Jazz live
Publié le 22 Sep 2013

Festival Jazz de Femmes de Rueil Malmaison sous le soleil

Hier, 21 septembre, le festival de jazz de Rueil-Malmaison connaissait son climax avec les orchestres de Didier Levallet, Aurore Voilqué et Géraline Laurent.


Parvis de la médiathèque, festival Jazz de femmes, Rueil-Malmaison (92), le 21 septembre 2013.


Les petites filles dansent, s’émerveillant des corolles que font leurs robes lorsqu’elles tournent sur elles-mêmes, s’essayant seules à quelques pas de tango qu’elles tirent d’on ne sait où, fuient en criant la charge de petits garçons surexcités. Les musiciens se demandent un moment ce qu’ils font là, devant ce public turbulent de bac à sable et de passants. Un père de famille à mon côté explique à son fils que, non, il ne peut pas aller dire quelque chose à la flûtiste. Qu’il faut attendre la fin du concert. « Oui, mais je voudrais lui dire un secret. Oui, mais je voudrais lui faire un bisou. » Tout à l’heure, il ira lui faire un bisou et entre temps il aura fait l’expérience d’une chose dont on peut se demander si elle n’est pas en train de passer de mode, l’écoute.

 

Nous sommes à Rueil, sur le parvis de la médiathèque, où le festival Rueil in Jazz offre une après-midi de musique gratuite aux Rueillois. Musique gratuite, musique au rabais ? Animation musicale ou concert. Toute l’ambiguïté est là, mais il fait beau, les enfants sont beaux, il y a des curieux qui ne seraient jamais venu entendre ces orchestres en concert, mais qui, à la promenade au bois, ont préféré un tour en ville pour étancher leur curiosité. Des connaisseurs aussi sont là, parfois venus de loin, parmi lesquels quelques professionnels (Jazz sous les Pommiers, Jazz à Eaubonne, Auvers Jazz… de ceux qui font vivre le jazz à l’Ouest de Paris). Les musiciens eux-mêmes s’attardent pour entendre leurs confrères. La musique est au rendez-vous!

 

Didier Levallet Quintet : Airelle Besson (trompette), Sylvaine Hélary (flûtes), Céline Bonacina (saxes soprano et baryton), Didier Levallet (contrebasse), François Laizeau (batterie)


Le contrebassiste et compositeur Didier Levallet présente son quintette : de la pulsation (il s’en charge avec François Laizeau, en une rythmique souple et complice) et de la couleur, une affaire de mélodies et de timbres qu’il confie à Airelle Besson, Sylvaine Hélary et Céline Bonacina. Le mélange est moins inhabituel en soi que par la façon dont Levallet y a trempé ses pinceaux, avec une constance qui relativise l’importance du solo : beaucoup de partitions longues et d’improvisations collectives, dans un esprit qui évoque Mingus et Carla Bley, cette dernière peut-être parce que je suis en train de lire Carla Bley, l’inattendue ouvrage collectif que Ludovic Florin a dirigé chez Naïve Livres et où il insiste sur l’importance de l’erreur. Non, que l’on cherche à dire par là que Didier Levallet fait des erreurs, mais il y aurait dans sa manière une façon de ne rien s’interdire et de savoir tirer parti de la nature féconde de l’erreur. Avec trois voix mélodiques qui se poursuivent, se fuient et se rejoignent le temps d’une ronde, il invente un monde que Céline Bonacina habite de son infatigable énergie (sur laquelle elle se repose parfois un peu trop), Airelle Besson de la magie de son timbre, de sa science rythmique et harmonique, Sylvaine Hélary d’une espèce de douce dinguerie venue d’on ne sait où associée à une discipline instrumentale impressionnante. En rappel, Levallet reprend la partition de Sonia de Chris McGregor. Il faut rejouer ce répertoire.

