Festival International de Jazz de Montréal : Renée Rosnes, Holland/Hussain/Potter

16 Jul 2018 #Le Jazz Live

L’un des programmateurs remet le prix Oscar-Peterson à la pianiste, le discours étant assuré par Céline, petite-fille du géant originaire de la ville. Ce prix récompense la qualité de l’art d’un musicien canadien et son rayonnement dans le monde. Rosnes reçoit son Oscar en disant sa dette envers le musicien.

Maison Symphonique

Renée Rosnes

Renée Rosnes (p), Steve Nelson (vib), Robert Hurst (b), Lenny White (dm)

4 juillet

Si sa discographie révèle des intérêts esthétiques multiples, Rosnes promeut ce soir un jazz acoustique véloce et tendu, dans un style en vogue dans les années 80, dans le sillage de la mouvance post-bop ayant suivi les années fusion, et en partie tiré du récent « Beloved of the Sky », sur lequel figure Chris Potter, présent ce soir mais pas dans ce groupe! Cet album a reçu d’élogieuses critiques.

Étonnant Lenny White (que la pianiste le qualifie d’« amazing », un compliment), loin de ses velléités jazz-funk de jadis, tout sauf démonstratif, jouant surtout aux balais et veillant à la mise en valeur de ses partenaires. Ce que l’on entend ne manque pas d’attraits, mais se déroule comme indépendamment du public, le quartette est dans sa bulle, ses membres n’ont pas l’air de beaucoup s’amuser. Après tout, comme disait Miles Davis, on n’est pas là pour sourire. La dimension visuelle exclue, d’autant que la salle est grande, la pianiste de dos et le groupe éloigné, je ferme les yeux pour me concentrer sur la seule écoute, apprécie une balade lente et sensible, des pièces parfaitement construites, la sonorité du vibraphone. J’ai le sentiment que cette formation doit être plus à l’aise dans des clubs de taille moyenne que dans l’imposante Maison Symphonique.

Dave Holland/Zakir Hussain/Chris Potter

Dave Holland (b), Zakir Hussain (tabla), Chris Potter (ts, ss)

4 juillet

André Ménard, fondateur du festival, présente Zakir Hussain, qu’il a découvert dans Shakti de John McLaughlin dans les années 70 et considère comme l’un des cinq plus grands musiciens au monde. Il remet au percussionniste le prix Antonio-Carlos-Jobim. Hussain se fend d’un bref discours pétri d’humilité, disant surtout ce qu’il doit aux musiciens – traditionnels ou de jazz international – qui lui ont beaucoup appris et lui ont fait l’honneur de faire appel à ses services, permettant le développement de ses aptitudes musicales. Son message est qu’il a encore beaucoup à apprendre, et n’aura de cesse de le faire, au cours de ce voyage qu’est la vie.

Pour sa première apparition au festival cette année, Potter se présente tel qu’en lui-même : brillant technicien et spectaculaire soliste. Au soprano comme au ténor, son lyrisme volubile s’adapte aux compositions et il parvient à évoquer, sur des titres aux couleurs de l’ailleurs, signés de lui-même ou de ses partenaires, quelque trompe orientale ou africaine. Holland est le plus discret des trois hommes, faisant le lien avec douceur et bienveillance entre les deux autres, tempérant peut-être aussi leur tendance à occuper l’espace. Sa basse n’étant pas arrivée à temps d’Europe où le trio se produisait la veille, il joue sur un instrument d’emprunt, mais on n’y entend que du feu; chacune de ses interventions est une caresse. Quant à l’effet produit par les percussions de Zakir… si j’étais un serpent je me serais dressé dans mon panier. Je confesse avoir préféré les moments ou Potter se mettait en retrait, car les échanges en duo de Holland et Hussain, pleins d’humour et de complicité, ont constitué, de mon point de vue, les meilleurs moments de la soirée.

Un trio taillé sur mesure pour rejoindre le catalogue ECM. Les trois musiciens y étant associés chacun de leur côté, la chose ne semble pas exclue. En attendant, les festivaliers pourront apprécier le trio à Marciac le 28 juillet.

Austin B. Coe

Photos : Victor Diaz Lamich

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