JAZZ SUR LE VIF : MICHAEL FELBERBAUM & CHRISTOPHE MONNIOT

14 Feb 2016 #Le Jazz Live

Unique concert « Jazz sur le Vif » de février, pour cause de surcharge du calendrier musical de Radio France (Festival Présences), et de migrations diverses dues au vacances d'hiver. Concert unique en ce mois, et doublement exceptionnel, par cette unicité d'abord, et parce qu'il affiche deux groupes remarquables, en leur différence même, avec en première partie le quartette du guitariste Michael Felberbaum, héritier du jazz comme du rock, et du meilleur de la fusion ; et le groupe « Ozone Acoustyle Quartet » du saxophoniste Christophe Monniot, plus que jamais inclassable.

Christophe Monniot

MICHAEL FELBERBAUM QUARTET : Michael Felberbaum (guitare), Pierre de Bethmann (piano & piano électrique), Simon Tailleu (contrebasse), Karl Januska (batterie)

Paris, Maison de la Radio, 13 février 2016, 17h30

Michael Felberbaum

Le concert donnera à entendre une bonne part du disque récent (« Lego », Fresh Sound New Talent / Socadisc), mais il commence par un thème qui n'a pas encore été enregistré, Lazy Man Blues, un blues magnifiquement dévoyé par des excursions harmoniques hors du cadre coutumier, et qui donne lieu à de belles envolées expressives. Puis viennent les thèmes du CD où, entre le piano et la guitare, les unissons et les dialogues se succèdent, propulsés par un tandem basse-batterie remarquable de rebond vital. D'ailleurs souvent au cours du concert, on n'aura pas une succession de solos, mais un jeu en osmose où, tour à tour, chacun va s'exprimer en étant porté par le groupe. La guitare chante, sans emphase, avec une sonorité prenante. Dans Lego la forme élaborée, en séquences successives, laisse place à des échanges remarquables, comme cet unisson piano-contrebasse dans les graves, qui va produire une montée en expression propre à emporter l'adhésion. Dans Opi Dance, issu d'un précédent album du guitariste, la batterie déroule une sorte de shuffle, et le solo de piano électrique connaît un crescendo étourdissant, où la spontanéité n'efface pas la cohérence presque scénarisée, jusqu'au décrescendo, et un accord de guitare conclusif façon Bill Frisell qui fleure bon les grands espaces de l'Ouest américain. Suivront deux thèmes du récent disque, avec toujours cette belle cohésion du groupe, et la très agréable sensation que l'on est ici dans l'esprit d'une certaine guitare de jazz fusion que l'on a connu dans le passé, mais avec en plus l'intelligence des formes, le refus des clichés, et un goût d'une sûreté absolue.

 

OZONE ACOUSTYLE QUARTET : Christophe Monniot (saxophones alto & sopranino), Emil Spányi (piano), Mátyás Szandai (contrebasse), Joe Quitzke (batterie)

Paris, Maison de la Radio, 13 février 2016, 18h45

Christophe Monniot bis

Ozone, ce fut d'abord un duo qui associait Christophe Monniot & Emil Spányi, duo concrétisé par un CD (« Ozone », Ames/Harmonia Mundi, Coup de cœur de l'Académie Charles Cros 2006), mais qui avait émergé dès la fin des années 90 avec un prix au Concours National de Jazz de La Défense. Dans sa nouvelle mouture, c'est un quartette, qui a délaissé l'électronique pour le tout acoustique, en publie aujourd'hui un CD enregistré en concert à l'Opus Jazz Club de Budapest en novembre 2014 (Ozone Acoustyle Quartet, « Organic Food », BMC / UVM Distribution). Le concert reprend le déroulement du CD, mais ne le réplique en rien. Les compositions sont majoritairement de la plume du saxophoniste, mais la marque du pianiste se fait entendre dès l'abord avec le prélude de Grace, lointainement inspiré par Amazing Grace, « hymne universel » comme le qualifie Christophe Monniot en présentant les premiers thèmes que le quartette vient de jouer. Le sax alto s'emballe, mais avec une précision dans le feu de l'action qui laisse pantois, et la musicalité est constante. Le piano prend le relais, avec la même verve, contrebasse et batterie se prennent au jeu, et quand arrive le sopranino, avec enfin le thème inspirateur, la fête est à son comble. Vient ensuite Anatology, inspiré par la forme canonique en jazz de l'anatole (structure harmonique empruntée aux changements d'accords de I Got Rhythm), canevas largement dévoyé avec une liberté savante. Puis ce sera une suite, en quatre parties enchaînées, intitulée Du Vent Dans Les Voiles, et tissée de contrastes violents, tempêtes et accalmies, jusqu'à une fin en suspens qui laisse la public interdit, circonspect quant à la question du moment conclusif où il sied d'applaudir. Ici liberté et licence se confondent : on pose le cadre pour lieux le subvertir, transgresser la loi que l'on semble s'être donnée.... Une ironie mélodique à la Carla Bley pointe parfois au détour d'une phrase, et après une dernière composition du saxophoniste, c'est un thème d' Emil Spányi, The First Seal, en référence biblique probable au cinquième sceau de l'Apocalypse de Saint Jean, celui qui succède aux Quatre Cavaliers, et précède le cataclysme et le septième sceau cher au cœur d'Ingmar Bergman.... Et l'on glissera dans la musique, au sopranino cette fois, vers Greensleeves, thème traditionnel britannique joué naguère (et presque jadis, en 1961) par John Coltrane. Bref une deuxième partie de concert d'un intensité plus que vive, et pour les deux parties un concert remarquable, à retrouver sur les ondes de France Musique

Xavier Prévost

Le concert sera diffusé sur France Musique le mercredi 17 février à 20h dans les « Mercredis du jazz » de Jérôme Badini. Lien ci-dessous

http://www.francemusique.fr/emission/les-mercredis-du-jazz/2015-2016

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