Le Quatuor IXI réinvente la corde, Jacques Rebotier et Edward Perraud désencordent le langage.

Il m’a fallu cinq minutes pour trouver ce titre trop peu consic (sic) pour faire un titre. Il m’en reste vingt-cinq pour écrire mon compte rendu du concert de Sons d’hier de ce 10 février, car j’ai mis mon réveil à sonner à 1h15, le chargeant de mon vrai réveil, réveil au monde du sommeil et des songes, où peut-être s’épanouiront mieux que ci-dessous les souvenirs des prestations du Quatuor IXI et du tandem Rebotier-Perraud. Dire qu’il n’en restera rien demain matin, une fois sorti du lit.

 

Sons d’hiver, théâtre Antoine Vitez, Ivry (94), le 10 février 2015.


Quatuor IXI : Régis Huby, Théo Ceccaldi (violon), Guillaume Roy (violon alto), Atsushi Sakaï (violoncelle).


Jacques Rebotier (slam… si l’on veut, en moins pompeux que le slam), Edward Perraud (batterie… si l’on veut, comme on parle de batterie de cuisine)


Gagnons du temps. Je ne dirai rien du Quatuor IXI, sauf à répéter le portrait que je fais d’eux dans le numéro de Jazz Magazine du mois, toujours en kiosque, sauf à désamorcer la chronique de leur disque “Temps suspendu” que Ludovic Florin a rédigé pour le numéro de Jazz Magazine actuellement sur l’établi dans nos ateliers. Après tout, ces deux papiers parlent du programme dont étaient tirées les pièces jouées ce soir : de Régis Huby La Nuit étoilée d’après Van Gogh et N°5 d’après Jackson Pollock, de Guillaume Roy Best of Tomorrow et Transmission libre, d’Atshushi Sakaï Punaises pour le deuxième fois… Avec toujours le même émerveillement devant le maillage de l’improvisé et de l’écrit, l’élan que l’improvisé donne à l’écrit, le vocabulaire qui permet à ces quatre personnalités de discourir longuement à archets rompus (au figuré !) sans partition en introduction à N°5, sans jamais démériter ni de la grande tradition orchestrale et instrumentale qui est la leur, ni de ce gai savoir et de cette très savante gaîté qu’inventèrent et réinventèrent tour à tour, tout au long du siècle dernier, Louis Armstrong, Charlie Parker, Miles Davis, Ornette Coleman… J’en ai déjà trop dit, il est déjà 1h.


Jacques Rebotier écrit comme on improvise. On pourrait le croire. Ça pourrait bien lui donner du mal en amont. Qu’importe il récite comme on improvise, en improvisant d’ailleurs un peu. L’essentiel est le jeu, le jeu sur les mots qui n’est pas le simple calembour, mais une sorte de déconstruction de situations conversationnelles banales, de lieux communs, ces petits mots qui s’ajoutent les uns autres tout au long d’une vie jusqu’à laisser un gigantesque un gros tas derrière vous le jour de votre mort, s’ils n’étaient, seconde après seconde, dispersés par l’inéluctable ventilation des horloges. Ils pourraient avoir été précisément collectés par Rebotier. Ils le sont en tout cas, lorsque Rebotier projette à l’écran des captations de propos de nos hommes politiques (Giscard, Hollande, Sarko, Sapin) dont il isole un fragment “grandiose” pour en établir le relevé rythmique et mélodique sur une partition qu’il fait reprendre en cœur à son public en guise de leçon de solfège. Le tout assisté d’Edward Perraud qui frappe, scroutche, touille, scratche, vibrillonne, scritche, mugit, sproutche, electrolyse, splashe et radadaboumagongue, avec un sens de la répartie qui confine à quelque chose d’extralucide, une espèce de folie kalédioscopique où vient se reconstituer l’envers du dérèglement discursif qui lui fait face et… 


Mon réveil sonne. Déjà mes paupières se ferment et il me faut encore poster ce compte rendu sur jazzmagazine.com. Il fut un temps où Sigmund le chat savait terminer le travail. Je n’ai plus que Frimousse qui ne sait que passer et repasser sa queue sous mes narines. Ce qui me fait une belle moustache, moi qui ai toujours été imberbe à mon grand désespoir. Franck Bergerot


PS : pas plus tard qu’hier, 9 Janvier, le Quatuor IXI enregistrait en concert A L’improviste, l’émission d’Anne Montaron qui le rediffusera prochainement, dans un programme cette fois totalement improvisé.

 

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