 

Aurore Quartet : Aurore Voilqué (violon), Siegfried Mandacé (guitare électrique), Florent Gac (orgue Hammond), Julie Saury (batterie)

 

Un moment d’adaptation est nécessaire pour passer de la musique de Didier Levallet à celle d’Aurore Voilqué. On change ici d’époque, on revient en arrière, mais sans trop savoir où. Car si Aurore Voilqué consacre son programme à Django Reinhardt, elle a le bon goût (avec l’aide de son arrangeur Siegfried Mandacé, inclassable néo-classique de la “modern jazz guitar”) de ne pas l’enfermer dans ce folklore que fuyait Django et de l’entraîner dans une espèce de modernité datée, mais sans certitude sur la date et finalement sans âge. Un programme qui gagne à être entendu sur scène, débarrassé d’un track listing trop corseté, et avec un organiste, Florent Gac, qui la libère plus que ne pouvait le faire Rhoda Scottt sur le disque du groupe “Dangolized”. Et à l’entendre ainsi, séduit lorsque je l’entendais au lounge de l’hotel Defender du Louvre par son refus de choisir entre le chant et le violon, lorsqu’elle reprend les paroles de Le Soir de Loulou Gasté, je me dis qu’il lui faut maintenant choisir et foncer. Et son violon, dont elle joue sans ménagement, n’attend que ça.

 

Looking for Parker : Géraldine Laurent (sax alto), Manu Codjia (guitare électrique), Christophe Marguet (batterie)

 

Géraldine, elle, fonce et entraîne ses deux comparses dans une quête de Charlie Parker qui frise la frénésie, désossant les thèmes “parkériens” (de Dameron, Dizzy ou Parker lui-même) l’un après l’autre, ou faisant mine de les désosser, par un excitant travail de caches et de travestissements rythmiques ou mélodiques. C’est brillant, intelligent, virtuose, excitant, captivant… et cependant, j’ai parfois envie de crier grâce face à l’abattage de Géraldine. Parker laissait respirer la musique, ici à la longue, ça manque un peu, sauf lors de merveilleuses suspensions que constitue la convocation des ballades come Laura, Lover Man et April in Paris. Et tant qu’à faire de travestir pourquoi ne pas inverser les rôles et ne pas suspendre le débit original effréné des chevaux de bataille des boppers. Ça n’en reste pas moins étourdissant de plaisir du jeu et de l’écoute

 

La soirée se terminait au Théâtre André Malraux qui faisait le plein pour China Moses, disproportion qui appellerait mille commentaires. Je n’en rendrai pas compte, non par dédain, mais cette après-midi de musique, au lendemain d’une opération chirugicale, m’imposait un peu de repos. Pas plus que je n’assiterai à la coda qui vous attend ce 22 septembre au Cabaret du cinéma Ariel pour une jam session autour de la pianiste Valérie Benzaq
uinet de 11h à 13h et pour une batucada de 15h à 17h au Bois Préau.

 

Franck Bergerot

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Hier, 21 septembre, le festival de jazz de Rueil-Malmaison connaissait son climax avec les orchestres de Didier Levallet, Aurore Voilqué et Géraline Laurent.


Parvis de la médiathèque, festival Jazz de femmes, Rueil-Malmaison (92), le 21 septembre 2013.


Les petites filles dansent, s’émerveillant des corolles que font leurs robes lorsqu’elles tournent sur elles-mêmes, s’essayant seules à quelques pas de tango qu’elles tirent d’on ne sait où, fuient en criant la charge de petits garçons surexcités. Les musiciens se demandent un moment ce qu’ils font là, devant ce public turbulent de bac à sable et de passants. Un père de famille à mon côté explique à son fils que, non, il ne peut pas aller dire quelque chose à la flûtiste. Qu’il faut attendre la fin du concert. « Oui, mais je voudrais lui dire un secret. Oui, mais je voudrais lui faire un bisou. » Tout à l’heure, il ira lui faire un bisou et entre temps il aura fait l’expérience d’une chose dont on peut se demander si elle n’est pas en train de passer de mode, l’écoute.

 

Nous sommes à Rueil, sur le parvis de la médiathèque, où le festival Rueil in Jazz offre une après-midi de musique gratuite aux Rueillois. Musique gratuite, musique au rabais ? Animation musicale ou concert. Toute l’ambiguïté est là, mais il fait beau, les enfants sont beaux, il y a des curieux qui ne seraient jamais venu entendre ces orchestres en concert, mais qui, à la promenade au bois, ont préféré un tour en ville pour étancher leur curiosité. Des connaisseurs aussi sont là, parfois venus de loin, parmi lesquels quelques professionnels (Jazz sous les Pommiers, Jazz à Eaubonne, Auvers Jazz… de ceux qui font vivre le jazz à l’Ouest de Paris). Les musiciens eux-mêmes s’attardent pour entendre leurs confrères. La musique est au rendez-vous!

