, naturels. Dès lors seulement une certaine magie joue à plein, capte l’attention via un feeling, par le transport d’un swing évident, avec l’aide d’une batterie ou pas (superbe version d‘Afro Blue) De quoi chez la chanteuse et musicienne wallonne de Charleroi apprécier également une façon bien personnelle en live de prolonger par le souffle de la flûte un art consommé de la mélodie toute simple. Sans doute faut-il comprendre sinon expliciter ainsi ce commentaire très brut de décoffrage (en mode d’oxymore ?) entendu au final du concert biarrot de la part d’un spectateur littéralement bluffé par la prestation « Cette nana joue sur un intimisme effrayant ! »

 

Robert Latxague

Brève de jazz

Les Grands Prix de l’Académie Charles Cros ont été décernés hier soir

Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias) Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS) JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60. JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical, à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée http://charlescros.org/Palmares-2018?fbclid=IwAR1s_arpeLwzxN4SuB17HqBMNo0P180AwPR5b_ocHlgMG_gXtWm4Q20mgM4

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

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20181201 - N° 712 - 116 pages

Le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani s’éteignait à New York. Quelques mois plus tôt, le jazzman le plus populaire de...