Marc Ribot y los Cubanos Postizos

Pour son avant-dernière soirée de cette édition 2013, la manifestation culturelle Rio Loco, située sur les berges de la Garonne et dédiée cette année aux Petites et Grandes Antilles, a invité le guitariste Marc Ribot. Certes, le new yorkais est l’un des acteurs-clé de la scène downtown depuis 30 ans, mais ce choix de programmation est tout sauf déplacé puisque son groupe est voué body and soul à la célébration de l’esprit et de la lettre du compositeur cubain Arsenio Rodriguez (1911-1970).

Marc Ribot (elg, v), Anthony Coleman (elp), Brad Jones (b, v), Cougar Estrada (d), EJ Rodriguez (perc, v).

Toulouse, festival Rio Loco, Prairie des Filtres, 15 juin 2013.

C’est la première fois que Marc Ribot se produit dans la ville rose. Un événement pour ses nombreux admirateurs toulousains, qui apprécient son rôle dans l’univers de John Zorn, ses interventions sur les albums de Tom Waits, son accompagnement de Madeleine Peyroux, Vinicius Cantuaria, Robert Plant et Alison Krauss… Du blues à la musique contemporaine (« Scelsi Morning »), du dub électro-oriental (avec Badawi) aux relectures de l’œuvre de jazzmen classiques (Duke Ellington) et free (Albert Ayler), son jeu sur l’instrument se signale par une grande intensité d’exécution et une sonorité à la fois chaleureuse et mordante, développée auprès de John Lurie et ses Lounge Lizards dans les années 80…

Les Cubanos Postizos constituent l’un de ses projets les plus accessibles, ce qui n’est nullement un reproche. Si le touche-à-tout Ribot reconduit très rarement les formations qu’il dirige au-delà d’une tournée ou d’un album, le groupe qui joue ce soir lui permet au contraire de retrouver des complices de longue date, unis dans le plaisir du jeu et du partage avec le public. Une musique vitale, d’une belle énergie le plus souvent, quelques passages aux accents nostalgiques apportant un contraste bienvenu. Arsenio Rodriguez, figure incontournable des musiques afro-cubaines, est l’inventeur du style « son montuno », synthèse de plusieurs genres populaires, et donnait des performances à rallonge qui faisaient danser les foules jusqu’au petit matin. Ribot ne demande rien de mieux, mais un début du concert à 23h30 et une organisation respectueuse du voisinage ne lui permet pas de perpétuer la tradition de son héros. Pour le reste, de l’aveu-même du musicien : « Le groupe sonne de plus en plus comme Arsenio ! » Les musiciens qui l’accompagnent sont tous dignes de louanges ; ils multiplient les morceaux de bravoure sur des claves faussement simples et authentiquement savantes. Le batteur, échappé du groupe Los Lobos, serre les crocs, très concentré sur sa mission. Les autres s’en donnent à coeur joie avec un matériau dont ils connaissent le moindre contour – un répertoire strictement inchangé, tiré des deux albums du groupe (sortis en 1998 et 2000), mais leur abord a évolué, émaillé de citations (l’influence de Zorn ?) et de références à d’autres aventures musicales (inattendu virage funk lors d’un épatant call-and-response guitare-basse, provoquant la franche hilarité de Ribot) Notre homme est rocker autant que soulman et ces racines musicales se font entendre lors de solos à la fois tranchants et souples, improvisés et définitifs, toujours concis. Coleman ressemble au bon Dieu (pour ce que j’en sais, c’est peut-être lui), et se promène sur ces chansons avec une tendresse doublée d’une légère distanciation que l’on retrouve dans ses propres travaux. Des spectateurs de tous âges arborent de francs sourires, se trémoussent comme ils le peuvent (avec 22.000 spectateurs, le festival affiche complet pour la 3e fois en cinq jours), chantent à l’unisson et savourent chaque moment de cette jubilatoire performance.

Un beau succès pour les artistes comme pour les organisateurs, servi par un temps splendide et des choix de programmation qui – comme chaque année – ont su combiner diversité et qualité. L’invitation au voyage sera reconduite en juin prochain, avec de la suite dans les idées puisque se poursuivra l’exploration des rivages Caraïbes…

David Cristol

Merci à Ariane Melazzini-Dejean

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