Mathias Levy Trio à Jazz en Touraine

Mathias Lévy / Sébastien Giniaux / Jean-Philippe Viret, Magic Mirrors

Festival Jazz en Touraine, Montlouis s/Loire, 21 septembre

Je me réjouis d’aller entendre ce trio, auquel j’avais eu le plaisir de décerner un Choc dans notre numéro de ce mois-ci, dans un cadre agréable et bien adapté à cette formation. Le Magic Mirrors est ce cabaret circulaire installé près de la scène off et du « Village gourmand » de Jazz en Touraine à Montlouis, il offre une vue assez confortable d’où qu’on se trouve, une coupe du savoureux pétillant local à la main.

Contrairement à l’enregistrement réalisé à la Philharmonie de Paris pour « Revisiting Grappelli » (Jazz Family), le violoniste ne joue pas ici sur le violon de Stéphane prêté alors par le musée. Pour le reste, je retrouve d’emblée le son équilibré du trio à cordes frottées ou pincées (Sébastien Giniaux passe de la guitare au violoncelle), et le répertoire est celui du disque. Il compose un hommage légèrement décalé à Grappelli compositeur (Alison, Marno), pianiste (Giboulée de mars) ou musicien de cinéma (Milou en Mai). Sous la houlette de Jean-Philippe Viret, qui connaît le sujet pour avoir accompagné Grappelli dans son dernier trio, les arrangements sont parfaits, privilégiant des rythmiques impaires toujours dansantes, l’archet léger chatouille la chanterelle à merveille ou exprime les harmoniques comme on presserait délicatement un agrume… La guitare de Giniaux ne recherche aucune évocation de Django mais s’applique, avec un son pulpeux à souhait (et une sonorité avantageuse au violoncelle) à enrichir la texture et à donner le change lors de nombreuses parenthèses parfois librement improvisées. J’en retiens par exemple un duo funambule avec la contrebasse dans un arrangement à 5 temps de Milou en Mai. Mathias Lévy contribue parfois à renforcer ce paradoxe du violon jazz, qui veut que même dans leurs tentatives de déconstruire les clichés instrumentaux issus du « grand répertoire » (Double Concerto de Bach, autrefois joyeusement entonné par Grappelli avec Eddie South et Django) ou de façonner un son aussi personnel que possible, les violonistes ne peuvent jamais s’empêcher de recourir à toute l’étendue de leur technique classique. Celle de Mathias Lévy est de ce point de vue exemplaire, mais jamais inutilement démonstrative. En résumé, la confirmation sur scène d’un enregistrement très réussi, et d’un musicien que l’on attend dorénavant, avec le potentiel qui est le sien, sur des chemins différents et qui sauront nous surprendre.

Mathias Lévy (vl), Sébastien Giniaux (g, cello), Jean-Philippe Viret (b).

 

 

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