Laurent de Wilde danse avec Thelonious

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Dans un Sunset plein à craquer, Laurent de Wilde a rendu hommage à Thelonious Sphere Monk, prélude à un disque annoncé pour octobre 2017, à l’occasion du centenaire de la naissance du maître.

laurent de Wilde (piano) , Jérôme Regard (contrebasse), David Kontomanou (batterie), le Sunset 17 février 2017

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Laurent de Wilde, en plus du reste, a l’art de la pédagogie souriante. Il sait éclairer la musique par des bons mots et des anecdotes bien choisies. Avec lui, personne ne reste à la porte. En plus de l’humour, le gaillard ne s’économise pas. Quelle énergie! Le trio donne un concert de trois sets (avec, il faut le préciser, un vrai troisième set de quatre ou cinq morceaux au cours duquel de Wilde livra une interprétation recueillie de Reflections, sans doute un des sommets de la soirée).
Quant à la musique, elle fut à la hauteur de cette générosité. La manière dont Laurent de Wilde et son trio s’emparent de Monk est d’un remarquable équilibre. Leur relecture n’est ni dévote ni figée. Les trois musiciens s’autorisent libertés, sorties de route, réharmonisations, folâtreries. Mais ils ont deux principes auxquels jamais ils ne dérogent: la danse et le blues. Avec ces deux points cardinaux, Laurent de Wilde peut se permettre toutes les privautés avec les chefs d’oeuvre de Monk. La plupart de ses arrangements passent par le remodelage de la ligne de basse. Laurent de Wilde aime doper les thèmes de Monk par des lignes de basse aux fesses musclées. Celle de Misterioso, qui ouvre le concert, en est un bon exemple, envoûtante à souhait. Celle de Round Midnight, presque funk, donne un aspect nerveux au thème et le décape de toute sentimentalité. Celle de Bemsha swing propulse le morceau vers le reggae.

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Pour le reste, cette soirée fut la fête du blues, ce blues qui imprègne certaines des plus fameuses compositions de Thelonious, Straight no chaser ou Blue Monk. Certes, Laurent de Wilde n’est pas le genre de pianiste qui va vous estourbir par ses cavalcades effrénées sur le clavier. Mais le blues est sa maison. Il le joue dans le registre le plus délicat et le plus perlé (Locomotive) ou au couteau (Four in one). De même que le traitement des thèmes articule subtilement fidélité et liberté, le répertoire mêle adroitement le connu et le moins connu. Laurent de Wilde et son trio jouent ainsi Misterioso, Four in One, Thelonious (« C’est un morceau où il n’est question que de si bémol, précise De Wilde, Thelonious Monk est indiscutablement un gars en Si bémol. Tous ses blues sont dans cette tonalité. Dans le jazz on trouve de tout. Il y a des gars en Fa majeur, comme Herbie hancock, ou ceux qui disent qu’ils aiment toutes les tonalités, comme kenny Barron… ») Locomotive (« C’est un morceau lent et introspectif, que nous allons rendre encore plus lent et introspectif! » s’amuse le pianiste), Tune for T (composition de Laurent de Wilde en hommage à Monk, qui rend hommage à son héritage stride), Bemsha Swing, Round Midnight, Pannonica (splendide de délicatesse, l’un de ces thèmes de Monk où la dissonance et la tendresse , ces continents séparés, font l’amour de manière si naturelle), Comin’ from the Hudson, Monks Mood, un medley astucieux (« j’ai rassemblé quelques thèmes de Monk qui utilisent une marche harmonique très simple, Si bémol majeur/C-7/ F7… ») Friday the 13th, Reflections (« Une de mes ballades favorites de Thelonious » précise laurent de Wilde.

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Je n’ai pas encore parlé des musciens qui entourent Laurent de Wilde. Le trio affiche une belle complémentarité. Il rassemble un sage (jérôme Regard) et un trublion (Donald Kontomanou) et un équilibriste, Laurent de Wilde qui penche tantôt vers l’un tantôt vers l’autre même si l’on sent qu’il ne demande qu’à se laisser détourner du droit chemin par son batteur.

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Donald Kontomanou, donc, est le fauteur de troubles. Il glisse toujours une pochette surprises dans ses solos. Cela ne l’empêche pas d’être d’une musicalité admirable. Dans ses chorus, on entend toujours une mélodie. Même dans une ballade comme Reflections, où il joue les balais avec délicatesse et recueillement, il trouve toujours le moyen d’ajouter un petit grain d’acidité ou de fantaisie, et il est le premier à en rire. La routine, assurément, ne passe jamais par lui. Après trois sets très denses, deux rappels, les spectateurs qui sortent du Sunside sous les coups de une heure du matin se partagent en deux: ceux qui ont un sourire aux lèvres, et ceux qui sifflotent Friday the 13th, cette mélodie monkienne insolente et guillerette, cette comptine pour enfants pas sages, que Laurent de Wilde a réussi à faire chanter au public.

Texte JF Mondot
Dessins Annie-Claire Alvoët (autres dessins et peintures à découvrir sur son site www.annie-claire.com)

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