 

Didier Levallet Quintet : Airelle Besson (trompette), Sylvaine Hélary (flûtes), Céline Bonacina (saxes soprano et baryton), Didier Levallet (contrebasse), François Laizeau (batterie)


Le contrebassiste et compositeur Didier Levallet présente son quintette : de la pulsation (il s’en charge avec François Laizeau, en une rythmique souple et complice) et de la couleur, une affaire de mélodies et de timbres qu’il confie à Airelle Besson, Sylvaine Hélary et Céline Bonacina. Le mélange est moins inhabituel en soi que par la façon dont Levallet y a trempé ses pinceaux, avec une constance qui relativise l’importance du solo : beaucoup de partitions longues et d’improvisations collectives, dans un esprit qui évoque Mingus et Carla Bley, cette dernière peut-être parce que je suis en train de lire Carla Bley, l’inattendue ouvrage collectif que Ludovic Florin a dirigé chez Naïve Livres et où il insiste sur l’importance de l’erreur. Non, que l’on cherche à dire par là que Didier Levallet fait des erreurs, mais il y aurait dans sa manière une façon de ne rien s’interdire et de savoir tirer parti de la nature féconde de l’erreur. Avec trois voix mélodiques qui se poursuivent, se fuient et se rejoignent le temps d’une ronde, il invente un monde que Céline Bonacina habite de son infatigable énergie (sur laquelle elle se repose parfois un peu trop), Airelle Besson de la magie de son timbre, de sa science rythmique et harmonique, Sylvaine Hélary d’une espèce de douce dinguerie venue d’on ne sait où associée à une discipline instrumentale impressionnante. En rappel, Levallet reprend la partition de Sonia de Chris McGregor. Il faut rejouer ce répertoire.

 

Aurore Quartet : Aurore Voilqué (violon), Siegfried Mandacé (guitare électrique), Florent Gac (orgue Hammond), Julie Saury (batterie)

 

Un moment d’adaptation est nécessaire pour passer de la musique de Didier Levallet à celle d’Aurore Voilqué. On change ici d’époque, on revient en arrière, mais sans trop savoir où. Car si Aurore Voilqué consacre son programme à Django Reinhardt, elle a le bon goût (avec l’aide de son arrangeur Siegfried Mandacé, inclassable néo-classique de la “modern jazz guitar”) de ne pas l’enfermer dans ce folklore que fuyait Django et de l’entraîner dans une espèce de modernité datée, mais sans certitude sur la date et finalement sans âge. Un programme qui gagne à être entendu sur scène, débarrassé d’un track listing trop corseté, et avec un organiste, Florent Gac, qui la libère plus que ne pouvait le faire Rhoda Scottt sur le disque du groupe “Dangolized”. Et à l’entendre ainsi, séduit lorsque je l’entendais au lounge de l’hotel Defender du Louvre par son refus de choisir entre le chant et le violon, lorsqu’elle reprend les paroles de Le Soir de Loulou Gasté, je me dis qu’il lui faut maintenant choisir et foncer. Et son violon, dont elle joue sans ménagement, n’attend que ça.

 

Looking for Parker : Géraldine Laurent (sax alto), Manu Codjia (guitare électrique), Christophe Marguet (batterie)

 

Géraldine, elle, fonce et entraîne ses deux comparses dans une quête de Charlie Parker qui frise la frénésie, désossant les thèmes “parkériens” (de Dameron, Dizzy ou Parker lui-même) l’un après l’autre, ou faisant mine de les désosser, par un excitant travail de caches et de travestissements rythmiques ou mélodiques. C’est brillant, intelligent, virtuose, excitant, captivant… et cependant, j’ai parfois envie de crier grâce face à l’abattage de Géraldine. Parker laissait respirer la musique, ici à la longue, ça manque un peu, sauf lors de merveilleuses suspensions que constitue la convocation des ballades come Laura, Lover Man et April in Paris. Et tant qu’à faire de travestir pourquoi ne pas inverser les rôles et ne pas suspendre le débit original effréné des chevaux de bataille des boppers. Ça n’en reste pas moins étourdissant de plaisir du jeu et de l’écoute

 

La soirée se terminait au Théâtre André Malraux qui faisait le plein pour China Moses, disproportion qui appellerait mille commentaires. Je n’en rendrai pas compte, non par dédain, mais cette après-midi de musique, au lendemain d’une opération chirugicale, m’imposait un peu de repos. Pas plus que je n’assiterai à la coda qui vous attend ce 22 septembre au Cabaret du cinéma Ariel pour une jam session autour de la pianiste Valérie Benzaq
uinet de 11h à 13h et pour une batucada de 15h à 17h au Bois Préau.

