Le Quatuor IXI invite Christophe Monniot

Hier 12 septembre, dans le cadre d’un partenariat entre Jazz à La Villette et l’Atelier du Plateau, le Quatuor IXI recevait Christophe Monniot, ses saxophones et ses partitions.

 

Atelier du Plateau, Paris (75), le 12 septembre 2012.

 

Christophe Monniot (saxes sopranino et alto) + Quatuor IXI : Régis Huby, Théo Ceccaldi (violon), Guillaume Roy (violon alto), Atsushi Sakaï (violoncelle).

 

Qui n’a jamais entendu un quatuor à cordes live (je sais qu’il y en beaucoup parmi les jazzfans), qui plus est dans la relation de proximité telle que celle autorisée par l’espace de l’Atelier du Plateau, ne connaît pas son bonheur. C’est une affaire de profondeur, de dynamique et de diversité du son (dans l’homophonie comme dans la polyphonie), mais c’est aussi une aventure humaine et si l’on a pas tort de penser que le jazz est une école de la démocratie, c’est également le cas du quatuor à cordes, pour la façon dont la respiration de l’orchestre repose sur un contrat collectif qu’aucune autre autorité que la responsabilité de chacun ne vient superviser. C’est d’autant plus vrai du Quatuor IXI qui pratique depuis 20 ans l’improvisation collective, objet même de ses partitions.

 

J’en ai déjà parlé voici deux jours à l’occasion d’un premier concert au même endroit. Si j’y suis revenu, c’est que Christophe Monniot en était hier l’invité, avec ses saxophones et ses partitions. C’est d’ailleurs avec l’une de ces partitions, Aurore à Vitry, jouée par le seul quatuor, que commença la soirée avec paradoxalement un premier mouvement très beau par sa cohérence sonore et discursive (mais qui allait s’avérer être improvisé par les quatre cordes) et un second, qui se révélait être la partition de Monniot, qui me parut beaucoup plus hasardeux, moins naturel, après cette très convaincante entrée en matière. Où se dessine d’emblée la difficulté de s’assumer en compositeur, lorsque l’on vient du domaine de l’improvisation, sans animer sa partition de ce qui faire le propre de l’improvisation : soit une dédramatisation par le jeu, la responsabilité du compositeur se trouvant allégée par le relai que prend l’improvisateur, son élan, son dynamisme, son art de la voltige. D’où une tendance du jazz à se satisfaire de peu chaque fois qu’il convoque l’ensemble à cordes (le langage du big band reposant sur une telle tradition et une telle émulation que l’exigence en ce domaine est tout autre).

 

Ces observations ne répondent que partiellement à cette question : pourquoi la partition d’Aurore à Vitry fonctionne tellement mieux telle qu’elle est jouée sur “Monio Mania 2” enregistré en 2006 pour BMC Records (overdubs de sax et clarinette, flûte guitares, claviers et batterie). Ce qui ne signifie pas que cette première pièce nous invitait à déserter la salle. Il y avait dans ce programme trop de matière à nous intriguer et à nous inviter à rester, avec, en premier lieu, l’entrée en scène de Monniot pour la suite d’un programme qui s’avéra beaucoup plus convaincant pour les raisons évoquées plus haut. D’une part, une fois Monniot en scène, ses partitions pouvaient se trouver garanties par l’élan de son geste d’improvisateur. D’autre part, parce que les pièces suivantes relevaient d’une écriture plus simple (sans pour autant tomber dans les facilités du jazz à cordes) et plus cohérente. Notamment Le Sommeil de l’ange où l’on retrouvait la douce rondeur des versions gravées sur le même “Monio Mania 2”, mais aussi sur “Station Mir” (Musea, 2012, sous les archets de Guillaume Roy et Atsushi Sakaï) où l’on retrouvera également Mécanique Samovar et Lettre à Marie W joués hier de part et d’autre d’Hymn 2 gravé en 2009 sur “This Is c’est la vie” du quartette Ozone (BMC).

 

J’ai réentendu avec un grand plaisir pièce de Guillaume Roy déjà jouée mercredi dernier par le seul Quatuor IXI ainsi que le mouvement de la suite de tableaux composée par Régis Huby, intitulé La Nuit étoilée (référence à Van Gogh que Régis Huby avait refusé d’indiquer à son public et qu’il me confia à la sortie du concert… comme quoi, il ne faut jamais rien dire aux journalistes) et, en rappel, comme mercredi, le magnifique Punaise de Sakaï. Où l’on voit, tout au long de ce concert, Monniot se glisser entre les portées de la partition avec beaucoup d’adresse et un sens certain de l’intégration, prenant appui ici sur une cellule mélodique ou rythmique, là sur une couleur timbrale ou harmonique, jouant de la sympathie ou de l’incongruité, maniant l’émotion et l’humour avec cette délicatesse qui me fait parfois voir en lui l’héritier de Grock, ce merveilleux clown-poète.


Jazz à La Villette se termine ce week-end, ce soir, samedi 13, au Cabaret Sauvage où se sucéderont Nik Bärtsch et l’Electric Epic de Guillaume Perret (très belle surprise sur disque saluée dans notre numéro d’octobre en cours de bouclage); demain dimanche 14, à la Grande Halle où Archie Shepp invitera Joe Louis Walker et Amina Claudine Myers pour un programme blues. En première partie, le CNSM présentera ses étudiants avec le sextette du pianiste Enzo Carniel. Cette traditionnelle fenêtre offerte par Jazz à La Villette fait sourire un certain public qui pense que le jazz ne s’enseigne pas. Or, le jazz s’est toujours enseigné d’une manière ou d’une autre et les mauvaises langues seraient probablement surprises de lire l’inventaire des établissements et des enseignants par lesquels sont passés de nombreuses figures du jazz. On leur soufflera tout le bien que Shepp pense de Pierre Durand, son guitariste, ancien étudiant du CNSM.


Franck Bergerot

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