Julien Pontvianne et Alexandre Herer, deux Cathares en recherche d’aurores boréales

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Alexandre Herer (piano, synthétiseur, machines), Julien Pontviannne (saxophone ténor), concert en appartement chez Yann Lorang et Laurène Veyries, samedi 4 mars 2017.

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Le duo Alexandre Herer-Julien Pontvianne propose une musique radicale, qui assume tranquillement sa nudité et son refus de toute facilité mélodique. Ils la jouent avec une implication totale. J’ai l’impression de voir deux Cathares, dont la musique dévoile peu à peu, derrière son austérité apparente, sa force d’envoûtement et sa poésie hiératique.
Avant tout, le duo repose sur un contraste entre les deux musiciens. Le pianiste Alexandre Herer développe une manière très personnelle d’utiliser les effets éléctroniques à sa disposition. Il utilise des textures froides, désincarnées, qu’il envoie depuis son ordinateur et module ensuite, notamment avec des delay ou de la réverb’.

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Mais il enrichit ses atmosphères sonores de plein de manières différentes. Dans le premier morceau il ajoute par exemple un crépitement de bruits organiques, de borborygmes, d’infra-râles. Et bien sûr, il joue, sur son piano accoustique ou sur son synthétiseur, notamment des accords répétés qu’il creuse avec obstination.
Je parlais de contraste. En effet, sur les textures glacées qui sortent des machines et des pianos d’Alexandre Herer viennent se poser les notes du ténor de Julien Pontvianne, avec ce son chaleureux, si humain, encapsulé dans un halo du souffle qui ne cherche jamais à se faire oublier. Bref, Alexandre Herer souffle le froid et Julien Pontvianne souffle le chaud.
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A partir de ce contraste fondateur, la musique du duo élabore des variantes. Au piano, Alexandre Herer délaisse parfois ses accords hiératiques pour des comptines disloquées. Les trames qu’il produit peuvent aller d’une sorte de résonance fondamentale à des boucles plus complexes, presque des mélodies, comme dans le dernier morceau. Même si son piano baigne dans une lumière un peu glacée, même s’il révoque toute sentimentalité, on ressent une intensité subtile dans ce qu’il joue, une poésie étrange et lunaire se dégage des atmosphères qu’il installe. J’ai l’impression qu’il nous donne à entendre l’équivalent sonore d’aurores boréales vues depuis l’espace (je ne sais pas s’il est techniquement possible de voir des aurores boréales depuis l’espace, j’aimerais beaucoup, mais au cas où ce ne serait pas le cas je demande pardon à genoux à tous les docteurs en astrophysique qui lisent cette chronique).
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Quant à Julien Pontvianne, lui aussi explore certains motifs répétitifs, mais d’une manière très différente, où l’on entend l’influence des musiques orientales, particulièrement indiennes. Et lui-aussi, d’une autre façon, construit une sorte d’intensité qui frappe en douceur et comme par ricochet. Quand la musique s’arrête je me demande pourquoi Thomas Pesquet, astronaute français, a eu besoin d’aller en Russie pour faire des cabrioles dans l’espace, alors qu’il lui suffisait d’écouter la musique de Julien Pontvianne et et d’Alexandre Herer, ces deux cathares aux yeux braqués sur la Grande Ourse.

Pattes de mouche: JF Mondot
Enluminures: Annie-Claire Alvoët
(autres dessins et peintures à découvrir sur wwww.annie-claire.com)
Ceux qui souhaiteraient acquérir un dessin qui figure sur ce blog peuvent s’adresser à la dessinatrice (annie_claire@hotmail.com)

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