 

Franck Bergerot

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Hier, 21 septembre, le festival de jazz de Rueil-Malmaison connaissait son climax avec les orchestres de Didier Levallet, Aurore Voilqué et Géraline Laurent.


Parvis de la médiathèque, festival Jazz de femmes, Rueil-Malmaison (92), le 21 septembre 2013.


Les petites filles dansent, s’émerveillant des corolles que font leurs robes lorsqu’elles tournent sur elles-mêmes, s’essayant seules à quelques pas de tango qu’elles tirent d’on ne sait où, fuient en criant la charge de petits garçons surexcités. Les musiciens se demandent un moment ce qu’ils font là, devant ce public turbulent de bac à sable et de passants. Un père de famille à mon côté explique à son fils que, non, il ne peut pas aller dire quelque chose à la flûtiste. Qu’il faut attendre la fin du concert. « Oui, mais je voudrais lui dire un secret. Oui, mais je voudrais lui faire un bisou. » Tout à l’heure, il ira lui faire un bisou et entre temps il aura fait l’expérience d’une chose dont on peut se demander si elle n’est pas en train de passer de mode, l’écoute.

 

Nous sommes à Rueil, sur le parvis de la médiathèque, où le festival Rueil in Jazz offre une après-midi de musique gratuite aux Rueillois. Musique gratuite, musique au rabais ? Animation musicale ou concert. Toute l’ambiguïté est là, mais il fait beau, les enfants sont beaux, il y a des curieux qui ne seraient jamais venu entendre ces orchestres en concert, mais qui, à la promenade au bois, ont préféré un tour en ville pour étancher leur curiosité. Des connaisseurs aussi sont là, parfois venus de loin, parmi lesquels quelques professionnels (Jazz sous les Pommiers, Jazz à Eaubonne, Auvers Jazz… de ceux qui font vivre le jazz à l’Ouest de Paris). Les musiciens eux-mêmes s’attardent pour entendre leurs confrères. La musique est au rendez-vous!

 

Didier Levallet Quintet : Airelle Besson (trompette), Sylvaine Hélary (flûtes), Céline Bonacina (saxes soprano et baryton), Didier Levallet (contrebasse), François Laizeau (batterie)


Le contrebassiste et compositeur Didier Levallet présente son quintette : de la pulsation (il s’en charge avec François Laizeau, en une rythmique souple et complice) et de la couleur, une affaire de mélodies et de timbres qu’il confie à Airelle Besson, Sylvaine Hélary et Céline Bonacina. Le mélange est moins inhabituel en soi que par la façon dont Levallet y a trempé ses pinceaux, avec une constance qui relativise l’importance du solo : beaucoup de partitions longues et d’improvisations collectives, dans un esprit qui évoque Mingus et Carla Bley, cette dernière peut-être parce que je suis en train de lire Carla Bley, l’inattendue ouvrage collectif que Ludovic Florin a dirigé chez Naïve Livres et où il insiste sur l’importance de l’erreur. Non, que l’on cherche à dire par là que Didier Levallet fait des erreurs, mais il y aurait dans sa manière une façon de ne rien s’interdire et de savoir tirer parti de la nature féconde de l’erreur. Avec trois voix mélodiques qui se poursuivent, se fuient et se rejoignent le temps d’une ronde, il invente un monde que Céline Bonacina habite de son infatigable énergie (sur laquelle elle se repose parfois un peu trop), Airelle Besson de la magie de son timbre, de sa science rythmique et harmonique, Sylvaine Hélary d’une espèce de douce dinguerie venue d’on ne sait où associée à une discipline instrumentale impressionnante. En rappel, Levallet reprend la partition de Sonia de Chris McGregor. Il faut rejouer ce répertoire.

 

Aurore Quartet : Aurore Voilqué (violon), Siegfried Mandacé (guitare électrique), Florent Gac (orgue Hammond), Julie Saury (batterie)

 

Un moment d’adaptation est nécessaire pour passer de la musique de Didier Levallet à celle d’Aurore Voilqué. On change ici d’époque, on revient en arrière, mais sans trop savoir où. Car si Aurore Voilqué consacre son programme à Django Reinhardt, elle a le bon goût (avec l’aide de son arrangeur Siegfried Mandacé, inclassable néo-classique de la “modern jazz guitar”) de ne pas l’enfermer dans ce folklore que fuyait Django et de l’entraîner dans une espèce de modernité datée, mais sans certitude sur la date et finalement sans âge. Un programme qui gagne à être entendu sur scène, débarrassé d’un track listing trop corseté, et avec un organiste, Florent Gac, qui la libère plus que ne pouvait le faire Rhoda Scottt sur le disque du groupe “Dangolized”. Et à l’entendre ainsi, séduit lorsque je l’entendais au lounge de l’hotel Defender du Louvre par son refus de choisir entre le chant et le violon, lorsqu’elle reprend les paroles de Le Soir de Loulou Gasté, je me dis qu’il lui faut maintenant choisir et foncer. Et son violon, dont elle joue sans ménagement, n’attend que ça.

