Jubilatoire, le Coltrane Jubilé ?

De g. à dr. : Claude Magne, Thomas Bercy, Jonathan Hédeline, Maxime Berton, Maco Codjia, Bernard Lubat. © Joël Delayre

De g. à dr. : Claude Magne, Thomas Bercy, Jonathan Hédeline, Maxime Berton, Maco Codjia, Bernard Lubat. © Joël Delayre

Voilà cinquante ans que Coltrane est mort et on n’a pas fini de lui rendre hommage. C’est ainsi que le pianiste Thomas Bercy a réuni des musiciens autour de ce qu’il appelle le “Coltrane Jubilé”. Des musiciens, mais pas que…

Thomas Bercy (p), Maxime Berton (ss, ts), Jonathan Hédeline (b), Gaëtan Diaz (dm) + Bernard Lubat (dm), Marco Codjia (slam), Claude Magne (danse). Salle des fêtes de Monsaguel (Dordogne), samedi 28 octobre.

Douzième édition d’affilée pour le Jazz Off’ conduit par Laurent Pasquon et son équipe dans la petite ville d’Eymet, connue pour être la capitale de l’Angleterre en France. Jean-Pierre Como l’a ouverte le 14 octobre et Omar Sosa la clôturera en solo le 19 mai prochain. Pour cette fois, la soirée avait été délocalisée de son château habituel pour une salle des fêtes des environs, remplie de cent cinquante personnes. On ne sait pas qui du fantôme de Coltrane ou de la réalité de Thomas Bercy a attiré tant de monde ; peut-être simplement une fidélité à une programmation à la fois solide et inventive (renseignements : www.maquizart.com). L’idée du pianiste est assez originale : associer le “géant” américain à un mythe universel, celui d’Orphée, ou à une idée en passe de devenir mythique et en tout cas polysémique, celle de révolution (le changement, le retour au point de départ après l’enrichissement du voyage, etc.). La parole est donc venue logiquement s’ajouter à l’évocation strictement musicale du légendaire saxophoniste dont ne fut repris que le fameux Giant Steps, légèrement arrangé. Ce fut tout d’abord Bernard Lubat qui, en quelques formules évocatrices – « déflagration sonore », « questionnement sans réponse », « musique qui n’en finit pas de commencer, qui ne vous laisse pas dans le désespoir » –, a évoqué le choc coltranien vécu par lui quand, vibraphoniste de vingt ans dans l’orchestre de Jef Gilson, il fit la première partie du concert de Coltrane à Antibes le 26 juillet 1965 où son quartette joua la seule version publique connue de A Love Supreme. Ce fut ensuite Marco Codjia, dont la voix percutante, rimique et rythmique, sombre et incisive, est en adéquation parfaite avec ses propos qui interrogent impitoyablement notre passé et notre présent. Enfin Thomas Bercy lui-même pris soin d’éclairer brièvement le pourquoi et le but son projet. Il y eut enfin, mais là ni paroles ni musique, un danseur dont d’autres que moi auront peut-être saisi la relation avec Coltrane. D’accord pour décloisonner, d’accord pour rechercher des équivalences, mais surtout d’accord pour trouver la pertinence. A mes yeux, ça n’était pas le cas avec Claude Magne. Quant à la musique, elle manque peut-être de trouver sa cohérence, son équilibre. Difficile de franchir l’obstacle, « la montagne coltranienne », entre influence, imitation, citation, contrepied, détournement. Maxime Berton a eu recours à toutes sortes de voies stylistiques – qu’il maîtrise parfaitement – pour y parvenir. Son duo avec Gaëtan Duaz fut un moment d’autant plus convaincant qu’il n’avait rien à voir avec Vigil, son équivalent d’il y a plus de cinquante ans entre Colrane et Elvin Jones. Thomas Bercy s’y est essayé en n’évoquant que de loin en loin McCoy Tyner, en misant sur d’autres dimensions accompagnatrices et solistes que le pianiste attitré du Trane pendant près de cinq ans. Gageons que le temps et les prestations renouvelées du “Coltrane Jubilé” vont permettre à Thomas Bercy (privé à Monsaguel du tromboniste Sébastien Arruti) de nous ouvrir des perspectives sur les paysages « derrière la montagne ».

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