Marie Daviet et Leïla Soldevila Renault: les exquises inclassables

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Voici un projet exquis et inclassable: de la chanson en Français jazzée par deux artistes qui ont pris pour l’occasion le nom de Greta et Oto.
Marie Daviet (voix, chant, babillage), Leïla Soldevila Renault ( contrebasse émotive et empathique), Manufacture de la chanson, 7 octobre 2016

Ces deux musiciennes, familières des musiques improvisées, sont des effrontées. Elles ne respectent rien, et surtout pas les démarcations esthétiques traditionnelles, jazz, variété, ou chanson. A vrai dire, ce n’est pas qu’elles se forcent à enjamber les frontières, c’est qu’elles ne les voient pas. Elles volent largement au-dessus, se posant où leur désir les mène. Si l’on décrit leur art avec nos catégories rouillées et rustiques, disons qu’elles font des chansons en Français mais repeintes à neuf avec un esprit d’aventure, une grâce et une fraîcheur qui n’appartiennent qu’à elles.
Elles ont choisi leur répertoire avec soin, puisant dans le répertoire de fines compositrices comme Claire Diterzi, Jeanne Garraud, ou de Marie Daviet elle-même. La première chanson, de Claire Diterzi, possède une grande force émotionnelle , avec ce lancinant « Dans la nuit suis-je à la hauteur ». J’en note le premier couplet sur un carnet: « A l’heure où mon oiseau éteint ses ailes/Morphée donne son corps à l’enfance/Mes paupières s’accrochent aux branches/Dans la nuit suis-je à la hauteur? ».
Ces textes dessinent un univers d’une sensualité rayonnante, qu’il s’agisse d’amour physique, de communion avec la nature, ou des deux à la fois, comme dans cette chanson où Marie Daviet évoque « ta nuque à la merci d’un brin d’air qui chicane ». La nudité du duo, avec cette formule voix-contrebasse où les chansons ne peuvent s’envelopper d’aucun voile souligne cette sensualité et la rend d’autant plus troublante.

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Cette sensualité est portée par la diction précise et délicate de Marie Daviet. Dans « Quand Lisa rougit », qui est de sa plume, elle a par exemple une manière irrésistible de prononcer le mot « palissandre » ( je me dis alors qu’il s’agit d’un des plus beaux mots de la langue française… ). Mais Marie Daviet fait beaucoup d’autres choses étonnantes. Elle improvise d’une manière unique qui tient du babillage ( encore un joli mot, on a de la crème au chocolat plein la bouche quand on le prononce…). De manière générale, l’art de Marie Daviet s’enracine dans l’enfance. Mais pas celle, niaise et bêtifiante des publicités pour eau minérale. Marie Daviet se nourrit de l’insolence de l’enfance, de son effronterie, de sa gourmandise. On retrouve tout cela dans ses improvisations. Parfois sa voix devient gargouillis, ou miaulement d’un chaton, ou dispute polyphonique. Mais quoi qu’elle fasse elle reste toujours incroyablement musicale.

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Elle peut se reposer sur la contrebasse de Leïla Soldevila Renault. Pour Marie Daviet, cette dernière est plus qu’une accompagnatrice: elle est une alliée. Elle observe la chanteuse avec vigilance et empathie. Elle produit des lignes de basse claires et mélodiques, où l’on a envie de tendre un hamac tant elles se caractérisent par leur souplesse et leur fermeté. De temps en temps elle souligne un effet, une atmosphère en passant à l’archet et c’est toujours bienvenu. Le concert finit par une reprise des années 80, « Je veux pas rentrer chez moi seule », puis, en rappel, un blues joué par Leïla Soldevila sur lequel la chanteuse imite d’abord la trompette bouchée, et invente l’instant d’après une sorte de scat musical troué. C’est drôle, c’est beau, c’est musical: c’est Marie Daviet.
texte JF Mondot
Dessins AC Alvoët
(Beaucoup d’autres dessins et peintures sur le site de l’artiste www.annie-claire.com)

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