Marseille Jazz des cinq continents au MUCEM : en voyage avec Yonathan Avishaï, Cyril Achard et Géraldine Laurent, Guillaume Perret

MARSEILLE JAZZ DES CINQ CONTINENTS au MUCEM : en voyage  avec Yonathan Avishaï, Cyril Achard et Géraldine Laurent,  Guillaume Perret

Terrasse du J4 et Fort St Jean, samedi 22 juillet

Le MUCEM accueillait, samedi dernier, le festival Marseille Jazz Cinq continents pour la deuxième année consécutive, pour une soirée exceptionnelle, en plein air. Au programme pas moins de quatre concerts, à un prix très abordable entre 15 et 20 euros. Mais avec deux scènes et des concerts concomitants hélas, après le premier set du quintet du pianiste franco-israélien Yonathan Avishaï, je n’ai pu écouter le blues-folk îlien de Piers Faccini, choisissant le duo guitare-saxophone de Géraldine Laurent et Cyril Achard. La nuit se poursuivit avec le spectacle du saxophoniste-showman Guillaume Perret, d’abord en solo, puis avec les musiciens de l’Institut musical de formation professionnelle de Salon, qui, entre temps,déambulaient dans les deux expositions du Mucem, en accès libre « Vies d’ordures » et « Aventuriers des mers »jusqu’à 23 heures.

 

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Soirée exceptionnelle par le cadre qui attirerait même les plus réfractaires au jazz. Si la programmation ne m’intéressait pas autant, j’aurais fait l’effort de profiter de ce site singulier, à l’entrée de la passe marseillaise du Vieux Port, lors d’une de ces nuits d’été où l’on respire enfin, après la fournaise de la journée. L’organisation bon enfant et décontractée a cette «touche» spécifique qui enchante les touristes et plaît même aux Marseillais venus profiter de la soirée et boire des coups. Ça déambule sans cesse, en effet, sur la passerelle qui joint les deux scènes, de la terrasse à la place d’Armes. Les agents de sécurité, très nombreux, armés de leurs précieux talkies qui résonnent parfois étrangement dans un concert acoustique, sont obligés de prier les passants de circuler, mais ils le font avec bonhommie.

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Venons-en à la musique : quand je parviens à entrer par le bon côté ( il y a tout de même 3 entrées, assez distantes les unes des autres, et une certaine effervescence humaine), les trop rares places assises sont prises d’assaut. Je me réfugie derrière la scène, sur des marches pour être tout de même assise, devant l’entrée des loges qui restent souvent fermées, apprendrai-je plus tard. Donc, face au public qui bénéficie (!) en plus, des derniers feux d’un soleil encore brûlant, je ne vois que partiellement la scène et les musiciens. Mais je ne serai pas d’humeur chagrine (c’est le genius loci qui veut ça) et  je me laisse vite bercer par la musique de ce projet Modern Times, judicieusement intitulé Parade, (c’est aussi le titre du dernier morceau, d’ailleurs très convainquant). En cette année de centenaire de la naissance du jazz, revenir à l’ombilic, à la Nouvelle Orleans, aux racines de cette musique de rue, de défilé pour des événements heureux ou tristes, toujours très rythmée, au carrefour des influences africaines, européennes et américaines impliquait une formation étoffée : un percussionniste, Inor Sotolongo aux conga et clave et un soufflant, le clarinettiste/saxophoniste César Poirier tiennent leur place auprès du trio initial composé du contrebassiste Yoni Zelnik (toujours très engagé) et du batteur Donald Kontomanou (pas mal non plus dans ses rebonds). J’arrive pour « Zelda qui enveloppe dans un doux espace sonore, construit pour exalter la clarinette ; il y aura aussi « Once upon a time » avec bongos et saxophone alto pour un blues qui n’est pas bluette jusqu’au dernier morceau entraînant comme il se doit,« Parade ». Une certaine qualité sonore, du relief (heureusement il n’y a pas de vent) pour ce qui apparaît être une suite, un agencement réussi de compositions du pianiste ( il n’a pas peur de swinguer et c’est réjouissant, même Avishai Cohen le dit ), avec pour seule exception le « Django » de John Lewis qui s’intègre fort subtilement à l’ensemble, avec cette couleur mélancolique, jamais absente très longtemps de la musique du pianiste. Influencé par ses grands aînés, amoureux de l’histoire et de la tradition,Yonathan Avishai nous immerge au coeur du «Nouveau Monde». Dans le storytelling de chaque composition, les musiciens jouent leur partie avec fluidité, contrebalançant le jeu plus méditatif du pianiste, patient, minimaliste peut-être, qui sait rendre plus intense la forme choisie qu’il laisse advenir pendant le concert. Une musique pas si facile, en apparence seulement, qui reste terriblement accessible. Et cela est bien.

