SONS D’HIVER : BIG SATAN et BAND of DOGS + OTOMO YOSHIHIDE

15 Feb 2018 #Festivals

Soirée contrastée au Théâtre Antoine Vitez d'Ivry-sur-Seine : le dialogue de l'énergie et de l'extrême élaboration avec Big Satan, et les pleins pouvoirs à l'énergie avec Band of Dogs

BIG SATAN

Tim Berne (saxophone alto), Marc Ducret (guitare), Tom Rainey (batterie)

Festival Sons d’Hiver, Ivry-sur-Seine, Théâtre Antoine Vitez, 13 février 2018, 20h15

Revoir ce groupe sur scène, c’est déjà une promesse. Je réfléchis : quand les ai-je vu en concert, une unique fois ? Quinze années à rebours ? Un peu plus ? Un peu moins. Malgré mes efforts, je n’arriverai pas à reconstituer le souvenir. Ce dont je me souviens en revanche, c’est que j’ai eu le bonheur de présenter le quartette de Tim Berne, à l’époque où CBS et Columbia le publiaient, un jour de 1987 où je remplaçais au studio 105 de Radio France, dans le rôle de Monsieur Loyal, André Francis parti du côté d’Albi pour enregistrer Carla Bley. Le saxophoniste m’avait alors impressionné, et ce sentiment demeure. Trêve de nostalgie, c’est de Big Satan qu’il s’agit, et de ce concert de Sons d’hiver. Le programme s’ouvre avec une composition de Julius Hemphill : les tambours seuls, aux mailloches, un feu nourri et une tension où vont s’installer bientôt la guitare et le saxophone, dans des unissons extrêmes qui vont diverger en méandres subtils. Et l’on va glisser d’un univers presque violent à un développement concertant, apaisé, dans une composition de Marc Ducret enchaînée à l’improvisation qui suivait l’ouverture. L’essentiel du répertoire sera d’ailleurs constitué de thèmes du guitariste. Il semble être le pourvoyeur privilégié de ces aires de jeu où le collectif est présent, même quand l’un des musiciens improvise seul, écouté-soutenu-porté par ses partenaires. Ce sera le cas de Tim Berne, dans une envolée qui l’entraîne si loin de ses bases qu’il semble étonné, quand il conclut, d’être allé jusque là. Un solo incendiaire de Marc Ducret provoquera le même dépaysement. Quand à Tom Rainey, s’il excelle aussi dans l’essor solitaire, il paraît être l’épine dorsale, avec ce drumming tout en tensions qui distribue le jeu dans le collectif. Et c’est ainsi que, d’effervescence paroxystique en raccords mélodiques maîtrisés le groupe nous conduit au terme du concert, ravis, un peu sonnés, totalement comblés.

BIG SATAN est en tournée dans toute l’Europe

Prochaines dates françaises : Marseille (L’Embobineuse) le 17 février & Toulouse (Théâtre du Pavé) le 18

 

BAND of DOGS invite OTOMO YOSHIHIDE

Jean-Philippe Morel (guitare basse, synthétiseur, effets), Philippe Gleizes (batterie), Otomo Yoshihide (guitare, effets, platines)

Festival Sons d’Hiver, Ivry-sur-Seine, Théâtre Antoine Vitez, 13 février 2018, 21h45

J’attends avec une certaine impatience d’écouter Band of Dogs. J’ai depuis les années 90 une réelle admiration pour le bassiste et le batteur qui constituent cette paire à géométrie variable. Je les ai écoutés dans une foule de contextes différents, individuellement ou ensemble, et les ai parfois présentés sur scène à l’occasion d’un concert. Le guitariste invité, je l’ai écouté dans d’autres configurations, parfois bluffé par son énergie et son audace, parfois aussi (aux platines) déçu par son conceptualisme cache-misère. Mais, confronté à cette rythmique incendiaire, je me dis qu’il va devoir sortir le grand jeu. Dès les premiers instants, la rythmique tonne, gronde et rugit, la guitare est sous-mixée, et les platines se perdent aussi dans le magma. Puis les choses s’arrangent côté sonorisation de façade, et l’on a la surprise d’assister, dans la violente pulsation du tandem basse-batterie, au surgissement de Lonely Woman, thème culte d’Ornette Coleman, qui s’impose avec une majesté un peu inquiète dans le maelström ambiant. Le concert se poursuit, je guette l’instant qui me transporterait. Vers 22h25, alors que je m’ennuyais un peu une soudaine effervescence s’installe : j’ai l’impression que le trio s’est enfin trouvé. L’échange va perdurer, jusqu’à un épisode bruitiste qui, dans un lent decrescendo, jusqu’à l’extrême ténuité, décrètera la fin de partie. En rappel, Otomo Yoshihide sera volubile, à la guitare, avec des lignes très frénétiques, beaucoup de clichés free rock dans la folle énergie du trio. Mais, s’agissant de guitare, je me dis que le soliste de la seconde partie n’atteint jamais la graal que tutoie Marc Ducret, car en musique, plus qu’aux exploits digitaux, la prime est à la pensée virtuose !

Xavier Prévost

 

EN KIOSQUE

20180901 - N° 709 - 100 pages

L’histoire jamais racontée d’un concert légendaire donné à l’Olympia en 1971, une tournée vécue de l’intérieur en 1967 par le...