 

Looking for Parker : Géraldine Laurent (sax alto), Manu Codjia (guitare électrique), Christophe Marguet (batterie)

 

Géraldine, elle, fonce et entraîne ses deux comparses dans une quête de Charlie Parker qui frise la frénésie, désossant les thèmes “parkériens” (de Dameron, Dizzy ou Parker lui-même) l’un après l’autre, ou faisant mine de les désosser, par un excitant travail de caches et de travestissements rythmiques ou mélodiques. C’est brillant, intelligent, virtuose, excitant, captivant… et cependant, j’ai parfois envie de crier grâce face à l’abattage de Géraldine. Parker laissait respirer la musique, ici à la longue, ça manque un peu, sauf lors de merveilleuses suspensions que constitue la convocation des ballades come Laura, Lover Man et April in Paris. Et tant qu’à faire de travestir pourquoi ne pas inverser les rôles et ne pas suspendre le débit original effréné des chevaux de bataille des boppers. Ça n’en reste pas moins étourdissant de plaisir du jeu et de l’écoute

 

La soirée se terminait au Théâtre André Malraux qui faisait le plein pour China Moses, disproportion qui appellerait mille commentaires. Je n’en rendrai pas compte, non par dédain, mais cette après-midi de musique, au lendemain d’une opération chirugicale, m’imposait un peu de repos. Pas plus que je n’assiterai à la coda qui vous attend ce 22 septembre au Cabaret du cinéma Ariel pour une jam session autour de la pianiste Valérie Benzaq
uinet de 11h à 13h et pour une batucada de 15h à 17h au Bois Préau.

 

Franck Bergerot

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Hier, 21 septembre, le festival de jazz de Rueil-Malmaison connaissait son climax avec les orchestres de Didier Levallet, Aurore Voilqué et Géraline Laurent.


Parvis de la médiathèque, festival Jazz de femmes, Rueil-Malmaison (92), le 21 septembre 2013.


Les petites filles dansent, s’émerveillant des corolles que font leurs robes lorsqu’elles tournent sur elles-mêmes, s’essayant seules à quelques pas de tango qu’elles tirent d’on ne sait où, fuient en criant la charge de petits garçons surexcités. Les musiciens se demandent un moment ce qu’ils font là, devant ce public turbulent de bac à sable et de passants. Un père de famille à mon côté explique à son fils que, non, il ne peut pas aller dire quelque chose à la flûtiste. Qu’il faut attendre la fin du concert. « Oui, mais je voudrais lui dire un secret. Oui, mais je voudrais lui faire un bisou. » Tout à l’heure, il ira lui faire un bisou et entre temps il aura fait l’expérience d’une chose dont on peut se demander si elle n’est pas en train de passer de mode, l’écoute.

 

Nous sommes à Rueil, sur le parvis de la médiathèque, où le festival Rueil in Jazz offre une après-midi de musique gratuite aux Rueillois. Musique gratuite, musique au rabais ? Animation musicale ou concert. Toute l’ambiguïté est là, mais il fait beau, les enfants sont beaux, il y a des curieux qui ne seraient jamais venu entendre ces orchestres en concert, mais qui, à la promenade au bois, ont préféré un tour en ville pour étancher leur curiosité. Des connaisseurs aussi sont là, parfois venus de loin, parmi lesquels quelques professionnels (Jazz sous les Pommiers, Jazz à Eaubonne, Auvers Jazz… de ceux qui font vivre le jazz à l’Ouest de Paris). Les musiciens eux-mêmes s’attardent pour entendre leurs confrères. La musique est au rendez-vous!