 

Je file dès la fin du concert (il n’y a pas de rappel heureusement) sur la terrasse, la nuit s’installe, le temps que le duo de Visitation commence à jouer. Ce n’est pas une révélation pour moi qui ai assisté au concert quand le guitariste aixois invitait la saxophoniste au Petit Duc. En voilà une preuve: http://www.jazzmagazine.com/visitation-cyril-achard-invite-geraldine-laurent-petit-duc/

J’avoue que j’apprécie  cette chance de revoir en live un concert qui m’ a emportée : j’aime toujours autant le son généreux de l’alto de Géraldine, sa façon énergique de phraser, et le travail de Cyril Achard, ce puriste de la six cordes qui, s’il nous fait partager sa finesse acoustique, n’en aime pas moins l’électrique. Les deux ont décidé de jouer les compositions du CD  sans les standards, dans le désordre ( «Romanza», «Une muse danse», «Valse à Elsa», «Visitation», «Un sur avril», «Bella Notte», «Chant d’un ciel ému») et ce n’est pas plus mal pour cette configuration  particulière du Mucem.20170723_165823

Niché dans une alcôve alvéolée de la terrasse, le duo déroule là encore, avec un lyrisme discret, la création continue et rigoureuse du guitariste. Une musique délicate qui se mérite et  sera appréciée d’un public attentif et recueilli. La « scène » disponible n’est pas grande mais ô combien plus adaptée que celle de la Place aux armes où je retourne pour la fin de partie..

Contraste saisissant, sur la grande scène, embrasée d’ effets pyrotechniques du saxophoniste de l’espace , Guillaume Perret, enfin seul, après deux albums en quartet. En solo dans son programme FREE, décor parfait pour faire décoller le spectateur. Orchestre à lui seul, avec son instrument bien préparé, ce performer arrive à tenir en haleine le public très nombreux et cette fois encore, recueilli.

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Sa musique est sans doute un réservoir d’énergie pour qui se branche sur elle. Mais il faut pouvoir entrer dans sa transe organisée, avec peut-être encore plus d’images pour accompagner sa B.O, qui prend sens si on imagine un petit scénario :  est-ce une séquence de grands espaces ou une course-poursuite de film noir,  une odyssée antique à la marseillaise avec «Birth of Aphrodite» très indiqué dans la cité phocéenne, ou l’ivresse des Balkans « Pilgrim » Il tente même de revoir rapidement un peu de l’histoire du jazz avec son «She’s got rhythm», vite mêlé à des effets techno, avec des inclusions de ses voyages extra européens. Très affairé, concentré (il le faut bien) avec tout cet attirail : petite table de mixage, pédales d’effet qui font que son sax devient guitare et percussions, voire batterie. Occupé à manipuler et vérifier les différents micros posés sur son saxophone, à s’assurer qu’il s’allume aussi, il est  toujours sur le fil, moins celui du souffle que celui des câbles d’une technique qui peut défaillir…

Manque-t-il une certaine interaction avec les autres musiciens? Qu’à cela ne tienne, pour le final, Perret invite des membres de l’IMFP et le collectif réuni se lance dans l’éthiojazz cette fois. Le concert va s’arrêter là cependant pour moi. Fini pour cette soirée, mais le festival poursuit sa course les nuits suivantes, au Palais Longchamp, cette fois.

A suivre….

Sophie Chambon

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