Lettres à Marlene par Guillaume de Chassy, Christophe Marguet et Andy Sheppard

05 Jun 2018 #Le Jazz Live

Du 31 mai au 2 juin, Guillaume de Chassy, Christophe Marguet et leur invité Andy Sheppard célébraient la mémoire de Marlène Dietrich dans leur nouveau programme Letters to Marlene. C’était à l’exemplaire et légendaire Jazz Club de Dunkerque.

Il y a un peu plus d’un an, Jazz Magazine s’était déplacé à Laon où le festival permanent Jazz’titudes fêter les 35 ans du Jazz Club de Dunkerque avec le Françoise Devienne Tentet dirigé par Franck Tortiller. Samedi, j’étais de retour à Dunkerque, dans le petit cinéma, dont le Jazz Club a pris possession voici onze ans (après des années dans le chaleureux inconfort de la MJC Terre Neuve) et dont les murs résonnaient encore d’un concert mémorable donné la semaine précédente de manière impromptue par Mike Stern et les frères Moutin.

Voici 35 ans, que Françoise Devienne défend contre vents et marées – avis constant de tempête sur les subventions – sa politique de programmation : une proximité entre musiciens et leur public, une qualité acoustique, un accueil que ses hôtes ont toujours plébiscité, la fidélisation d’un public autour de choix artistiques exigeants, tous les orchestres invités bénéficiant d’une résidence de trois jours qui permet aux musiciens de suspendre un moment les contraintes et la fatigue des transports, de prendre possession d’un lieu pour y approfondir son répertoire.

Du jeudi 31 mai au samedi 2 juin, c’était le tandem Guillaume de Chassy (piano) – Christophe Marguet (batterie) et leur invité permanent Andy Sheppard (saxes ténor et soprano) qui avaient élu résidence sur la scène du Jazz Club pour une série de trois concerts autour de leur programme Letters To Marlene. Précédemment, Guillaume de Chassy et Christophe Marguet avaient imaginé une évocation musicale de l’univers de William Shakespeare  à laquelle ils avaient déjà invités Andy Sheppard. Il s’en était suivi une belle série de concerts à l’issu de laquelle, ce dernier avaient interpelés ses hôtes, leur disant : « Et maintenant, messieurs, qu’allaient vous imaginer. » Il était clair que les trois hommes s’étaient bien entendus, le lyrisme du saxophoniste trouvant une belle source d’inspiration dans le sujet retenu par ses comparses et la façon dont ils en avaient structuré le propos. Pour donner suite à leur collaboration, ils décidèrent de s’inspirer du personnage de Marlene Dietrich, icône de la force de caractère et du courage, qui s’arracha à sa patrie lorsque celle-ci sombra dans la monstruosité nazie, ne se contentant pas de se mettre à l’abri, mais donnant de sa personne pour accompagner et encourager, par ses chansons, les troupes américaines débarquées, au plus près des combats. Ainsi, sa tête fit-elle l’objet d’une mise à prix par l’officier SS, grand criminel de guerre, Joseph “Sepp” Dietrich dont l’armée menaçait l’unité où se trouvait la chanteuse.

À la musique que l’on peut découvrir sur le disque “Letters To Marlene” (NoMadMusic/Pias) s’ajoutent sur scène des extraits sonores d’archives où l’on entend la voix de Marlene, mais aussi un curieux contrepoint entre les voix d’Hitler, Churchill et de Gaulle sur les accords funèbres (on pense à Silence de Charlie Haden) de Et in Terra Pax Hominibus Bonae Voluntatis. Plus les commentaires sensibles de Guillaume de Chassy évoquant la biographie, l’épopée, la grandeur d’âme, la générosité, jusqu’à rappeler cette robe (The Dress) pour laquelle elle tenait à quitter son battledress jusqu’au cœur de la bataille des Ardennes chaque fois qu’elle chantait pour les combattants.

Comme le disque, le concert commence par une poignante invocation de saxophone bientôt soutenue par le grondement de la main gauche du pianiste qui guide de sa main droite le saxophone vers la mélodie de Lili Marlene, mais plus encore que sur le disque, c’est une espèce de fantôme mélodique qui s’effiloche sur les barbelés, l’acier et le béton des trois instruments, de part et d’autre de cette ligne de front où elle servit de baume consolateur auprès de millions de soldat condamnés à s’affronter à mort, et fut, tout à la fois, objet de propagande (comme je le racontais lors de ma conférence Le Jazz s’en va-t-en guerre, 1939-1945, donnée l’après-midi sur cette même scène). Il ne s’agit pas là d’une vraie musique de soliste, mais plutôt d’une musique d’orchestre où, si le saxophone se trouve plus souvent qu’à son tour au premier plan avec un pur sens dramatique, le piano et la batterie dressent un décor, aménagent, drapent ou martèlent un espace scénique, structure le reportage et la légende… Et l’on en sort édifié, grandi, par l’exemple d’une femme et d’une musique qui sait s’en montrer à la hauteur. • Franck Bergerot

Brève de jazz

Stan Getz à l’Espace Cardin le 27 novembre 1979 – samedi 3 et dimanche 4 novembre à 18h dans Les Légendes du Jazz de Jérôme Badini sur France Musique

Après Miles Davis en 2015, Charles Mingus en 2016 et Ella Fitzgerald en 2017, un autre trésor vient de ressurgir des archives Ina - Radio France… Jérôme Badini y a déniché une nouvelle pépite, celle que nous offrait le 27 novembre 1979, dans le superbe écrin de l’Espace Cardin, le saxophoniste Stan Getz. Une retransmission France Musique jamais rediffusée dans son intégralité et n'ayant fait l'objet d'aucune parution phonographique et spécialement re-masterisée pour Les Légendes du jazz par l’Ina.

MARTIAL SOLAL en solo Salle Gaveau le 23 janvier 2019

Pour ceux qui n'iront pas l'écouter à Munich le 14 décembre 2018, et même pour ceux qui auront fait ce voyage, car on ne s'en lasse pas, réservez votre soirée du mercredi 23 janvier 2019 à Paris : MARTIAL SOLAL revient Salle GAVEAU, mais plus en trio comme en 1962-63 : en SOLO. Réservez votre soirée..... et vos places ! http://www.sallegaveau.com/spectacles/martial-solal-piano-solo

BON ANNIVERSAIRE MARTIAL !!!

MARTIAL SOLAL, notre héros du piano syncopimprovisé fête aujourd'hui ses 91 ans. Le 26 septembre il jouera à Vienne, en Autriche, au Porgy and Bess ; et en décembre il jouera à Münich. Les organisateurs autrichiens et allemands ont conservé leurs oreilles ouvertes aux disques de ces derniers mois : «Masters in Bordeaux», avec Dave Liebman, et le fantastique solo de Gütersloh en novembre dernier «My One And Only Love, Live at Theater Gütersloh, European Jazz Legends #15» (sans parler des formidables inédits de Los Angeles 1966 !). Amis programmateurs de l'hexagone, seriez-vous frileux ? Xavier Prévost https://www.porgy.at/en/events/8968/

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20181001 - N° 710 - 100 pages

L’histoire du jazz est traversée de moments de grâce pas toujours connus du grand public. Pour remettre en lumière les...