 

Didier Levallet Quintet : Airelle Besson (trompette), Sylvaine Hélary (flûtes), Céline Bonacina (saxes soprano et baryton), Didier Levallet (contrebasse), François Laizeau (batterie)


Le contrebassiste et compositeur Didier Levallet présente son quintette : de la pulsation (il s’en charge avec François Laizeau, en une rythmique souple et complice) et de la couleur, une affaire de mélodies et de timbres qu’il confie à Airelle Besson, Sylvaine Hélary et Céline Bonacina. Le mélange est moins inhabituel en soi que par la façon dont Levallet y a trempé ses pinceaux, avec une constance qui relativise l’importance du solo : beaucoup de partitions longues et d’improvisations collectives, dans un esprit qui évoque Mingus et Carla Bley, cette dernière peut-être parce que je suis en train de lire Carla Bley, l’inattendue ouvrage collectif que Ludovic Florin a dirigé chez Naïve Livres et où il insiste sur l’importance de l’erreur. Non, que l’on cherche à dire par là que Didier Levallet fait des erreurs, mais il y aurait dans sa manière une façon de ne rien s’interdire et de savoir tirer parti de la nature féconde de l’erreur. Avec trois voix mélodiques qui se poursuivent, se fuient et se rejoignent le temps d’une ronde, il invente un monde que Céline Bonacina habite de son infatigable énergie (sur laquelle elle se repose parfois un peu trop), Airelle Besson de la magie de son timbre, de sa science rythmique et harmonique, Sylvaine Hélary d’une espèce de douce dinguerie venue d’on ne sait où associée à une discipline instrumentale impressionnante. En rappel, Levallet reprend la partition de Sonia de Chris McGregor. Il faut rejouer ce répertoire.

 

Aurore Quartet : Aurore Voilqué (violon), Siegfried Mandacé (guitare électrique), Florent Gac (orgue Hammond), Julie Saury (batterie)

 

Un moment d’adaptation est nécessaire pour passer de la musique de Didier Levallet à celle d’Aurore Voilqué. On change ici d’époque, on revient en arrière, mais sans trop savoir où. Car si Aurore Voilqué consacre son programme à Django Reinhardt, elle a le bon goût (avec l’aide de son arrangeur Siegfried Mandacé, inclassable néo-classique de la “modern jazz guitar”) de ne pas l’enfermer dans ce folklore que fuyait Django et de l’entraîner dans une espèce de modernité datée, mais sans certitude sur la date et finalement sans âge. Un programme qui gagne à être entendu sur scène, débarrassé d’un track listing trop corseté, et avec un organiste, Florent Gac, qui la libère plus que ne pouvait le faire Rhoda Scottt sur le disque du groupe “Dangolized”. Et à l’entendre ainsi, séduit lorsque je l’entendais au lounge de l’hotel Defender du Louvre par son refus de choisir entre le chant et le violon, lorsqu’elle reprend les paroles de Le Soir de Loulou Gasté, je me dis qu’il lui faut maintenant choisir et foncer. Et son violon, dont elle joue sans ménagement, n’attend que ça.

 

Looking for Parker : Géraldine Laurent (sax alto), Manu Codjia (guitare électrique), Christophe Marguet (batterie)

 

Géraldine, elle, fonce et entraîne ses deux comparses dans une quête de Charlie Parker qui frise la frénésie, désossant les thèmes “parkériens” (de Dameron, Dizzy ou Parker lui-même) l’un après l’autre, ou faisant mine de les désosser, par un excitant travail de caches et de travestissements rythmiques ou mélodiques. C’est brillant, intelligent, virtuose, excitant, captivant… et cependant, j’ai parfois envie de crier grâce face à l’abattage de Géraldine. Parker laissait respirer la musique, ici à la longue, ça manque un peu, sauf lors de merveilleuses suspensions que constitue la convocation des ballades come Laura, Lover Man et April in Paris. Et tant qu’à faire de travestir pourquoi ne pas inverser les rôles et ne pas suspendre le débit original effréné des chevaux de bataille des boppers. Ça n’en reste pas moins étourdissant de plaisir du jeu et de l’écoute

 

La soirée se terminait au Théâtre André Malraux qui faisait le plein pour China Moses, disproportion qui appellerait mille commentaires. Je n’en rendrai pas compte, non par dédain, mais cette après-midi de musique, au lendemain d’une opération chirugicale, m’imposait un peu de repos. Pas plus que je n’assiterai à la coda qui vous attend ce 22 septembre au Cabaret du cinéma Ariel pour une jam session autour de la pianiste Valérie Benzaq
uinet de 11h à 13h et pour une batucada de 15h à 17h au Bois Préau.

 

Franck Bergerot